THE WORLD BANK GROUP A World Free of Poverty

No. 170 November 2001

 

PADME, Bénin : Consolidation d'un Projet Réussi

A première vue, le Projet d'Appui au Développement des micro-entreprises (PADME) est l'une des institutions africaines microfinancières (IMFs) les plus profitables reportant au Bulletin. Bien que cette rentabilité soit en partie attribuable aux faibles coûts de capital et investissements dans la gestion et les systèmes d'exploitation, il y a cinq ans, le PADME a mis en place un projet dont le potentiel de croissance au niveau de ses activités de vulgarisation paraît solide. Ce projet dessert essentiellement les femmes ayant des petits commerces dans deux centres urbains du Bénin et bénéficiant de prêts d'une moyenne de 400 dollars US.

Le projet PADME fut créé en 1993 par le gouvernement du Bénin, avec des fonds de la Banque mondiale. Au départ, il s'inscrivait dans le cadre d'une plus large initiative dont l'objectif était d'effacer les répercussions du programme d'ajustement structurel dans le secteur social. Le but de ce programme était de procurer des crédits aux entreprises à une large base de clients. Ces crédits cibleraient les clients ne pouvant avoir accès aux financements traditionnels fournis par les banques. PADME diffère de plusieurs autres institutions africaines, car il ne se concentre pas spécifiquement sur les services aux segments pauvres de la population. Il se rapproche davantage aux institutions de micro-finance des pays d'Amérique Latine.

Ses origines en tant que projet géré par le gouvernement ont présenté un défi pour le PADME au fur et à mesure que le projet poursuivait son objectif de devenir une institution indépendante. Le financement initial procuré par la Banque arriva à terme en 1997. Trois années plus tard, les négociations pour le renouvellement du financement furent conclues. Toutefois, le gouvernement du Bénin n'a toujours pas fourni son approbation sur l'accord final. A partir du moment où ces obstacles d'ordre politique et administratif seront surmontés et que l'accord avec la Banque mondiale sera mis en oeuvre, il faudra attendre l'été 2000 pour que le premier décaissement ait lieu. (sic)

Paradoxalement, il se peut que les contraintes financières aient également contribué à consolider les points fort du projet en tant qu'institution de micro-finance. Grâce à un gestionnaire dynamique, l'institution a pu relever les défis qui l'attendaient en simplifiant ses opérations et diversifiant ses sources de financement. Le fait que le PADME soit l'institution microfinanciere la plus profitable en Afrique est la conséquence directe de sa grande efficacité et de la solidité de ses opérations.

Croissance et vulgarisation.

En dépit des problèmes d'ordre financier, le PADME a cru à un rythme régulier en réaménageant les ressources dont il disposait et, dans une certaine mesure, en ayant accès à des sources alternatives de financement. Tel qu'indiqué dans le tableau 1, le nombre d'emprunteurs devait tripler entre décembre 1996 et juin 1999. Parallèlement, la valeur du portefeuille non-amorti devait plus que doubler, bien que le taux de croissance ait considérablement ralenti en raison du faible montant de capitaux empruntés.

Le PADME dessert un vaste marché. En juin 1999, la moyenne du solde de chaque emprunteur était d'environ 404 dollars US. Tel qu'indiqué dans le tableau 2, le ratio du PADME balance des prêts/ revenu par tête d'habitant (106%) est inférieur à celui de son groupe homologue (Afrique/EMENA, 141%). Néanmoins, il est deux fois supérieur à celui de toutes les IMFs africaines (53%). Afin de desservir son marché-cible, le PADME utilise un ensemble d'approches qui reposent sur la combinaison de deux éléments : solidarité du groupe et méthodologies de prêts individuels -- le groupe des emprunteurs représentant environ 35% des clients actifs.

Bien que le solde moyen de crédit soit élevé, si l'on se base sur des critères africains, le tableau 3 démontre que l'organisation dessert un grand nombre de petits entrepreneurs. Environ 60% de ses emprunteurs ont des soldes impayés d'une valeur inférieure à moins de 500 dollars US, équivalent à 17% du portefeuille. Les prêts les plus importants accordés au PADME lui permettent d'octroyer de plus petits prêts à ses clients les plus démunis au moyen de subventions croisées - cette approche s'avère rentable.

Viabilité.

La performance financière du PADME est impressionnante avec un rendement de l'actif indexé à 9,3% à partir de juin 1999. Tel que montré dans le tableau 4, ce rendement est exceptionnel en comparaison avec celui d'institutions similaires en Afrique.

Le performance du PADME -- telle qu'elle est reportée -- n'est pas fortement affectée par les adaptations du Mircobanking Bulletin à ses états financiers, en raison essentiellement des taux d'inflation et d'intérêt relativement faibles qui prévalent au Bénin. Le portefeuille de prêts du PADME est essentiellement financé par la Banque mondiale (prêts de l'AID), qui représente la masse de son capital institutionnel. Le PADME n'est pas fortement endetté, tel que démontré dans son ratio capital/avoirs de 72%. Le reste du portefeuille est financé par des épargnes forcées équivalant à à peu près 20% du portefeuille. Le projet obtient également des ressources financières par le biais d'un prêt concessionnel de la Banque Ouest Africaine de Développement. De plus, le PADME a accès à des financements de cour terme fournis par l'EcoBank et la Financial Bank.

Le principal facteur expliquant la rentabilité actuelle de PADME est son faible ratio de frais de fonctionnement, tel qu'indique dans le tableau 5. Ce faible ratio est dû à la combinaison de deux éléments : prêts de taille relativement importante et discipline fiscale imposée par des contraintes financières. Dans une certaine mesure, ce ratio est gonflé en raison des faibles investissements dans le secteur de l'infrastructure, comme nous le discuterons plus loin. Cependant, le PADME a également mené une croissance strictement contrôlée, qui, dans le futur, profitera au programme.

Politique des Taux d'Intérêt.

Les taux d'intérêt du PADME sont plus bas que ceux d'autres institutions microfinancières africaines. Le rendement de son portefeuille le 19 juillet 1999 était de 24% en termes nominaux. A titre de comparaison, la moyenne dans les autres institutions microfinancières homologues était de 30% ; ce qui se traduit en termes de rendement de portefeuille réel de 23% pour le PADME et 22% pour son groupe homologue. Des dépenses financières plus faibles dûes à une inflation modérée au Bénin et aux taux d'intérêt qui prévalent ont permis au PADME de charger des taux intérêt inférieurs à ceux de ses homologues, tout en achevant une plus haute marge intérêt net.

Le PADME charge un taux intérêt nominal mensuel de 2% payé sur des amortissements dégressifs, avec un coût initial de 1%. Les épargnes forcées de 10% sont requises comme condition de prêt et aucun intérêt n'est payé sur ces épargnes. En moyenne, le terme des prêts est de un an et les paiements sont mensuels. Sur cette base, le taux d'intérêt réel annualisé est de 31.4%.

Les gestionnaires du PADME estiment que leurs taux intérêt sont trop bas pour soutenir une opération commercialement viable. Alors que ces taux suffisent à couvrir les frais de fonctionnement actuels du PADME, une augmentation de ces dépenses, qui pourrait être causée par une expansion ou une commercialisation, pourrait présenter un risque pour la future rentabilité de l'institution. Cependant, en raison de restrictions usurières découlant de la loi PARMEC, le PADME ne peut charger des taux intérêt plus élevés. Par ailleurs, ses concurrents principaux, tels VITA's Microbank et FECECAM, fixent un taux intérêt identique ou plus bas. Les nouveaux intrants commerciaux sur le marché, tels FINADEV, une branche de Financial Bank, seront limités à charger un taux de rendement annuel de de 18%, en vertu des lois usurières qui s'appliquent aux banques.

Efficacité.

Tel qu'indiqué dans le tableau 7, les dépenses administratives du PADME sont très basses par rapport à celles de ses homologues et de toutes les IMFs africaines. Avec une moyenne de prêts par portefeuille de 11,5%, elles représentent à peu près les deux tiers de la moyenne du groupe homologue, qui est de 16,7%. Cette grande efficacité est dûe à plusieurs facteurs : a) les contraintes financières auxquelles le PADME est sujet, l'ont forcé à trouver des moyens innovateurs de tirer profit au maximum de ses ressources limitées ; b) le PADME a évité des dépenses importantes en terme de gestion des opérations et de remboursement des prêts en utilisant gratuitement les services de branches spécifiques au sein de banques ; et c) il a concentre ses opérations sur les centres urbains.

Par rapport à ses homologues, le niveau de rentabilité du PADME est élevé. En moyenne, le personnel gère 182 clients, plus que le double de la moyenne dans le reste du groupe qui est de 69. Cette rentabilité fait plus que compenser la faible moyenne de sa balance de paiements (106% versus 141% du PNB par tête d'habitant), et des salaires légèrement plus élevés (11 fois versus 10 fois le PNB par tête d'habitant).

Comme beaucoup d'autres MFIS, le PADME envisageait d'élargir son portefeuille en créant des branches subsidiaires, ainsi que par une expansion géographique. Toutefois, l'expansion vers l'intérieur du Bénin a été retardée tant que la question de financement n'était pas résolue. Par conséquent, le PADME a préféré consolider sa présence sur les marchés servis par les branches existantes. Le PADME a élargi le marché de ses deux branches à Cotonou et Porto-Novo en établissant quatre petites unités de prêts qui desservent d'autres secteurs des villes. Une présence renforcée sur les marchés locaux contribue à mieux rentabiliser le personnel affecté au projet. En moyenne, le personnel chargé des prêts gère près de 400 clients.

Les salaires sont identiques à ceux des institutions africaines ainsi qu'à ceux du secteur financier formel du Bénin. Cependant, les salaires moyens des employés ont énormément diminué depuis 1997, ce qui fait que le PADME a atteint des ratios de dépenses impressionnants. Ce déclin est attribuable au gel de salaires et à de très faibles investissements au niveau du personnel. Par exemple, un gestionnaire principal qui a démissionné en 1998 n'a toujours pas été remplacé. Le personnel de gestion du projet est sur-utilisé et il est envisagé de remplir les postes de gestionnaires principaux vacants d'ici l'an 2000 (sic).

Pour le moment, les clients du projet remboursent leurs prêts auprès de branches dans des banques. Cette disposition a permis au PADME d'éviter d'engager dans ses propres branches des caissiers ainsi qu'un personnel chargé de la sécurité. Les gestionnaires croient toutefois que ce système ne pourra durer car le nombre de clients ne cesse de croître. Une banque, au moins, a exprimé son intérêt à pénétrer elle-même le marché de microfinances. Il est évident que le PADME n'a aucun désir de céder ses meilleurs clients à ses banquiers. Même en l'absence de concurrence, le volume de transactions est trop lourd pour les banques. A l'avenir, il sera nécessaire que le PADME investisse davantage dans les capacités de ses propres branches.

En dépit de ces problèmes de sous-investissement, le PADME a enregistré des gains importants en terme d'efficacité. En raison des efforts déployés par une équipe de gestionnaire très effective, l'institution a continué de croître solidement durant une période où les ressources financières étaient réduites. Conséquemment, le PADME se trouve en bonne position pour prospérer rapidement une fois que les contraintes d'ordre financier seront surmontées.

Conclusion.

Le PADME a récemment reçu un financement supplémentaire de l'AID destiné à des emprunts et une assistance technique. La combinaison de ces ressources et des nouvelles relations que le Projet a forgées avec des banques locales, permettra au PADME d'accéder immédiatement aux ressources dont il a besoin pour étendre ses opérations. Les plans d'investissement dans les capacités de gestion des opérations entreprises au niveau des branches sont en voie de préparation. A présent qu'il opère avec une marge de profit confortable, le PADME se trouve également en mesure de bâtir son capital institutionnel ; ce qui lui permettra d'accroitre ses activités de vulgarisation.

Sources : Etats financiers vérifiés, 31 décembre 1998 ; Etats financiers consolidés ; Etats financiers vérifiés, 30 juin 1999 ; Questionnaire du Bulletin Micro Banques, 30 juin 1999, PADME Bénin/CALMEADOW, Application IGP, USAID juin 1999 ; PlaNet Finance, Rapport Final d'Evaluation et de Notation, G.I.R.A.F.E., mars 1999.

Cet article, publié par Jennifer Calmeadow , a été reproduit du MicroBanking Bulletin paru en février 2000. (Les changements mineurs et commentaires supplémentaires sont indiquées entre parenthèses). La Banque exprime son appréciation au PADME pour lui avoir donné la permission de publier des informations sur sa performance. Pour toute information supplémentaire, veuillez contacter Eric Boucheny, qui est chargé du projet, Eboucheny@worldbank.org

 

 

   
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