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Toute
chose qui se développe change également de
structure. Dans un arbre qui pousse, les branches changent
constamment de forme, de taille et de configuration ; de
même, dans une économie qui se développe,
on constate une évolution des proportions et des
rapports entre les secteurs fondamentaux — agriculture,
industrie
et services
— et entre les autres secteurs — rural et urbain,
public et privé, axé sur le marché
intérieur et à vocation exportatrice (chapitres
10, 11
et 12). Y a-t-il des constantes
dans la façon dont les économies en développement
évoluent ? Quels changements doit-on encourager,
et inversement ? Gardez ces questions à l'esprit
pendant la lecture de ce chapitre ainsi que des trois suivants.
Une
façon de considérer la structure d'une économie
consiste à comparer l'importance respective de ses
trois principaux secteurs — agriculture, industrie
et services — dans la production globale du pays considéré
(figure 9.1) et dans la création
d'emplois1. Dans un premier
temps, c'est l'agriculture qui est le secteur le plus important
d'une économie en développement. Mais à
mesure que le revenu par habitant augmente, elle perd sa
prééminence au profit, d'abord, du secteur
industriel et, ensuite, de celui des services. Ces deux
évolutions successives sont appelées industrialisation
et post-industrialisation
(ou « désindustrialisation »). Toute économie
en développement passera probablement par ces deux
phases, qui peuvent s'expliquer par les modifications structurelles
de la demande des consommateurs et de la productivité
relative de la main-d'œuvre dans les trois grands
secteurs.
À
mesure que les individus voient leurs revenus augmenter,
leur demande de denrées alimentaires — principal
produit de l'agriculture — atteint ses limites naturelles,
et ils commencent à être demandeurs d'un volume
relativement plus grand de produits industriels. Parallèlement,
grâce aux nouvelles techniques et machines agricoles,
la productivité de la main-d'œuvre augmente
plus vite en agriculture que dans l'industrie, ce qui rend
les produits agricoles relativement moins chers et réduit
d'autant leur contribution au produit
intérieur brut (PIB). Cette même évolution
de la productivité relative de la main-d'œuvre
a aussi pour effet de diminuer les besoins en travailleurs
agricoles, tandis que les possibilités d'emploi dans
l'industrie augmentent. De ce fait, la production industrielle
finit par contribuer davantage au PIB que la production
agricole, et l'emploi dans le secteur industriel devient
prédominant.
Les
revenus continuant d'augmenter, les besoins des individus
deviennent moins « matériels » et commencent à
se reporter sur les services — dans une multitude
de domaines, dont la santé, l'éducation ou
les loisirs. Mais la productivité de la main-d'œuvre
dans le secteur des services ne progresse pas aussi rapidement
qu'en agriculture et dans l'industrie, car la plupart des
tâches ou des emplois dans ce secteur ne peuvent être
assurés par des machines. Cela rend les services
relativement plus chers par rapport aux produits agricoles
et industriels, et accroît d'autant la place qu'ils
occupent dans le PIB. La moindre mécanisation des
services explique aussi pourquoi les emplois continuent
d'augmenter dans ce secteur alors qu'ils diminuent dans
les deux autres, les progrès technologiques ayant
pour effet d'accroître la productivité de la
main-d'œuvre et donc de supprimer des postes (figure
9.2). Au bout du compte, le secteur des services supplante
l'industrie comme principal secteur de l'économie.
Aujourd'hui,
la plupart des pays
à revenu élevé sont en phase
de post-industrialisation — ils deviennent moins tributaires
de l'industrie —, alors que la plupart des pays
à faible revenu s'industrialisent —
autrement dit, ils en deviennent plus tributaires (figure
9.3). Mais même dans les pays qui continuent de
s'industrialiser, le secteur des services progresse par
rapport au reste de l'économie (tableau
de données 2). Au milieu des années 90,
ce secteur représentait près des deux tiers
du PIB mondial (carte 9.1), contre
environ la moitié dans les années 80.
Le
secteur des services produit des biens « immatériels
» qui sont, pour certains, bien connus — c'est le
cas des services administratifs, de la santé ou de
l'éducation — et, pour d'autres, assez nouveaux
— on peut penser aux services modernes de communications
et d'information, ou aux services aux entreprises. Par rapport
à la production agricole ou industrielle, la production
de services a tendance à exiger relativement moins
de capital
naturel et plus de capital
humain. Ce facteur est à l'origine d'un surcroît
de demande pour une main-d'œuvre plus qualifiée,
ce qui a poussé les pays à investir davantage
dans l'éducation — une évolution tout
à l'avantage de leur population. Un autre avantage
de la progression du secteur des services est que, comme
celui-ci utilise moins de ressources
naturelles que l'agriculture ou l'industrie, il
fait moins pression sur l'environnement local, régional
et mondial.
Le
fait de préserver le capital naturel tout en renforçant
le capital humain peut contribuer à rendre le développement
mondial plus durable
d'un point de vue environnemental et social. Cela dit, l'essor
du secteur des services ne constituera pas une solution
miracle au problème de la viabilité du développement,
car une croissance agricole et industrielle est également
nécessaire pour répondre aux besoins d'une
population mondiale en augmentation.
Dans
les pays à économie anciennement planifiée,
le secteur des services était autrefois sous-développé
du fait que l'État contrôlait l'offre mais
ne parvenait pas à répondre à la demande
croissante dans ce domaine. De plus, une bonne partie des
services modernes qui jouent un rôle important dans
l'économie de marché — services aux
entreprises, financiers, immobiliers, etc. — n'étaient
pas nécessaires sous les régimes socialistes.
Dans le cadre du passage à l'économie de marché,
le secteur des services de ces pays s'est développé
rapidement afin de répondre à une demande
jusque là insatisfaite et aux besoins du secteur
privé émergent.
L'essor
des services dans les économies en transition est
particulièrement important, dans la mesure où
il permet à celles-ci d'employer une partie de la
population
active qualifiée qui risquerait autrement
d'être au chômage du fait de la crise économique.
Ainsi, outre le fait de favoriser un soutien continu des
pouvoirs publics pour la santé et l'éducation,
l'essor des services peut aider les ex-pays socialistes
à préserver le réservoir de capital
humain qui sera essentiel à leur développement
post-industriel.
Pensez
aux industries de services qui sont, selon vous, d'une importance
particulière pour le développement durable
de votre pays sur différents plans — économique,
social et environnemental.
1
Par agriculture, on entend le secteur comprenant les cultures,
l'élevage, la foresterie, la pêche, et la chasse.
Le terme industrie désigne les activités manufacturières,
les industries extractives, le bâtiment, et les secteurs
électricité, eau et gaz. Quant aux services,
ils recouvrent tous les autres domaines d'activité
économique, à savoir : le commerce, les transports,
et les communications ; les services administratifs et financiers,
et les services aux entreprises ; et les services personnels,
sociaux et communautaires. |