|
En
ce qui concerne l'enseignement professionnel, les employeurs
jouent souvent un rôle important pour ce qui est de
dispenser une formation en cours d'emploi aux employés
et de financer également une formation dans des écoles
spécialisées. Les gouvernements tentent d'encourager
cette participation des employeurs afin d'économiser
des deniers publics et d'établir un lien entre l'enseignement
professionnel et les besoins du marché du travail.
Pour développer des compétences professionnelles
spécifiques, la formation en cours d'emploi est préférable,
surtout dans les professions où la technologie évolue
considérablement.
Le
financement public de la formation professionnelle est généralement
considéré comme justifié lorsque les
capacités des employeurs en la matière sont
limitées (comme dans le cas des petites et moyennes
entreprises) ou inexistantes (par exemple, lorsqu'il s'agit
d'assurer le recyclage des chômeurs). Une excellente
formation générale préalable à
l'emploi est le meilleur moyen de garantir qu'une personne
sera à même d'acquérir de nouvelles
compétences tout au long de sa carrière, et
que les employeurs seront eux-mêmes prêts à
investir dans la formation professionnelle de cette personne.
Surtout, il faut que les employés soient capables
de communiquer clairement par écrit et de se servir
de connaissances en mathématiques et en sciences
pour diagnostiquer et résoudre les problèmes.
L'école
primaire aide les enfants à acquérir le savoir
de base en lecture, écriture et calcul, ainsi que
les autres connaissances et compétences dont ils
auront besoin pour la suite de leur éducation. Dans
les pays à faible revenu, l'enseignement primaire,
en tant que tel, améliore souvent le niveau de vie
des pauvres en les rendant plus productifs au travail, en
leur permettant d'acquérir de nouvelles compétences
tout au long de leur vie active et en réduisant le
risque de chômage. Il se traduit en outre, surtout
lorsque les filles et les femmes sont concernées,
par des familles moins nombreuses et en meilleure santé,
et par une réduction de la mortalité infantile.
Malgré
l'augmentation rapide du nombre d'enfants d'âge primaire,
les pays en développement sont parvenus, depuis 1970,
à accroître fortement le pourcentage d'inscriptions
à ce niveau (figure 7.1). Mais
l'enseignement primaire universel, un objectif que poursuivent
la plupart des gouvernements de ces pays, reste loin d'être
assuré dans beaucoup d'entre eux (voir tableau
de données 2). De faibles taux d'inscription
dans plusieurs pays à faible revenu sont peut-être
le signe d'une capacité inadéquate des systèmes
scolaires, aussi bien que d'un contexte social empêchant
les enfants d'aller à l'école.
Comme
on sait que les avantages économiques et sociaux
qu'en tire la société sont plus grands dans
le cas de l'enseignement primaire qu'aux autres niveaux
du système éducatif, la plupart des gouvernements
sont résolus à y donner accès gratuitement
à tous les enfants. Mais dans les pays à faible
revenu, les ressources publiques disponibles pour cela sont
souvent insuffisantes pour faire face à la demande
croissante de populations en plein essor. Ces ressources
ont en outre tendance à être réparties
inéquitablement, de meilleures possibilités
d'éducation étant souvent offertes aux enfants
des zones urbaines par rapport à ceux des zones rurales,
aux enfants de familles aisées par rapport à
ceux de milieux défavorisés, et aux garçons
par rapport aux filles. Dans certains pays, le financement
public de l'éducation favorise les niveaux supérieurs
de l'enseignement, ce qui profite essentiellement aux enfants
plus âgés et de milieux plus aisés,
et aggrave ainsi les inégalités sociales.
Même
lorsque l'accès à l'enseignement primaire
est ouvert, les enfants de milieux défavorisés
risquent de ne pas pouvoir en profiter car ils doivent,
dans bien des cas, travailler au lieu d'aller à l'école.
Pour eux, le fait d'entrer prématurément dans
la vie active et de travailler énormément
est préjudiciable à la santé et empêche
l'acquisition des compétences nécessaires
à la vie en société, ce qui réduit
d'autant leur capacité de gain future en tant qu'adultes
et perpétue le cercle vicieux de la pauvreté.
À
tout cela s'ajoute le fait que les taux de scolarisation
primaire sont généralement moins élevés
pour les filles que pour les garçons. C'est en Asie
du Sud, au Moyen-Orient et en Afrique subsaharienne que
cette disparité est la plus prononcée. Elle
reflète les normes culturelles, la précocité
des grossesses, le niveau limité des possibilités
d'emploi pour les femmes et les traditions qui veulent que
les filles contribuent davantage aux tâches ménagères.
Ainsi, sur les 900 millions d'adultes analphabètes
que comptent les pays en développement (soit pratiquement
un adulte sur trois), près des deux tiers sont des
femmes (figure 7.2).
Il
convient de souligner que les travail des enfants est considéré
comme un problème de pauvreté — autrement
dit, son incidence est inversement proportionnelle au revenu
par habitant. Cela signifie qu'un surcroît de croissance
économique aura tendance à éliminer
cet obstacle à un enseignement primaire universel.
En revanche, il n'y a pas corrélation entre les disparités
des taux de scolarisation des garçons et des filles
et le niveau de vie général, et on ne peut
donc pas dire que les pays " n'ont qu'à se développer
" pour y mettre fin. Pour réduire ces disparités,
il faut adopter à l'échelon national des politiques
qui aillent dans ce sens, en réduisant par exemple
les coûts directs et indirects de la scolarisation
des filles pour leurs parents, ou encore en construisant
des écoles de filles supplémentaires dans
les systèmes scolaires qui ne pratiquent pas la mixité.
Dans
la majorité des pays en développement, les
taux de scolarisation dans le secondaire sont bien inférieurs
à ceux du primaire (voir tableau
de données 2). Bien que la situation s'améliore
depuis quelques décennies, en moyenne, moins de 60
% de la population d'âge secondaire des pays à
revenu faible et intermédiaire est scolarisée,
alors que, dans les pays à revenu élevé,
l'enseignement secondaire est devenu quasiment universel
(figure 7.3).
Des
différentes régions du monde, c'est l'Afrique
subsaharienne qui a le plus fort taux d'enfants non scolarisés
dans le secondaire. Or, en consultant au tableau
de données 2 les chiffres relatifs à l'incidence
du travail des enfants, c'est-à-dire le pourcentage
des 10-14 ans qui travaillent, vous constaterez, là
encore, que c'est en Afrique subsaharienne que ce pourcentage
est le plus élevé. Le travail des enfants
reste le plus gros facteur faisant obstacle à l'éducation
de cette catégorie de population dans les pays à
faible revenu. D'après les données disponibles,
près du tiers des enfants de 10 à 14 ans font
partie de la population active dans ces pays (abstraction
faite de la Chine et de l'Inde) ; dans beaucoup de pays
d'Afrique subsaharienne, c'est le cas de la moitié.
Et la situation est peut-être même pire en réalité,
car les données relatives au travail des enfants
ne sont pas recensées ou ne le sont qu'incomplètement
dans beaucoup de pays, le problème étant officiellement
supposé ne pas exister.
Le
fossé entre pays développés et pays
en développement est particulièrement prononcé
au niveau de l'enseignement supérieur. Dans les pays
à revenu élevé, les taux d'inscription
à ce niveau sont en forte progression depuis 1980
; dans les pays à revenu faible et intermédiaire,
ils n'ont que légèrement progressé
(figure 7.4 et tableau
de données 2).
Le
nombre d'élèves inscrits à un niveau
d'enseignement donné n'est pas une indication de
la qualité de leur éducation et ne donne donc
qu'une idée grossière du niveau scolaire d'un
pays. Pour être rentables d'un point de vue économique,
l'éducation et la formation doivent répondre
à l'évolution constante des besoins du marché
du travail — autrement dit, inculquer aux diplômés
les connaissances et compétences dont a besoin un
pays à chaque étape de son développement
économique. Par exemple, les pays passant de l'économie
planifiée à l'économie de marché
ont généralement besoin d'un plus grand nombre
de personnes formées aux sciences économiques
et à la gestion pour occuper des emplois dans le
secteur privé en formation de même que dans
le secteur public issu des réformes. Dans le contexte
de la révolution actuelle de l'informatique, les
gens dotés de compétences en la matière
sont plus en demande et, avec la mondialisation (voir chapitres
13 et 14),
ce sont les compétences dans le domaine des langues
étrangères qui sont plus recherchées.
D'une manière générale, les esprits
novateurs sont partout en demande, et un système
éducatif qui ne parvient pas à développer
cette qualité chez ses diplômés ne peut
pas vraiment être considéré comme étant
pleinement efficace.
La
figure 7.5 illustre certaines différences
qui existent, sur le plan de la qualité de l'éducation,
entre les pays à économie en transition et
les pays à économie de marché. Par
rapport à leurs homologues du Canada, de France,
d'Israël et du Royaume Uni, les enfants de Hongrie,
de Slovénie et de l'ex-Union soviétique ont
en effet démontré une meilleure connaissance
des faits mais une moins bonne capacité d'utilisation
de cette connaissance dans un contexte nouveau et différent.
Dans une économie de marché compétitive,
un diplômé qui manque d'aptitude à l'innovation
et à la résolution de problèmes a davantage
de risques de se retrouver au chômage et de devenir
pauvre à son tour.
Investir
dans l'éducation n'est pas seulement un important
moyen de développer le capital humain d'un pays et
d'améliorer ses perspectives de croissance économique
et d'amélioration du niveau
de vie. C'est aussi une chose qui a elle-même
de la valeur de par le fait que l'éducation élargit
les horizons des gens et les aide à mener une vie
plus saine, plus sûre financièrement, et plus
enrichissante. C'est pour cette raison que les experts utilisent
les données sur l'alphabétisation, par exemple,
comme d'importants indicateurs de la qualité
de la vie d'un pays.
|