|
Comparer
le PNB
(ou PIB)
par habitant des pays est l'approche qui est le plus couramment
utilisée pour déterminer leur niveau de développement.
Mais le fait pour un pays d'avoir un revenu par habitant
plus élevé ne veut pas toujours dire que sa
population vive mieux que celle d'un autre pays dont le
revenu est moins élevé, beaucoup d'aspects
du bien-être n'étant pas pris en compte par
ces indicateurs. (Pouvez-vous en donner quelques exemples
? Voyez le chapitre 2.) Pour
tenter d'établir un meilleur étalon du degré
de réussite du processus de développement,
les experts utilisent différentes méthodes
consistant à intégrer les données relatives
aux revenus moyens avec celles relatives aux niveaux moyens
de santé et d'éducation. Cela permet d'évaluer
les résultats d'un pays en termes de développement
économique ainsi que de développement
humain (voir chapitre 1).
«
Losanges » du développement
Les
experts de la Banque mondiale utilisent ce qu'ils appellent
les losanges du développement afin d'illustrer les
interactions entre quatre indicateurs socioéconomiques
pour un pays donné, par rapport aux moyennes établies
pour le groupe de revenus dans lequel ce pays se situe (pays
à faible revenu, à revenu intermédiaire
de la tranche inférieure, à revenu intermédiaire
de la tranche supérieure, à revenu élevé).
L'espérance
de vie à la naissance, les taux
bruts de scolarisation primaire (ou secondaire)
l'accès
à l'eau salubre et le PNB par habitant y
sont représentés, chacun sur un axe différent,
et les valeurs correspondantes sont reliées entre
elles par des lignes épaisses pour former un losange
(figure 15.1). Il est alors aisé
de comparer la forme de ce losange avec celle du losange
de référence, qui représente les indicateurs
moyens pour le groupe de revenus correspondant, chaque élément
étant rapporté à la base 100 (voir
les losanges vert et bleu). Un point situé en dehors
du losange de référence indique une valeur
supérieure à la moyenne du groupe, tandis
qu'un point situé à l'intérieur représente
un résultat inférieur à la moyenne.
Dans
le cas de la Russie, le « losange » est en fait
de forme triangulaire parce que la Banque mondiale ne dispose
pas de données sur le pourcentage de population ayant
accès à l'eau salubre. Imaginez un autre indicateur,
éventuellement plus significatif pour les pays de
l'ex-Union soviétique, qui pourrait vous servir à
comparer les niveaux de développement. À partir
des tableaux de données figurant à la fin
de ce volume, utilisez l'indicateur en question pour compléter
le losange du développement de la Russie et d'un
ou deux autres pays de votre choix.
Il
convient de faire remarquer que les losanges du développement
établis pour la Chine et l'Éthiopie, d'une
part, la Russie et la Turquie, d'autre part, correspondent
à des indices basés sur des moyennes pour
deux groupes de pays différents — les pays
à faible revenu et les pays à revenu intermédiaire
de la tranche inférieure (voir figure
15.1). Il est de ce fait impossible de comparer visuellement
les acquis de l'une et l'autre paires de pays sur le plan
du développement. C'est là un des principaux
inconvénients de cette méthodologie : elle
ne peut servir, en pratique, à comparer des pays
classés dans des groupes de revenus différents.
Les
experts des Nations Unies préfèrent avoir
recours à l'indicateur du développement humain
pour jauger le degré de développement d'un
pays. Cet indicateur composite est une simple moyenne de
trois indices reflétant les réalisations d'un
pays en termes de santé et de longévité
(sur la base de l'espérance de vie à la naissance),
d'éducation (à partir du taux d'alphabétisation
des adultes et des taux combinés de scolarisation
ou d'inscriptions dans le primaire, le secondaire et l'enseignement
supérieur), et de niveau
de vie (au moyen du PIB par habitant exprimé
en parité
de pouvoir d'achat).Dans chacun de ces domaines,
les acquis d'un pays sont mesurés au regard du chemin
parcouru en direction de l'un ou l'autre des objectifs suivants
: une espérance de vie de 85 ans, des taux d'alphabétisation
adulte et d'inscriptions de 100 %, et un PIB réel
par habitant de 40 000 dollars en parité
de pouvoir d'achat. Pour désirables qu'ils soient,
ces objectifs n'ont encore été pleinement
atteints par aucun pays, si bien que les indicateurs effectifs
sont exprimés en valeurs décimales du cas
de figure idéal.
L'avantage
que présente l'indicateur du développement
humain par rapport à la méthode des losanges
du développement est qu'il permet de classer les
pays en fonction des résultats obtenus sur le plan
du développement humain. Dans le dernier classement
en date, basé sur les données de 1997, les
cinq pays de tête étaient le Canada, la Norvège,
les États-Unis, le Japon et la Belgique. Les cinq
pays en bas de classement étaient la Sierra Leone,
le Niger, l'Éthiopie, le Burkina Faso et le Burundi.
Parmi les économies en développement, les
cinq premières places étaient occupées
par Singapour, Hong Kong (Chine), le Brunéi, Chypre
et la République de Corée.
L'inconvénient
de l'indicateur du développement humain est qu'il
ne permet pas de jauger de l'importance relative de ses
différentes composantes, ni de comprendre les raisons
de l'évolution de l'indice d'un pays donné
au fil du temps - de savoir, par exemple, si elle résulte
d'un changement au niveau du PNB par habitant ou d'une modification
du taux d'alphabétisation des adultes.
Pour
certains pays, le classement sur la base de l'indicateur
du développement humain est sensiblement différent
de celui établi à partir du PNB (ou PIB) réel
par habitant (tableau 15.1). La différence
entre les deux montre dans quelle mesure le pays en question
a ou non réussi, comparativement aux autres pays,
à convertir les fruits de la croissance économique
en qualité de la vie pour sa population (voir
tableau de données
4). Une différence positive signifie qu'un pays
s'en sort relativement mieux sur le plan du développement
humain qu'en termes de revenu par habitant. C'est souvent
le cas des ex-pays socialistes et des pays développés
d'Europe. Une différence négative signifie
l'inverse, les cas les plus marquants à cet égard
étant ceux du Koweït et du Pakistan (voir tableau
15.1).
Tableau
15.1
Différences
de classement en fonction du PNB par habitant et de l'indice
de développement humain
| Pays |
Classement
en fonction du PNB réel par habitant (dollars
PPA), 1995 |
Classement
en fonction de l'indice de développement humain,
1995 |
Différence
de classement en fonction du PNB réel par habitant
(dollars PPA) et en fonction de l'indice de développement
humain |
| Koweït |
4
|
54
|
-50
|
| Pakistan |
96
|
138
|
-42
|
| Émirats
arabes unis |
24
|
48
|
-24
|
| Russie |
62
|
72
|
-10
|
| États-Unis |
2
|
4
|
-2
|
| Tadjikistan |
128
|
118
|
10
|
| Canada |
12
|
1
|
11
|
| Finlande |
21 |
6 |
15 |
|