|
Depuis
la révolution industrielle, le développement
économique s'accompagne d'une augmentation
de la consommation de combustibles
fossiles, et des quantités de plus en plus
grandes de charbon, de pétrole et de gaz naturel
sont ainsi consumées par les usines et les centrales
électriques, les véhicules à moteur
et les ménages. Les émissions de dioxyde de
carbone (CO2) qui en résultent sont devenues la principale
source de gaz
à effet de serre — ces gaz qui emprisonnent
le rayonnement infrarouge dans l'atmosphère terrestre
et ont pour corollaire le risque de réchauffement
planétaire. La complexité des écosystèmes
terrestres est telle qu'on ne sait pas encore précisément
à quel moment et dans quelle mesure les activités
économiques humaines modifieront le climat de notre
planète, mais beaucoup de scientifiques estiment
que ces changements peuvent déjà être
observés.
Selon
le rapport établi en 1995 par le Groupe d'experts
intergouvernemental sur l'évolution du climat, la
température moyenne planétaire pourrait augmenter
de 1 à 3,5 degrés Celsius et le niveau des
mers s'élever de 15 à 95 centimètres
d'ici à 2100, si les tendances actuelles des émissions
de gaz à effet de serre devaient se maintenir. Ces
changements peuvent sembler mineurs, mais ils pourraient
avoir de multiples conséquences négatives,
en plus de quelques effets positifs non définis.
Les forêts et autres écosystèmes, faute
de pouvoir s'adapter à l'évolution des températures
et de la configuration des précipitations, pourraient
se dégrader. Il faut aussi s'attendre à ce
que les individus aient à souffrir de cette situation
— et les habitants des pays pauvres peut-être
le plus, car ils sont moins prêts à faire face
aux changements en question.
Dans
beaucoup de pays en développement des régions
arides et semi-arides, l'accès à l'eau salubre
risque d'empirer. (En l'état actuel des choses, plus
de 1 milliard d'êtres humains n'y ont déjà
pas accès.) Les maladies tropicales risquent de se
propager davantage vers le Nord, et le problème des
inondations s'aggravera probablement dans les régions
tempérées et humides. S'il est possible que
la production alimentaire soit facilitée aux hautes
et moyennes latitudes, il faut s'attendre à ce que
les rendements diminuent dans les régions tropicales
et subtropicales. Des déplacements massifs de populations
pourraient survenir en cas d'élévation du
niveau des mers — notamment pour des dizaines de millions
d'habitants du seul Bangladesh, ainsi que pour des pays
entiers situés dans des îles de faible altitude,
comme aux Caraïbes.
La
quantité de dioxyde de carbone émise par un
pays dans l'atmosphère est surtout fonction de la
taille de son économie, de son niveau d'industrialisation
et de l'efficacité de sa consommation d'énergie.
Les pays
en développement ont beau abriter la majorité
de la population mondiale, ils ont une production industrielle
et une consommation d'énergie par habitant assez
faibles, et c'est pourquoi, jusqu'à une date récente,
il ne faisait guère de doute que la responsabilité
des risques de réchauffement planétaire incombait
principalement aux pays
développés (carte
14.1 et figures 14.1 et 14.2).
Les
États-Unis sont le pays qui contribue le plus au
réchauffement mondial. Alors qu'ils ne représentent
que 4 % de la population mondiale, ils produisent près
de 25 % des émissions globales de dioxyde de carbone.
La Russie a récemment cédé à
la Chine la deuxième place de ce classement, mais,
en termes d'émissions par habitant, elle continue
de la devancer de beaucoup (voir figures 14.1
et 14.2). L'importance des émissions
de dioxyde de carbone par habitant de la Russie s'explique
non seulement par son niveau élevé d'industrialisation,
mais aussi parce que beaucoup de ses entreprises utilisent
des technologies plus anciennes et plus « sales » que celles
généralement en usage dans les pays développés.
L'extrême inefficacité de sa consommation d'énergie
est l'un des plus gros problèmes économiques
auxquels ce pays soit confronté. En termes de PIB
(produit intérieur brut) par unité de consommation
d'énergie, la Russie a un rendement énergétique
inférieur de plus de 5 fois à celui des États-Unis
et de plus de 12 fois à celui du Japon. Quatre pays
seulement ont un rendement énergétique moins
bon qu'elle - et ils sont tous d'anciens membres de l'Union
soviétique (voir tableau
de données 4).
Pour
les pays
à faible revenu et à revenu
intermédiaire, il y a une corrélation
directe et positive entre la croissance
économique et l'augmentation de la consommation
d'énergie — accompagnée d'un accroissement
des émissions de dioxyde de carbone. Mais à
des niveaux de revenu élevé, on note une réduction
de la consommation d'énergie par habitant et de la
pollution, en dépit de la croissance économique
(voir tableau de données
4). Cela s'explique par une plus grande efficacité
de la consommation d'énergie et par l'adoption de
technologies plus propres pour l'environnement, sans parler
du fait qu'une économie à revenu plus élevé
comprend généralement un secteur des services
proportionnellement plus développé, lequel
est moins consommateur d'énergie que l'industrie
(voir chapitre 9).
L'Allemagne
donne l'exemple aux autres pays développés
à cet égard : entre 1980 et 1992, sa consommation
d'énergie a diminué de 11 % et ses émissions
de dioxyde de carbone par habitant, de près de 20
%. Dans le même temps, la consommation d'énergie
par habitant des États-Unis a été stable,
et leurs émissions de dioxyde de carbone par habitant
ont baissé d'environ 6 %. Mais ces facteurs n'ont
pas suffi à mettre fin à l'augmentation des
émissions de dioxyde de carbone de l'ensemble des
pays à
revenu élevé ou à ralentir
la croissance des émissions à l'échelon
mondial (voir tableau de données
4). Pour prévenir le changement climatique à
l'échelon planétaire, des efforts concertés
s'imposent de la part de la majorité des pays.
Lors
du Sommet de la Terre de 1992, à Rio de Janeiro (Brésil),
les pays développés ont convenu de prendre
des mesures en vue de stabiliser à leurs niveaux
de 1990 leurs émissions de gaz à effets de
serre d'ici à l'an 2000. Au moment où les
représentants de 165 pays se sont réunis à
Kyoto (Japon) pour la Conférence des Parties à
la Convention, cadre des Nations Unies sur les changements
climatiques, en 1997, il était évident que
cet objectif était loin d'être atteint par
beaucoup d'entre eux, dont les États-Unis. Le Protocole
de Kyoto adopté lors de cette conférence est
censé être juridiquement contraignant et engage
tous les pays riches, d'ici à 2012, à ramener
leurs émissions de gaz à effet de serre à
6-8 % au-dessous de leurs niveaux de 1990.
Cet
accord est considéré comme l'initiative environnementale
la plus ambitieuse jamais engagée à l'échelon
planétaire - même si la participation des pays
en développement à ce processus a été
reportée. La plupart d'entre eux refusent de s'engager
à réduire leurs émissions de gaz à
effet de serre, en faisant valoir qu'un tel engagement compromettrait
leur développement économique et ferait obstacle
à leurs efforts de lutte contre la pauvreté.
En revanche, un certain nombre de pays
à économie en transition se sont joints
aux efforts des pays développés. C'est ainsi
que la Russie et l'Ukraine se sont engagées à
ne pas excéder leurs niveaux d'émissions de
gaz à effet de serre de 1990, la Hongrie et la Pologne
promettant quant à elles de les ramener à
6 % au-dessous de ces niveaux.
Les
pays développés sont censés prendre
l'initiative de la lutte contre les changements climatiques
alors même qu'il faut s'attendre à ce que les
pays en développement les dépassent dans moins
de 20 ans en tant que principaux responsable des émissions
de dioxyde de carbone. Mais il faudra bien plus de 20 ans
pour que la consommation d'énergie par habitant des
pays en développement devienne comparable à
celle des pays développés d'aujourd'hui. Si
l'on considère donc cette question en termes d'équité,
nul ne peut dénier aux pays pauvres actuels le droit
de continuer à polluer l'atmosphère. Mais
est-ce bien sage pour ces pays de suivre un modèle
de développement qui s'est déjà révélé
non viable ? Et est-ce bien vrai qu'on ne peut s'attaquer
aux problèmes environnementaux sans entraver la croissance
économique des pays pauvres ? De l'avis de beaucoup
d'analystes, plus tôt ces pays tireront parti de technologies
de production plus propres et de modes de production et
de consommation de l'énergie plus rationnels, mieux
cela sera pour leurs perspectives de développement
à long terme.
Supposons,
au nom de l'équité, que chaque être
humain ait droit comme tout autre à la ressource
que constitue l'atmosphère. Dans ce cas, les quotas
d'émissions de dioxyde de carbone attribués
aux pays seraient déterminés par le nombre
d'habitants. Les pays à faible revenu n'ayant pas
encore atteint leurs quotas, ils auraient alors le droit
de continuer à émettre du dioxyde de carbone.
Mais les pays à revenu intermédiaire et élevé
auraient, eux, déjà dépassé
les leurs (comparez les figures 2.2
et 14.3).
|