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Êtes-vous
sûrs de savoir ce que « développement » veut
vraiment dire vis-à-vis de différents pays
? Et pouvez-vous déterminer quels sont les pays plus
développés et ceux qui le sont moins ?
Il
est relativement plus facile de distinguer les pays plus
riches de ceux qui sont plus pauvres. Mais les indicateurs
de richesse, qui rendent compte du volume de ressources
dont dispose une société, ne fournissent aucune
information sur la distribution de ces ressources —
par exemple, sur la façon dont les revenus se répartissent
plus ou moins équitablement d'un groupe social à
l'autre, sur les parts de ressources consacrées à
des services gratuits d'éducation et de santé,
ou sur les effets de la production et de la consommation
pour les individus dans leur milieu quotidien. Il n'est
donc pas étonnant que des pays qui ont des revenus
moyens similaires puissent présenter de sensibles
différences lorsqu'on parle de la qualité
de la vie des individus : l'accès à
l'éducation et aux soins de santé, les possibilités
d'emploi, la pureté de l'air, l'accès à
l'eau salubre, l'absence de criminalité, etc. Compte
tenu de cela, comment détermine-t-on les pays développés
et ceux qui le sont moins ?
D'un
pays à l'autre, les politiques de développement
ont des priorités différentes. Mais pour
comparer les niveaux de développement de différents
pays, il faut commencer par décider soi-même
ce que le développement recouvre vraiment, ce qu'il
est censé accomplir. À partir de là,
des indicateurs spécialisés pourront servir
à jauger les progrès relatifs des pays en
termes de développement.
L'objectif
est-il simplement d'accroître la richesse nationale,
ou s'agit-il de quelque chose de plus subtil : améliorer
le bien-être de la majorité des gens, garantir
leur liberté, renforcer leur sécurité
économique ?
Dans
de récents documents des Nations Unies, l'accent
est mis sur le « développement humain » et les
mesures correspondantes : l'espérance de vie, l'alphabétisation
des adultes, l'accès aux trois niveaux d'enseignement,
ainsi que le revenu moyen des individus qui conditionne
leur liberté de choix. Dans un sens plus large,
la notion de développement humain englobe tous
les aspects du bien-être des individus, de leur
état de santé à leur liberté
économique et politique. Selon le Rapport mondial
sur le développement humain de 1996, publié
par le Programme des Nations Unies pour le développement,
« le développement humain est une fin dont la croissance
économique est le moyen ».
Certes,
la croissance
économique, du fait d'accroître la
richesse globale d'un pays, donne à celui-ci une
possibilité accrue de réduire la pauvreté
et de régler d'autres problèmes sociaux.
Mais l'histoire présente un certain nombre d'exemples
de pays dans lesquels la croissance économique
n'a pas été suivie de progrès analogues
sur le plan du développement humain et où,
au contraire, elle s'est faite au prix d'inégalités
plus marquées, d'un plus fort taux de chômage,
d'un affaiblissement de la démocratie, d'une perte
d'identité culturelle ou d'une surconsommation
des ressources nécessaires aux générations
futures. Maintenant qu'on comprend mieux les liens entre
la croissance économique et les aspects sociaux
et environnementaux, les spécialistes, et notamment
les économistes, s'accordent généralement
pour dire qu'une croissance de ce type, inévitablement,
ne sera pas viable — autrement dit, elle ne pourra
pas suivre longtemps cette même ligne.
Pour être viable, la croissance économique
doit constamment tirer parti des fruits du développement
humain, tels que l'amélioration des connaissances
et compétences de la main-d'œuvre ainsi que
les possibilités de les mettre à profit,
sous forme d'emplois plus nombreux et de meilleure qualité,
de conditions plus propices à l'essor d'activités
nouvelles, et de processus plus démocratiques à
tous les échelons de la prise de décisions
(figure 1.1).
À
l'inverse, une croissance économique rapide peut
être interrompue dans son élan par un développement
humain peu dynamique. D'après le Rapport mondial
sur le développement humain de 1996, aucun
pays n'est parvenu, entre 1960 et 1992, à passer
d'un « développement dysharmonieux »,
caractérisé par un faible développement
humain associé à une croissance rapide,
à un cercle vertueux permettant au développement
humain et à la croissance de commencer à
se renforcer mutuellement. Un faible développement
humain ayant invariablement été suivi d'un
ralentissement de la croissance économique, ce
modèle de croissance a été qualifié
d'« impasse ».
Développement
durable
Le
développement durable est une expression abondamment
utilisée par les hommes politiques du monde entier,
bien que cette notion soit encore assez nouvelle et ne soit
pas interprétée partout de la même façon.
Le concept de développement durable, pour important
qu'il soit, en est encore au stade de l'élaboration,
et sa définition ne cesse d'être révisée,
élargie et précisée. Au moyen du présent
ouvrage, vous pouvez essayer d'améliorer cette définition
à mesure que vous comprendrez davantage les liens
entre ses principaux éléments — les
facteurs économiques, sociaux et environnementaux
du développement durable — et que vous déciderez
de l'importance respective à leur accorder en fonction
de votre propre système de valeurs.
Selon la définition classique qu'en a donnée
la Commission mondiale pour l'environnement et le développement
des Nations Unies en 1987, le développement est durable
s'il « répond aux besoins du présent sans
compromettre la capacité des générations
futures de répondre aux leurs ». Il est généralement
admis que cette « équité entre générations
» sera impossible à réaliser s'il n'y a pas,
à l'heure actuelle, de justice sociale, si les activités
économiques de certains groupes d'individus continuent
de menacer le bien-être de ceux qui appartiennent
à d'autres groupes ou qui vivent dans d'autres parties
du monde. À titre d'exemple, imaginez que le déboisement
continu du bassin de l'Amazone, connu pour son extraordinaire
biodiversité, entraîne l'extinction d'une obscure
espèce végétale qui aurait pu aider
à guérir le sida (syndrome d'immunodéficience
acquise), ce fléau qui menace les êtres humains
à travers le monde. Ou pensez aux émissions
de gaz à effet de serre, qui sont principalement
le fait des pays industriels et qui risquent d'entraîner
un réchauffement planétaire et l'inondation
de certaines îles de faible altitude, aboutissant
au déplacement et à l'appauvrissement de populations
entières.
On
peut considérer que la justice sociale, définie
comme l'égalité d'accès au bien-être
aussi bien au sein d'une même génération
que d'une génération à l'autre, recouvre
au moins trois aspects : économique, social et environnemental.
Seul un développement qui parvient à concilier
ces trois séries d'objectifs peut être maintenu
durablement (figure 1.2). Inversement,
le fait de négliger l'un de ces aspects peut compromettre
la croissance économique de même que l'ensemble
du processus de développement.
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