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Au Delà de la Croissance Économique--Un livre virtuel de l'eleve
Table des matières | Introduction | Glossaire | Classification des économies par revenu et région | Tableaux de données
Chapitres : I | II | III | IV | V | VI | VII | VIII | IX | X | XI | XII | XIII | XIV | XV | XVI | XVII
I. Qu'est-ce que le développement ?

Êtes-vous sûrs de savoir ce que « développement » veut vraiment dire vis-à-vis de différents pays ? Et pouvez-vous déterminer quels sont les pays plus développés et ceux qui le sont moins ?

Discussion PromptIl est relativement plus facile de distinguer les pays plus riches de ceux qui sont plus pauvres. Mais les indicateurs de richesse, qui rendent compte du volume de ressources dont dispose une société, ne fournissent aucune information sur la distribution de ces ressources — par exemple, sur la façon dont les revenus se répartissent plus ou moins équitablement d'un groupe social à l'autre, sur les parts de ressources consacrées à des services gratuits d'éducation et de santé, ou sur les effets de la production et de la consommation pour les individus dans leur milieu quotidien. Il n'est donc pas étonnant que des pays qui ont des revenus moyens similaires puissent présenter de sensibles différences lorsqu'on parle de la qualité de la vie des individus : l'accès à l'éducation et aux soins de santé, les possibilités d'emploi, la pureté de l'air, l'accès à l'eau salubre, l'absence de criminalité, etc. Compte tenu de cela, comment détermine-t-on les pays développés et ceux qui le sont moins ?

Objectifs et moyens de développement

D'un pays à l'autre, les politiques de développement ont des priorités différentes. Mais pour comparer les niveaux de développement de différents pays, il faut commencer par décider soi-même ce que le développement recouvre vraiment, ce qu'il est censé accomplir. À partir de là, des indicateurs spécialisés pourront servir à jauger les progrès relatifs des pays en termes de développement.

L'objectif est-il simplement d'accroître la richesse nationale, ou s'agit-il de quelque chose de plus subtil : améliorer le bien-être de la majorité des gens, garantir leur liberté, renforcer leur sécurité économique ?

Dans de récents documents des Nations Unies, l'accent est mis sur le « développement humain » et les mesures correspondantes : l'espérance de vie, l'alphabétisation des adultes, l'accès aux trois niveaux d'enseignement, ainsi que le revenu moyen des individus qui conditionne leur liberté de choix. Dans un sens plus large, la notion de développement humain englobe tous les aspects du bien-être des individus, de leur état de santé à leur liberté économique et politique. Selon le Rapport mondial sur le développement humain de 1996, publié par le Programme des Nations Unies pour le développement, « le développement humain est une fin dont la croissance économique est le moyen ».

Certes, la croissance économique, du fait d'accroître la richesse globale d'un pays, donne à celui-ci une possibilité accrue de réduire la pauvreté et de régler d'autres problèmes sociaux. Mais l'histoire présente un certain nombre d'exemples de pays dans lesquels la croissance économique n'a pas été suivie de progrès analogues sur le plan du développement humain et où, au contraire, elle s'est faite au prix d'inégalités plus marquées, d'un plus fort taux de chômage, d'un affaiblissement de la démocratie, d'une perte d'identité culturelle ou d'une surconsommation des ressources nécessaires aux générations futures. Maintenant qu'on comprend mieux les liens entre la croissance économique et les aspects sociaux et environnementaux, les spécialistes, et notamment les économistes, s'accordent généralement pour dire qu'une croissance de ce type, inévitablement, ne sera pas viable — autrement dit, elle ne pourra pas suivre longtemps cette même ligne.

Pour être viable, la croissance économique doit constamment tirer parti des fruits du développement humain, tels que l'amélioration des connaissances et compétences de la main-d'œuvre ainsi que les possibilités de les mettre à profit, sous forme d'emplois plus nombreux et de meilleure qualité, de conditions plus propices à l'essor d'activités nouvelles, et de processus plus démocratiques à tous les échelons de la prise de décisions (figure 1.1).

À l'inverse, une croissance économique rapide peut être interrompue dans son élan par un développement humain peu dynamique. D'après le Rapport mondial sur le développement humain de 1996, aucun pays n'est parvenu, entre 1960 et 1992, à passer d'un « développement dysharmonieux », caractérisé par un faible développement humain associé à une croissance rapide, à un cercle vertueux permettant au développement humain et à la croissance de commencer à se renforcer mutuellement. Un faible développement humain ayant invariablement été suivi d'un ralentissement de la croissance économique, ce modèle de croissance a été qualifié d'« impasse ».

Développement durable

Discussion PromptLe développement durable est une expression abondamment utilisée par les hommes politiques du monde entier, bien que cette notion soit encore assez nouvelle et ne soit pas interprétée partout de la même façon. Le concept de développement durable, pour important qu'il soit, en est encore au stade de l'élaboration, et sa définition ne cesse d'être révisée, élargie et précisée. Au moyen du présent ouvrage, vous pouvez essayer d'améliorer cette définition à mesure que vous comprendrez davantage les liens entre ses principaux éléments — les facteurs économiques, sociaux et environnementaux du développement durable — et que vous déciderez de l'importance respective à leur accorder en fonction de votre propre système de valeurs.

Selon la définition classique qu'en a donnée la Commission mondiale pour l'environnement et le développement des Nations Unies en 1987, le développement est durable s'il « répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ». Il est généralement admis que cette « équité entre générations » sera impossible à réaliser s'il n'y a pas, à l'heure actuelle, de justice sociale, si les activités économiques de certains groupes d'individus continuent de menacer le bien-être de ceux qui appartiennent à d'autres groupes ou qui vivent dans d'autres parties du monde. À titre d'exemple, imaginez que le déboisement continu du bassin de l'Amazone, connu pour son extraordinaire biodiversité, entraîne l'extinction d'une obscure espèce végétale qui aurait pu aider à guérir le sida (syndrome d'immunodéficience acquise), ce fléau qui menace les êtres humains à travers le monde. Ou pensez aux émissions de gaz à effet de serre, qui sont principalement le fait des pays industriels et qui risquent d'entraîner un réchauffement planétaire et l'inondation de certaines îles de faible altitude, aboutissant au déplacement et à l'appauvrissement de populations entières.

On peut considérer que la justice sociale, définie comme l'égalité d'accès au bien-être aussi bien au sein d'une même génération que d'une génération à l'autre, recouvre au moins trois aspects : économique, social et environnemental. Seul un développement qui parvient à concilier ces trois séries d'objectifs peut être maintenu durablement (figure 1.2). Inversement, le fait de négliger l'un de ces aspects peut compromettre la croissance économique de même que l'ensemble du processus de développement.

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