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Chapitres : Introduction I II III IV V VI VII VIII IX X XI XII XIII XIV XV XVI XVII

Chapitre XVII. Quelques thémes supplémentaires :
À la recherche d'une stratégie de développement globale

Thème de discussion Depuis plusieurs décennies, certains pays en développement enregistrent de forts taux de croissance économique, comblant sensiblement par ce biais l'écart qui les sépare du groupe de tête des pays développés. En revanche, beaucoup d'autres pays en développement ont en fait vu cet écart se creuser (voir figure 4.4). S'il est donc vrai qu'une croissance et un développement soutenus aboutissant à une convergence avec les pays développés sont du domaine du possible, ils ne sont en aucun cas garantis. Savons-nous quels sont les principaux facteurs de réussite en matière de développement ? Et que peut faire un gouvernement pour stimuler le développement de son pays ?

Pour commencer à répondre à ces questions, il importe de se rendre compte que le développement est bien plus complexe qu'une simple situation de croissance économique ou que l'accumulation quantitative de capital au plan national, même dans son acception la plus large (telle que décrite au chapitre 16, par exemple). Le développement, c'est aussi la transformation qualitative de toute une société, un passage à de nouveaux modes de pensée et, par extension, de nouvelles relations et de nouveaux modes de production. De plus, et vous en conviendrez probablement, une transformation de ce type n'a valeur de développement que si elle profite à la majorité de la population - si elle en améliore la qualité de la vie et lui permet davantage de prendre en main sa propre destinée (voir chapitre 1). Ce processus complexe de changement doit impliquer le plus grand nombre et ne peut pas se limiter à une modernisation du pays aux échelons supérieurs ou au seul niveau de la capitale.

Capital associatif et cohésion sociale

Il ressort des analyses effectuées par les chercheurs spécialisés dans le développement que certains pays et communautés utilisent l'ensemble de leurs ressources productives (capital humain, physique et naturel) d'une manière bien plus efficace que les autres et obtiennent de ce fait de meilleurs résultats pour leur propre développement. Comment peut-on expliquer cela ? Reportez-vous à la figure 16.1. Ce que ce graphique ne prend pas en compte est peut-être le facteur le plus déterminant pour le développement d'une société : la façon dont les gens agissent entre eux, coopèrent et règlent leurs différences. C'est cela que les indices statistiques conventionnels ont du mal à mesurer. Et c'est ce que les chercheurs ont récemment fini par appeler le capital associatif d'une société.

Cette expression désigne à la fois les organisations et associations (publiques, privées, à but non lucratif) et les normes et liens sociaux (lois, traditions, réseaux individuels). C'est ce qui cimente une société, et ce dont dépend la cohésion sociale. Un riche capital associatif réduit considérablement les coûts des transactions économiques et renforce la productivité en favorisant un climat de confiance ainsi qu'une coordination et une coopération à tous les niveaux. À l'inverse, un manque de capital associatif est une source de conflits et un facteur d'inefficacités.

Thème de discussion Compte tenu de toutes ses dimensions, il ne saurait y avoir une seule façon « idéale » de mesurer le capital associatif, mais cela ne veut pas dire qu'il est impossible de le faire. Pour cela, les chercheurs utilisent un certain nombre de moyens créatifs, le plus souvent par le calcul d'indices composites basés sur toute une série de données recueillies au moyen d'enquêtes. Les données en question rendent généralement compte du degré de confiance de la population dans ses dirigeants et ses institutions publiques, d'adhésion aux organisations civiques et d'accès à l'information.

Des signes croissants donnent à penser que le capital associatif est déterminant pour la croissance d'une économie et la prospérité d'une population. Cependant, des réformes radicales ou un développement même rapide mais déséquilibré exercent souvent un effet de sape sur les formes existantes de ce capital, sans les remplacer par de nouvelles. Une telle dégradation du capital associatif menace la cohésion sociale et empêche le développement d'être viable à long terme. Pour certains spécialistes du développement, c'est ce qui s'est passé, par exemple, dans de nombreux pays en transition.

Prenez le cas de la corruption au niveau d'une fonction publique, qu'elle prenne la forme de pots-de-vin, de détournements de fonds publics ou d'abus d'autorité. La corruption ne fait pas que gaspiller des ressources en détournant les politiques gouvernementales d'une manière qui dessert les intérêts de la majorité ; elle suscite également apathie et cynisme chez les citoyens, elle entraîne des dysfonctionnements dans l'application des lois, et elle contribue à une hausse de la criminalité. À terme, la corruption discrédite la démocratie politique, qui est essentielle au développement, et va à l'encontre d'un large consensus en faveur des réformes économiques au sein de l'opinion publique. Il n'est donc pas étonnant que, selon certaines études, les pays lourdement touchés par la corruption présentent le plus souvent de moindres taux de croissance économique. Des dimensions du capital associatif telles qu'une bonne gestion des affaires publiques ou la primauté du droit n'ont pas moins d'importance pour le développement économique que des éléments économiques fondamentaux tels qu'un niveau suffisant d'épargne et d'investissement (voir chapitre 6) ou des mesures d'incitation allant dans le sens d'une plus grande efficacité (voir chapitre 11).

Rôle des politiques gouvernementales

Un gouvernement qui s'efforce d'accélérer le processus de développement de son pays dispose de ressources limitées pour le faire. Le développement a beau être un processus de changement global, l'État doit néanmoins concentrer ses efforts dans les domaines qu'il aura expressément identifiés et dans lesquels ses possibilités d'action limitées pourront faire la plus grande différence. Outre ses interventions pour pallier les cas évidents de défaillance du marché (voir chapitre 11), il a aussi un rôle important à jouer pour coordonner la participation de toutes les entités concernées - entreprises privées, organismes publics, associations civiques - dans le cadre d'une stratégie de développement nationale. C'est lui qui peut aider les différentes composantes de la société à forger une vision commune de l'avenir du pays à court et long terme, élaborer un vaste consensus national sur les moyens de traduire cette vision dans les faits, et permettre à l'ensemble des entités en question d'agir conformément à leurs responsabilités sur le plan social. Le travail de formulation des priorités de développement national et de coordination de leur mise en œuvre est une tâche primordiale qui ne saurait être confiée au système de marché - et encore moins aux marchés insuffisamment développés des pays pauvres.

Thème de discussion Les rôles qui incombent respectivement à l'État et au secteur privé dans l'application de la stratégie de développement nationale ne peuvent être identiques dans tous les pays. Ils dépendent, d'un côté, du degré de maturité et des capacités du système de marché du pays considéré, et, de l'autre, des capacités de l'État en matière d'organisation et sur le plan financier. Mais il y a certains domaines dans lesquels l'intervention de l'État est indispensable : assurer l'éducation et les soins de santé pour tous, protéger ceux qui sont dans une situation économique précaire, établir et maintenir un système juridique efficace, capable de faire rigoureusement respecter les lois et doté de tribunaux fonctionnant correctement.

Contribuer à préserver et à développer la culture d'un pays est une autre attribution importante pour l'État, surtout si les capacités du secteur privé et des milieux associatifs sont limitées. Les valeurs culturelles peuvent constituer un puissant facteur de cohésion lorsque d'autres forces voient leur influence diminuer sous l'effet des changements rapides dont fait l'objet un pays. Le développement culturel n'est pas un luxe, mais un moyen de consolider le capital associatif, et il constitue, à ce titre, l'une des clés d'un développement économique et social réussi.

Dans le domaine économique, l'État est indispensable lorsqu'il s'agit de promouvoir et de préserver le jeu de la concurrence au sein du secteur privé. Il a également un rôle important à jouer pour améliorer l'accès du public à l'information et au savoir nécessaires au développement — par exemple, en soutenant les moyens de communication modernes (téléphone, télécopie, internet), en investissant dans la recherche fondamentale et en créant un environnement porteur pour les médias indépendants et les associations civiques.

Cela dit, certaines attributions de l'État restent très discutables. Ainsi, on ne voit pas vraiment dans quelle mesure il devrait soutenir et protéger de la concurrence étrangère les secteurs d'activité identifiés comme des domaines présentant un avantage comparatif pour le pays (voir chapitre 12). On ne sait pas trop bien, non plus, quel est le meilleur moyen d'assurer la supervision et le contrôle des banques privées et autres établissements financiers sans brider l'initiative privée mais tout en protégeant la société du risque de crise financière et de ses conséquences douloureuses.

Choix et défis

Tout pays est confronté à une multiplicité de choix lorsqu'il lui faut tenter de résoudre ses problèmes de développement. Ces choix sont effectués tous les jours d'une manière plus ou moins coordonnée et plus ou moins démocratique, dans une perspective à plus ou moins court ou long terme. Ils présentent de gros risques ou de gros avantages pour l'ensemble du pays concerné, mais une grande part d'incertitude entre dans chacun de ces choix. Tirer les enseignements de l'expérience antérieure sur le plan tant national que mondial est peut-être le meilleur moyen de minimiser cette incertitude. Les auteurs du présent ouvrage espèrent que sa lecture vous aidera à entamer la réflexion sur le développement de votre pays dans un contexte global, en faisant des comparaisons entre pays et glanant des leçons fructueuses de l'expérience du développement à travers le monde, et à vous faire à l'avance une idée de ce qui peut réllement être accompli sur une période de 10, 20 ou 50 ans.

Les auteurs espèrent aussi que ce livre vous encouragera à prendre une part active aux efforts de développement de votre pays, et notamment aux discussions relatives à l'avenir qui lui est tracé et au chemin unique qu'il est destiné à suivre pour son développement. Votre état d'esprit - actif ou passif, optimiste ou pessimiste - est également un élément du capital associatif de votre pays. Vous pouvez vraiment faire une différence en formant vos propres opinions en connaissance de cause et en en faisant part aux autres, en influant sur le déroulement des débats publics et, au bout du compte, en pesant sur le choix qui sera fait en matière de politiques gouvernementales.

Comme on l'a constaté dans plus d'un pays, une politique ne peut être poursuivie sur le long terme que si elle est comprise et soutenue par une majorité de la population. Si les changements qu'elle opère ne vont pas à l'encontre des valeurs et du sens de l'équité du plus grand nombre, le processus de changement constant dont elle s'accompagne est généralement reconnu comme un processus de développement. C'est pour cela que votre participation, et celle de vos pairs, à l'élaboration et à la mise en œuvre d'une stratégie de développement nationale est d'une importance particulière pour la réussite future de votre pays.





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