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Chapitres : Introduction I II III IV V VI VII VIII IX X XI XII XIII XIV XV XVI XVII

Chapitre XIV. Développement économique et risques de changements climatiques

Thème de discussion Depuis la révolution industrielle, le développement économique s'accompagne d'une augmentation de la consommation de combustibles fossiles, et des quantités de plus en plus grandes de charbon, de pétrole et de gaz naturel sont ainsi consumées par les usines et les centrales électriques, les véhicules à moteur et les ménages. Les émissions de dioxyde de carbone (CO2) qui en résultent sont devenues la principale source de gaz à effet de serre — ces gaz qui emprisonnent le rayonnement infrarouge dans l'atmosphère terrestre et ont pour corollaire le risque de réchauffement planétaire. La complexité des écosystèmes terrestres est telle qu'on ne sait pas encore précisément à quel moment et dans quelle mesure les activités économiques humaines modifieront le climat de notre planète, mais beaucoup de scientifiques estiment que ces changements peuvent déjà être observés.

Selon le rapport établi en 1995 par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, la température moyenne planétaire pourrait augmenter de 1 à 3,5 degrés Celsius et le niveau des mers s'élever de 15 à 95 centimètres d'ici à 2100, si les tendances actuelles des émissions de gaz à effet de serre devaient se maintenir. Ces changements peuvent sembler mineurs, mais ils pourraient avoir de multiples conséquences négatives, en plus de quelques effets positifs non définis. Les forêts et autres écosystèmes, faute de pouvoir s'adapter à l'évolution des températures et de la configuration des précipitations, pourraient se dégrader. Il faut aussi s'attendre à ce que les individus aient à souffrir de cette situation — et les habitants des pays pauvres peut-être le plus, car ils sont moins prêts à faire face aux changements en question.

Dans beaucoup de pays en développement des régions arides et semi-arides, l'accès à l'eau salubre risque d'empirer. (En l'état actuel des choses, plus de 1 milliard d'êtres humains n'y ont déjà pas accès.) Les maladies tropicales risquent de se propager davantage vers le Nord, et le problème des inondations s'aggravera probablement dans les régions tempérées et humides. S'il est possible que la production alimentaire soit facilitée aux hautes et moyennes latitudes, il faut s'attendre à ce que les rendements diminuent dans les régions tropicales et subtropicales. Des déplacements massifs de populations pourraient survenir en cas d'élévation du niveau des mers — notamment pour des dizaines de millions d'habitants du seul Bangladesh, ainsi que pour des pays entiers situés dans des îles de faible altitude, comme aux Caraïbes.

La quantité de dioxyde de carbone émise par un pays dans l'atmosphère est surtout fonction de la taille de son économie, de son niveau d'industrialisation et de l'efficacité de sa consommation d'énergie. Les pays en développement ont beau abriter la majorité de la population mondiale, ils ont une production industrielle et une consommation d'énergie par habitant assez faibles, et c'est pourquoi, jusqu'à une date récente, il ne faisait guère de doute que la responsabilité des risques de réchauffement planétaire incombait principalement aux pays développés (carte 14.1 et figures 14.1 et 14.2).

Les États-Unis sont le pays qui contribue le plus au réchauffement mondial. Alors qu'ils ne représentent que 4 % de la population mondiale, ils produisent près de 25 % des émissions globales de dioxyde de carbone. La Russie a récemment cédé à la Chine la deuxième place de ce classement, mais, en termes d'émissions par habitant, elle continue de la devancer de beaucoup (voir figures 14.1 et 14.2). L'importance des émissions de dioxyde de carbone par habitant de la Russie s'explique non seulement par son niveau élevé d'industrialisation, mais aussi parce que beaucoup de ses entreprises utilisent des technologies plus anciennes et plus « sales » que celles généralement en usage dans les pays développés. L'extrême inefficacité de sa consommation d'énergie est l'un des plus gros problèmes économiques auxquels ce pays soit confronté. En termes de PIB (produit intérieur brut) par unité de consommation d'énergie, la Russie a un rendement énergétique inférieur de plus de 5 fois à celui des États-Unis et de plus de 12 fois à celui du Japon. Quatre pays seulement ont un rendement énergétique moins bon qu'elle - et ils sont tous d'anciens membres de l'Union soviétique (voir tableau de données 4).

Pour les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire, il y a une corrélation directe et positive entre la croissance économique et l'augmentation de la consommation d'énergie — accompagnée d'un accroissement des émissions de dioxyde de carbone. Mais à des niveaux de revenu élevé, on note une réduction de la consommation d'énergie par habitant et de la pollution, en dépit de la croissance économique (voir tableau de données 4). Cela s'explique par une plus grande efficacité de la consommation d'énergie et par l'adoption de technologies plus propres pour l'environnement, sans parler du fait qu'une économie à revenu plus élevé comprend généralement un secteur des services proportionnellement plus développé, lequel est moins consommateur d'énergie que l'industrie (voir chapitre 9).

L'Allemagne donne l'exemple aux autres pays développés à cet égard : entre 1980 et 1992, sa consommation d'énergie a diminué de 11 % et ses émissions de dioxyde de carbone par habitant, de près de 20 %. Dans le même temps, la consommation d'énergie par habitant des États-Unis a été stable, et leurs émissions de dioxyde de carbone par habitant ont baissé d'environ 6 %. Mais ces facteurs n'ont pas suffi à mettre fin à l'augmentation des émissions de dioxyde de carbone de l'ensemble des pays à revenu élevé ou à ralentir la croissance des émissions à l'échelon mondial (voir tableau de données 4). Pour prévenir le changement climatique à l'échelon planétaire, des efforts concertés s'imposent de la part de la majorité des pays.

Lors du Sommet de la Terre de 1992, à Rio de Janeiro (Brésil), les pays développés ont convenu de prendre des mesures en vue de stabiliser à leurs niveaux de 1990 leurs émissions de gaz à effets de serre d'ici à l'an 2000. Au moment où les représentants de 165 pays se sont réunis à Kyoto (Japon) pour la Conférence des Parties à la Convention, cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, en 1997, il était évident que cet objectif était loin d'être atteint par beaucoup d'entre eux, dont les États-Unis. Le Protocole de Kyoto adopté lors de cette conférence est censé être juridiquement contraignant et engage tous les pays riches, d'ici à 2012, à ramener leurs émissions de gaz à effet de serre à 6-8 % au-dessous de leurs niveaux de 1990.

Thème de discussion Cet accord est considéré comme l'initiative environnementale la plus ambitieuse jamais engagée à l'échelon planétaire - même si la participation des pays en développement à ce processus a été reportée. La plupart d'entre eux refusent de s'engager à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, en faisant valoir qu'un tel engagement compromettrait leur développement économique et ferait obstacle à leurs efforts de lutte contre la pauvreté. En revanche, un certain nombre de pays à économie en transition se sont joints aux efforts des pays développés. C'est ainsi que la Russie et l'Ukraine se sont engagées à ne pas excéder leurs niveaux d'émissions de gaz à effet de serre de 1990, la Hongrie et la Pologne promettant quant à elles de les ramener à 6 % au-dessous de ces niveaux.

Les pays développés sont censés prendre l'initiative de la lutte contre les changements climatiques alors même qu'il faut s'attendre à ce que les pays en développement les dépassent dans moins de 20 ans en tant que principaux responsable des émissions de dioxyde de carbone. Mais il faudra bien plus de 20 ans pour que la consommation d'énergie par habitant des pays en développement devienne comparable à celle des pays développés d'aujourd'hui. Si l'on considère donc cette question en termes d'équité, nul ne peut dénier aux pays pauvres actuels le droit de continuer à polluer l'atmosphère. Mais est-ce bien sage pour ces pays de suivre un modèle de développement qui s'est déjà révélé non viable ? Et est-ce bien vrai qu'on ne peut s'attaquer aux problèmes environnementaux sans entraver la croissance économique des pays pauvres ? De l'avis de beaucoup d'analystes, plus tôt ces pays tireront parti de technologies de production plus propres et de modes de production et de consommation de l'énergie plus rationnels, mieux cela sera pour leurs perspectives de développement à long terme.

Supposons, au nom de l'équité, que chaque être humain ait droit comme tout autre à la ressource que constitue l'atmosphère. Dans ce cas, les quotas d'émissions de dioxyde de carbone attribués aux pays seraient déterminés par le nombre d'habitants. Les pays à faible revenu n'ayant pas encore atteint leurs quotas, ils auraient alors le droit de continuer à émettre du dioxyde de carbone. Mais les pays à revenu intermédiaire et élevé auraient, eux, déjà dépassé les leurs (comparez les figures 2.2 et 14.3).






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