Confronting AIDS: Public Priorities in a Global Epidemic

Faire face au sida: Les priorités de l’action publique face à une épidémie mondiale

Table des matières du rapport

Avant-propos
Introduction
Résumé

Chapitre 1 Le sida : un défi pour l’État

Chapitre 2 Leçons stratégiques fondées sur l’épidémiologie du VIH

Chapitre 3 Stratégies efficaces et équitables de prévention des infections par VIH

Chapitre 4 Aux prises avec l’impact du sida

Chapitre 5 Un effort collectif pour faire face au VIH/SIDA

Chapitre 6 Des leçons du passé aux perspectives d’avenir

Résumé

Vingt ans après l’apparition du virus de l’immunodéficience humaine (VIH), le nombre de personnes infectées est estimé à 30 millions et celui des décès dus au syndrome d’immunodéficience acquise (sida), à 6 millions. Environ 90 % des cas d’infection par VIH se produisent dans les pays en développement où cette maladie a déjà réduit l’espérance de vie, de plus de dix ans dans certains cas. L’épidémie est maintenant généralisée dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, et le nombre d’infections pourrait bientôt augmenter considérablement dans d’autres régions. La plupart des personnes atteintes du sida étant des adultes dans la force de l’âge, cette maladie fait payer un lourd tribut aux membres de la famille, et surtout aux enfants qui leur survivent, et pourrait exacerber la pauvreté et les inégalités. Or, si les ravages de l’épidémie sont évidents, les pays à faible revenu sont néanmoins confrontés à une multitude d’autres besoins pressants. De quelle manière les gouvernements des pays en développement et les membres de la communauté internationale doivent-ils donc faire face à la situation ?

Pour répondre à cette question, le rapport intitulé Faire face au sida : les priorités de l’action publique face à une épidémie mondiale s’appuie sur trois domaines de connaissance : l’épidémiologie du VIH ; les principes de santé publique en matière de lutte contre les maladies ; et surtout l’économie publique, science qui a pour objet d’évaluer les choix impliqués par l’allocation de ressources publiques limitées. Si le rapport s’appuie principalement sur ce dernier type d’analyse, cela ne signifie aucunement que nous n’apprécions pas la validité d’autres points de vue. De nombreuses études ont été consacrées à l’épidémie, qui se placent dans l’optique de la santé publique, des sciences médicales et des droits de l’homme. Le présent document, qui est un rapport de la Banque mondiale sur les politiques de développement, se distingue de ces dernières dans la mesure où il se place davantage dans l’optique des responsables de l’action publique qui opèrent hors du secteur de la santé pour guider les efforts nationaux de lutte contre la maladie. Il fait valoir à cet auditoire que le sida est un problème de grande envergure, qui va en s’aggravant, et que les pouvoirs publics peuvent et doivent faire face à l’épidémie en s’efforçant de prévenir l’apparition de nouveaux cas d’infection et d’atténuer l’impact de ceux qui se produisent. Il aboutit à la conclusion que certaines mesures sont plus efficaces que d’autres lorsqu’il s’agit de ralentir la propagation du VIH et d’atténuer son impact, et fournit un cadre pour définir les activités qui peuvent être poursuivies par les ménages et le secteur privé, y compris les organisations non gouvernementales (ONG), celles qui devraient être entreprises par les gouvernements des pays en développement et celles qui doivent bénéficier d’un puissant appui de la communauté internationale du développement.

S’il est facile d’établir le bien-fondé d’une intervention des pouvoirs publics visant à ralentir la propagation du VIH, les normes sociales et les aspects politiques opposent des obstacles uniques. Cela est tout particulièrement le cas aux stades initiaux de l’épidémie, c’est-à-dire au moment où l’intervention de l’État serait la plus bénéfique mais où la gravité potentielle du problème n’est pas encore apparente. Selon le rapport, les pouvoirs publics ont le devoir d’approuver et de subventionner des interventions préventives qui permettent de réduire les risques d’acquisition et de transmission du VIH, surtout parmi les individus qui courent le plus de risques de contracter et de propager le virus, tout en les protégeant de la discrimination.

Le rapport a une optique stratégique. Il a pour objet d’informer et d’encourager les dirigeants politiques, les responsables de l’action publique et les spécialistes du développement à aider les agents de la santé publique, les citoyens concernés et les personnes infectées par VIH à faire face à l’épidémie de sida. Certains lecteurs seront déjà au fait des politiques adoptées par les pouvoirs publics eu égard au VIH/SIDA ; d’autres, en revanche, considéreront pour la première fois cette maladie sous l’angle de l’action publique. Le rapport intéresse tout autant les pays dans lesquels l’épidémie en est encore à un stade initial que ceux qui subissent ses ravages depuis plus de dix ans. S’il cite des exemples de programmes poursuivis dans de nombreux pays, dont certains ont donné des résultats remarquables, il ne prétend aucunement être un guide pratique de la conception et de l’exécution de programmes spécifiques. Il serait d’ailleurs impossible d’y récapituler les informations de ce type, qui peuvent être obtenues de nombreuses autres sources. Le rapport fournit, en fait, un cadre d’analyse pour déterminer les mesures de lutte contre l’épidémie de VIH/SIDA dans les pays en développement que l’État devrait prendre en priorité et, dans ce cadre, préconise une stratégie générale que les pays pourront adapter en fonction de leurs ressources et de la phase atteinte par l’épidémie.

Chapitre 1 Le sida : un défi pour l’État

Ce chapitre présente des informations générales sur la nature du VIH/SIDA, l’ampleur de l’épidémie, l’impact qu’elle a d’ores et déjà sur des indicateurs du bien-être tels que l’espérance de vie, l’état de santé de la population et la croissance économique, et celui qu’elle aura probablement dans les années à venir. Étant donné que le sida frappe les adultes dans les années les plus productives de leur vie économique et qu’il est presque toujours mortel malgré les récents progrès de la médecine, il réduit l’espérance de vie (parfois dans une mesure considérable), accroît la demande de soins médicaux, et risque fort d’exacerber la pauvreté et les inégalités. Les interactions entre les politiques de développement économique et le VIH sont complexes : les informations collectées dans différents pays laissent en effet penser que, si le sida influe sur le développement économique, le développement économique influe lui aussi sur l’évolution de l’épidémie.

Toutefois, les responsables de l’action publique hésitent souvent à intervenir. Parce qu’ils doivent décider de quelle manière affecter les maigres ressources publiques dont ils disposent et que la transmission du VIH/SIDA est essentiellement associée à des comportements privés — rapports sexuels ou consommation de drogue par injection —, ils peuvent en conclure que la prévention de cette maladie n’est pas une priorité de l’action publique. Le rapport se base sur les principes bien établis du rôle de l’État, qui font l’objet de l’économie publique, pour expliquer dans ce chapitre les raisons pour lesquelles l’État doit participer de manière active à la lutte contre le sida.

Partant du principe que l’État a pour mission d’améliorer le bien-être économique et de promouvoir une distribution équitable du produit de la collectivité, le chapitre s’appuie sur l’économie publique pour faire valoir que les pouvoirs publics ne peuvent se décharger de la lutte contre le VIH/SIDA sur le secteur privé. Premièrement, dans les pays qui jugent que l’État doit subventionner la majeure partie des soins de santé, le coût énorme du sida justifie à lui seul la poursuite d’efforts de prévention précoces et efficaces. Deuxièmement, chaque fois qu’un contact entre deux personnes a des effets négatifs, ou externalités, sur une tierce personne, comme c’est le cas lorsque deux individus, par suite de leurs rapports sexuels, exposent leurs autres partenaires à un risque accru d’infection par VIH, l’intervention de l’État se justifie sur la base des principes de l’économie publique. Troisièmement, la fourniture d’informations sur le stade de l’épidémie ou sur l’efficacité de différents traitements correspond bien à la définition du bien public, à savoir un bien ou un service qui profite à la société tout entière, mais dont les entrepreneurs privés ne veulent pas assurer la fourniture ou la prestation parce qu’ils n’ont pas de motivations économiques suffisantes pour le faire. L’économie publique fait valoir que l’État peut souvent améliorer les conditions de vie de la population en se chargeant de cette tâche. Quatrièmement, les pouvoirs publics doivent s’efforcer d’empêcher la propagation de l’épidémie et d’atténuer ses effets pour des motifs d’équité et de solidarité à l’égard des pauvres. Enfin, ils peuvent influer sur les normes sociales et promulguer des lois qui ont un impact sur les droits des individus infectés et de ceux qui ne le sont pas. Toute mesure protégeant les plus faibles et les personnes en butte aux préjugés, au sectarisme et à l’exploitation contribuera également à protéger l’ensemble de la population de l’épidémie de sida.

Chapitre 2 Leçons stratégiques fondées sur l’épidémiologie du VIH

Dans certains pays, seul un petit pourcentage de la population est infecté par le VIH et les effets de ce dernier sont pratiquement invisibles; dans d’autres, l’infection sévit maintenant de manière généralisée, et peu de familles échappent aux drames de la morbidité et de la mortalité associées au sida. À quoi tiennent ces différences? Ce chapitre examine la manière dont le VIH se propage au sein d’une population et les facteurs de l’épidémie qui relèvent du comportement et de la biologie, afin d’identifier les grands principes épidémiologiques nécessaires à une action efficace ; ces principes serviront de base à la formulation des mesures que les pouvoirs publics prendront en priorité en vue d’empêcher la propagation du VIH (chapitre 3).

Pour que le VIH puisse se maintenir au sein d’une population, il faut que chaque personne infectée le transmette en moyenne à au moins une autre personne au cours du cycle de vie. La rapidité avec laquelle il se propage dans la population dépend à la fois de facteurs biologiques et comportementaux des individus. Les principaux facteurs biologiques qui entrent en jeu sont la longueur de la période asymptomatique de l’infection par VIH, le risque d’infection associé à chaque contact selon le mode de transmission et l’existence de cofacteurs, comme une autre maladie sexuellement transmise (MST). La propagation du VIH peut toutefois être considérablement ralentie par une modification des com-portements : réduction du nombre de partenaires sexuels ou de consommateurs de drogue par injection, utilisation de préservatifs lors des contacts sexuels et emploi de matériel d’injection stérile. Tant qu’il n’existera pas de vaccin ou de remède à la portée des populations des pays en développement, le meilleur moyen d’endiguer l’épidémie consistera à inciter les individus à abandonner les comportements à risque qui les exposent à une infection et facilitent la propagation du VIH. Les mesures spécifiques qui peuvent être prises en vue de modifier ces comportements au niveau des individus et à celui de la collectivité sont examinées au chapitre 3.

Deux grands objectifs peuvent être formulés sur la base de l’épidémiologie du VIH/SIDA, qui devraient guider les programmes publics conçus pour ralentir et arrêter la propagation du VIH :

Agir au plus tôt. Près de la moitié de la population du globe vit dans des régions où les cas d’infection par VIH sont rares, même parmi ceux qui, à cause de leur comportement, courent un grand risque d’infection. En investissant dans des efforts de prévention, lorsque le nombre de personnes infectées par VIH est encore peu élevé, c’est-à-dire avant que le sida ne soit devenu un problème sanitaire grave, les pouvoirs publics peuvent endiguer l’épidémie à un coût relativement faible. Même dans les pays où le virus infecte déjà une large partie de la population, la poursuite dès à présent de mesures de prévention effectives permettra de sauver la vie de nombreuses personnes qui, sans cela, seraient infectées.

Prévenir l’infection de ceux qui sont les plus susceptibles de contracter et de propager le VIH. Les personnes qui contractent le virus ne sont pas toutes aussi susceptibles de le transmettre à autrui. Celles qui ont le plus grand nombre de partenaires et prennent le moins de précautions (par exemple, en n’employant pas de préservatifs ou de matériel d’injection stérile) courent davantage de risques de contracter le virus et de le transmettre involontairement. La prévention directe d’un seul cas d’infection par VIH parmi les individus qui pratiquent des comportements présentant des risques élevés permet, indirectement, d’éviter de nombreuses infections secondaires dans le reste de la population — elle a en quelque sorte un effet de « multiplicateur ». Les individus dont le comportement est moins risqué, parce que le nombre de leurs partenaires est plus réduit ou qu’ils utilisent régulièrement des préservatifs ou du matériel d’injection stérile, ne risquent guère de propager le virus, même s’ils le contractent eux-mêmes. La probabilité qu’un individu ait le virus et le transmette est déterminée par le degré de risque associé à son comportement. Les études de comportement montrent que les caractéristiques des individus, comme la profession, l’âge ou les préférences sexuelles, peuvent en partie déterminer l’existence d’un comportement à risque et donc guider les efforts de prévention. Toutefois, les individus dont le comportement est le plus risqué ne sont pas toujours les mêmes d’un pays à un autre, et d’une période à une autre. Par exemple, les professionnels du sexe ont un grand nombre de partenaires sexuels et, lorsqu’ils n’emploient pas de préservatifs, courent un risque très élevé de contracter le VIH et de le propager par inadvertance. En revanche, dans les régions où ils emploient couramment ce type de protection, ce sont d’autres personnes qui courent le plus de risques en ce domaine.

Le chapitre se termine par une description générale du nombre et de la répartition par région des cas d’infection par VIH dans les pays en développement. Là où l’épidémie est « naissante », la séroprévalence est très faible, même parmi les individus dont le comportement est très risqué. Dans les pays où l’épidémie est « concentrée », les cas d’infection sont très nombreux parmi ceux dont le comportement est le plus risqué, et les conditions sont désormais réunies pour que le VIH se propage dans le reste de la population. Dans les pays où l’épidémie est « généralisée », la séroprévalence est élevée même parmi ceux dont le comportement n’expose guère autrui à la transmission du virus. Le stade atteint par l’épidémie détermine dans une mesure considérable les actions que les pouvoirs publics doivent prendre en priorité pour prévenir la propagation du VIH, comme l’explique le chapitre 3.

Chapitre 3 Stratégies efficaces et équitables de prévention des infections par VIH

L’action publique peut-elle influer sur les comportements très privés qui ont pour effet de propager le VIH ? Dans l’affirmative, quelles mesures les pouvoirs publics doivent-ils prendre en priorité pour avoir un impact maximal? C’est à ces deux questions fondamentales que s’efforce de répondre ce chapitre.

Bien que les comportements qui ont pour effet de propager le VIH relèvent de la vie privée, les pouvoirs publics ont la possibilité d’influencer les décisions des individus qui risquent le plus de contracter et de propager le virus. Ils peuvent directement influer sur les comportements risqués des individus, en réduisant le « coût » d’un comportement prudent (par exemple, en subventionnant la fourniture d’informations de différents types, de préservatifs et de matériel à injection non contaminé) ou en accroissant le « coût » des comportements de nature à propager le virus (par exemple, en prenant des mesures de lutte contre la prostitution ou la consommation de drogue par injection). Le rapport décrit ici les succès remportés dans le cadre du premier type de programmes mais note que, s’il peut parfois être tentant de suivre la deuxième approche pour des raisons politiques, celle-ci peut, en pratique, exacerber les problèmes parce qu’elle accroît la difficulté d’établir un contact avec les individus qui risquent le plus de contracter et de propager le virus pour les encourager à adopter un comportement plus prudent.

Ces efforts peuvent aussi être indirectement renforcés par des mesures abolissant les obstacles sociaux et économiques à l’adoption de comportements prudents. Par exemple, on pourrait encourager la collectivité à juger acceptable et normal l’emploi de préservatifs. On pourrait aussi chercher à améliorer la condition des femmes qui, en raison de leur état d’infériorité économique et sociale, n’ont pas les moyens d’exiger que leur mari leur soit fidèle et qu’il prenne des précautions lors de leurs rapports sexuels. Les mesures de cette nature consistent, entre autres, à relever le niveau d’instruction et élargir l’accès à l’emploi de la population féminine ; à garantir le respect de leurs droits fondamentaux en matière d’héritage, de propriété et de garde des enfants ; et à rendre illégaux et punir sévèrement l’esclavage, le viol, les violences faites à l’épouse et la prostitution des enfants. Enfin, les mesures de lutte contre la pauvreté réduiront l’obstacle économique que représente pour les pauvres le coût des services essentiels de prévention d’infections par VIH, comme le traitement des MST et les préservatifs. Beaucoup de ces mesures visent des objectifs fondamentaux du développement et, outre qu’elles ralentissent la propagation du virus, présentent de nombreux avantages. Ces derniers sont parfois difficiles à quantifier, mais ces mesures complètent bien celles qui agissent directement sur les coûts et avantages des comportements à risque.

Quelle stratégie de prévention les pouvoirs publics pourraient-ils adopter pour maximiser l’impact de ressources limitées ? En application des principes de l’économie publique, l’État doit financer ou réaliser lui-même les interventions qui sont essentielles à l’arrêt de la propagation du VIH mais ne suscitent pas un intérêt suffisant chez les individus ou les entreprises pour que ceux-ci acceptent d’en assumer le coût. Comme indiqué au chapitre 1, c’est probablement le cas pour la réduction des externalités négatives des comportements à risque, la fourniture ou la réglementation de biens publics et la protection des pauvres contre l’infection par VIH. Les programmes mis en place pour atteindre ces objectifs amélioreront l’efficacité et l’équité des efforts de prévention du secteur public. De plus, comme l’a montré l’examen des facteurs épidémiologiques présenté au chapitre 2, les programmes seront d’autant plus efficaces que les pouvoirs publics agiront tôt et réussiront à prévenir l’apparition de nouveaux cas d’infection parmi les individus qui courent le plus de risques de contracter et de propager le virus. Les principes de l’économie publique comme les principes épidémiologiques montrent donc à quel point il est important de prendre en priorité des mesures visant à prévenir les cas d’infection parmi les individus qui risquent le plus de contracter et de transmettre le virus. Les différentes composantes des programmes pourront avoir des effets directs ou indirects et un impact immédiat ou à plus long terme, mais l’efficacité avec laquelle elles permettront de ralentir la propagation de l’épidémie dépendra de leur contribution à la réalisation de cet objectif. Notons ici que, loin de vouloir inciter les gouvernements qui ont d’amples ressources et sont prêts à déployer des efforts supplémentaires à limiter l’envergure de leurs interventions, le rapport ne fait que décrire le programme minimum d’activités que devraient entreprendre tous les pays pour améliorer l’efficacité et l’équité des programmes de prévention, et un ordre rationnel dans lequel développer leur action dans la mesure des moyens disponibles.

Le secteur public dispose de nombreux moyens d’intervention pour mettre cette stratégie à exécution : il peut en effet assurer directement la prestation de certains services, octroyer des subventions, prélever des impôts et exercer son pouvoir de réglementation, et devra, de fait, souvent avoir recours simultanément à plusieurs de ces méthodes pour atteindre l’un quelconque de ses objectifs. Il est important que les programmes publics de prévention permettent d’éviter le plus grand nombre possible de cas d’infections par VIH secondaires par dollar prélevé sur les ressources publiques afin de maximiser l’impact de ressources limitées. Il importe en outre de donner la priorité aux interventions qui complètent (sans les remplacer) les services offerts par le secteur privé. Outre le fait qu’ils contribuent à enrayer l’épidémie, les programmes de prévention présentent souvent des avantages considérables pour la société qui doivent être pris en compte, ainsi que les synergies entre les interventions et l’action publique, dans le cadre des analyses coûts-avantages. Certaines interventions, telles que la fourniture d’une éducation portant sur la santé génésique et le VIH/SIDA dans les établissements scolaires, présentent des avantages pour la collectivité qui dépassent le cadre de la prévention des infections par VIH et, comme elles sont peu coûteuses, constituent donc un investissement judicieux. Les critères de ciblage des programmes ne sont pas parfaits, et il peut être difficile de toucher les individus qui courent un risque élevé de contracter et de propager le sida. Il est souvent possible d’accroître l’efficacité par rapport aux coûts des programmes publics de prévention des infections par VIH en faisant participer les ONG et les groupes très touchés par l’épidémie à leur conception et à leur exécution.

Cette stratégie générale de prévention, qui est fondée sur l’épidémiologie de la maladie et l’économie publique, fournit des lignes directrices d’action aux pays à tous les stades de l’épidémie. Par exemple, les résultats des enquêtes épidémiologiques et la nécessité de réduire les externalités négatives des comportements à risque militent en faveur de l’octroi de fortes subventions pour encourager l’adoption de comportements plus prudents par les individus qui risquent le plus de contracter et de propager le VIH. Ce type d’action peut, à lui seul, considérablement ralentir la propagation d’une épidémie naissante. Dans les pays où l’épidémie est concentrée et dans ceux où elle est généralisée, il demeure essentiel de prévenir la transmission du VIH parmi les individus qui courent et posent le plus de risques pour ralentir la propagation de l’épidémie, et les mesures prises à cet effet peuvent avoir un excellent rapport coût-efficacité. De plus, l’épidémie ne pourra toutefois être enrayée que si les individus dont le comportement est risqué changent aussi leur manière de vivre. Au fur et à mesure que l’épidémie s’étend, les efforts de prévention parmi les personnes présentant des risques modérés deviennent en outre de plus en plus efficaces par rapport aux coûts. Si l’on considère l’équité des programmes de prévention dans les régions où le VIH ne sévit pas encore de manière généralisée, l’adoption rapide de mesures préventives est le meilleur moyen qu’a le gouvernement de protéger les pauvres. Dans les pays où les infections sont généralisées, les pouvoirs publics peuvent s’assurer que les pauvres ont accès aux informations, personnes et moyens qui leur permettront de se protéger du VIH.

Si ce chapitre présente certains principes fondamentaux d’une stratégie nationale de prévention efficace et équitable, ce sont toutefois les pays qui doivent formuler l’ensemble de programmes, mesures et interventions spécifiques nécessaires pour poursuivre cette stratégie d’une manière efficace au plan des coûts. Le choix des programmes dépend nécessairement du pays considéré puisque le coût et l’efficacité des interventions varient de toute évidence d’un environnement à un autre, et ce pour des raisons qui ont trait, notamment, à la phase de l’épidémie, aux comportements sexuels et à la prévalence de la consommation de drogue par injection, aux facteurs économiques et sociaux qui peuvent faire obstacle à l’adoption de comportements prudents, au coût des interventions et aux capacités de chaque pays. Les caractéristiques des individus qui risquent le plus de contracter et de transmettre le VIH varient aussi fortement d’un pays à un autre, de même que les possibilités d’entrer en contact avec ceux-ci.

Dans quelle mesure les gouvernements poursuivent-ils déjà la stratégie suggérée dans le présent chapitre ? De nombreux pays en développement ont mis en oeuvre des programmes de prévention de la transmission du VIH, qui recouvrent tout un ensemble d’interventions, mais on ne dispose que de très peu d’informations sur la mesure dans laquelle ces programmes permettent de toucher les individus qui risquent le plus de contracter et de propager le virus, pour les amener à adopter un comportement plus prudent. Plusieurs conclusions peuvent être tirées de l’examen des quelques données disponibles.

Premièrement, il faut regretter la pénurie de données de base sur les schémas d’infection par VIH et les comportements sexuels, sans lesquelles il n’est pas possible de décider de manière rationnelle de l’allocation des ressources entre les différentes interventions préventives qui peuvent être mises en oeuvre. Les pouvoirs publics doivent étendre leurs efforts de collecte et d’analyse des données sur la prévalence des infections par VIH dans différents groupes de population, et sur la nature et la fréquence des comportements qui favorisent la transmission du virus, surtout dans les pays dans lesquels l’épidémie commence juste à se propager ou dans lesquels les cas d’infection ne sont pas déclarés. Il est indispensable d’avoir ce type d’informations pour pouvoir formuler une définition opérationnelle des individus qui risquent le plus de contracter et de transmettre le VIH. Les gouvernements des pays dans lesquels l’épidémie est concentrée ou généralisée doivent surveiller de très près les coûts et les effets des interventions pour pouvoir améliorer le rapport coût-efficacité des actions de prévention.

Deuxièmement, malgré les efforts les plus déterminés déployés à ce jour, les programmes conçus pour modifier le comportement des individus qui courent le plus de risques de contracter et de propager le virus ne touchent qu’un bien trop petit nombre d’entre eux. Il semble que très peu de programmes nationaux aient systématiquement évalué la portée des programmes de prévention de l’État et des ONG — c’est-à-dire la proportion des personnes les plus susceptibles de contracter et de propager le virus qui bénéficient des actions de prévention. Il est relativement facile et bon marché pour l’État d’atteindre les membres de groupes professionnels spécifiques, comme les militaires et la police, qui, en de nombreux endroits, ont généralement davantage de partenaires sexuels que le reste de la population. Or, les programmes d’information sur l’emploi de préservatifs et les méthodes de prévention destinés à ces groupes sont rares, et ceux qui existent sont souvent inadéquats.

Enfin, l’efficacité des activités poursuivies par l’État pour faire profiter les pauvres des mesures de prévention a rarement été évaluée. Par exemple, la distribution subventionnée de préservatifs est un moyen très efficace d’accroître leur utilisation. On ne sait toutefois pas dans quelle mesure ce programme profite aux pauvres, accroît l’emploi de préservatifs par les individus qui changent le plus fréquemment de partenaires et complète ou remplace la fourniture de préservatifs par le secteur privé.

Les chapitres 2 et 3 font tous deux valoir que l’efficacité des programmes de prévention poursuivis par les pouvoirs publics pour empêcher la propagation du VIH dépend, avant tout, de la mesure dans laquelle ils réduisent les risques inhérents au comportement des individus les plus susceptibles de contracter et de transmettre le virus. Pour conclure, le rapport indique que le principal obstacle à l’amélioration de
l’efficacité des programmes publics de prévention de la diffusion du VIH est le manque de détermination dont font preuve les responsables de l’action publique, lorsqu’il s’agit, premièrement, de collecter des données sur la prévalence des infections par VIH, les comportements à risque et le rapport coût-efficacité des interventions, nécessaires pour formuler des programmes efficaces et, deuxièmement, de collaborer de manière constructive avec les individus les plus susceptibles de contracter une infection et de transmettre le virus.

Chapitre 4 Aux prises avec l’impact du sida

Si, dans certains pays, il est encore possible de prévenir une épidémie de sida dans l’ensemble de la population, dans d’autres, le VIH sévit de manière généralisée. Quelles mesures efficaces et abordables serait-il possible de prendre pour aider les malades du sida dans les pays en développement ? Quelles répercussions la morbidité et la mortalité associées au sida auront-elles sur le système de santé et sur la pauvreté ? Enfin, de quelle manière la société et les pouvoirs publics peuvent-ils atténuer ces effets ? Ce sont là les trois questions abordées dans le chapitre 4.

L’impact le plus immédiat, et aussi le plus fondamental, du VIH/ SIDA s’exerce sur ceux qui contractent la maladie. Ce chapitre examine la manière dont les médicaments qui agissent sur les manifestations et soignent les infections opportunistes peuvent atténuer les souffrances et prolonger la durée de vie productive des personnes infectées par le virus, parfois à faible coût. Toutefois, au fur et à mesure que le système immunitaire des malades s’affaiblit, les traitements disponibles deviennent de plus en plus onéreux et leur efficacité de moins en moins certaine. La thérapeutique antirétrovirale, qui a permis d’améliorer considérablement l’état de santé de certains individus dans les pays à revenu élevé, est actuellement beaucoup trop chère et exige des services cliniques bien trop importants pour offrir un espoir réaliste aux millions de pauvres qui ont le sida dans les pays en développement. En revanche, l’analyse de différents traitements et modes de prise en charge montre que, s’ils transfèrent souvent les coûts du contribuable national à la collectivité locale, les soins assurés au foyer par la collectivité en réduisent aussi grandement le montant, ce qui laisse espérer que la qualité des dernières années de vie des malades du sida pourra être améliorée moyennant un coût raisonnable.

Deuxièmement, l’épidémie accroît la demande de soins médicaux et en réduit l’offre pour un rapport qualité-prix donné. Au fur et à mesure que le nombre d’individus infectés par VIH augmentera, l’accès aux soins de santé diminuera et leur coût augmentera pour l’ensemble de la population, y compris les personnes qui ne sont pas infectées, et le montant global des dépenses de santé s’accroîtra. Des pressions seront probablement exercées sur les pouvoirs publics pour amener ces derniers à accroître la part des dépenses de soins de santé prise en charge par l’État et subventionner le traitement des cas d’infection par VIH/SIDA. Malheureusement, les ressources sont limitées et les pouvoirs publics ne peuvent ou ne veulent pas augmenter les dépenses publiques de santé dans une mesure suffisante pour compenser la hausse des coûts, de sorte que, dans un cas comme dans l’autre, l’épidémie pourrait avoir un impact encore plus marqué sur le secteur de la santé, et la majorité de la population, qui n’est pas infectée par le virus, pourrait avoir de plus en plus de mal à se faire soigner. Les pouvoirs publics peuvent toutefois prendre certaines mesures. Ils devront s’assurer que les malades infectés par le virus ont le même accès aux services de santé que les individus non infectés qui souffrent de maladies comparables et ont la même capacité contributive. Il arrive que des personnes infectées par VIH, en butte à la discrimination, se voient refuser des soins ou éprouvent des difficultés à les obtenir alors que ce n’est pas le cas du reste de la population. Il est aussi vrai que des personnes infectées par VIH peuvent bénéficier de thérapeutiques novatrices subventionnées, alors que des individus qui souffrent d’autres maladies graves et difficiles à soigner n’ont pas un accès comparable à des traitements d’un coût similaire. Bien que les patients souffrant de maladies associées au VIH aient besoin, et doivent bénéficier, d’un ensemble de services différents des personnes ayant, par exemple, un cancer, le diabète ou une néphropathie, il conviendrait qu’ils payent le même pourcentage des coûts des soins de santé qu’ils reçoivent que les personnes souffrant d’autres maladies. Les pouvoirs publics pourraient et devraient aussi, entre autres, fournir des informations sur l’efficacité des différents traitements disponibles pour soigner les maladies opportunistes et le sida, subventionner le traitement des MST et des maladies opportunistes infectieuses, ainsi que le lancement de programmes de sécurité transfusionnelle et de prise en charge des malades du sida, et assurer un accès aux soins de santé aux membres les plus pauvres de la population, qu’ils soient infectés ou non par le virus.

L’épidémie fait, en troisième lieu, sentir son impact sur les ménages et, de manière générale, influe sur l’ampleur et l’intensité de la pauvreté à l’échelle nationale. Les ménages et les familles élargies font face du mieux possible aux décès d’adultes dans la force de l’âge causés par le sida. Ils réaffectent leurs ressources, par exemple, en retirant les enfants de l’école pour les faire participer aux travaux domestiques, en travaillant de plus longues heures et en ajustant la structure du ménage ou en vendant leurs actifs ; ils se tournent aussi vers leurs amis et leurs parents pour obtenir une aide monétaire ou en nature. Les ménages plus pauvres, qui ont moins d’actifs au départ, ont plus de difficultés à faire face à la situation. Leurs enfants peuvent souffrir pendant le restant de leurs jours des séquelles de l’aggravation de leur malnutrition ou de l’abandon de leurs études. Il ne faudrait toutefois pas que les pouvoirs publics et les ONG oublient que les pays à faible revenu sont peuplés de ménages similaires qui, bien qu’ils n’aient pas été touchés par le sida, sont néanmoins tellement pauvres que leurs enfants sont tout aussi désavantagés. Certains ménages ont aussi des ressources suffisantes pour pouvoir faire face à la disparition d’un adulte sans avoir besoin de l’aide de l’État ou d’une ONG. Pour pouvoir atteindre leur objectif d’équité, les pouvoirs publics auront donc généralement intérêt à cibler leur aide compte tenu à la fois des indicateurs directs de la pauvreté et de l’existence d’un cas de sida dans le ménage, et non pas uniquement sur la base de l’un ou de l’autre de ces facteurs. Le chapitre se termine par des recommandations spécifiques visant à assurer que les ressources disponibles profitent aux ménages qui en ont le plus besoin, grâce à la coordination des efforts ciblés de réduction de la pauvreté et des programmes conçus pour atténuer l’impact de l’épidémie.

Chapitre 5 Un effort collectif pour faire face au VIH/SIDA

Les gouvernements nationaux ont le devoir de protéger la population en empêchant l’épidémie de se propager et, à tout le moins, d’en atténuer les pires effets. Ils ne sont toutefois pas seuls à participer à cet effort. Les bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux ont joué un rôle de premier plan dans le cadre de programmes nationaux de lutte contre le sida et consacré des ressources considérables à ces derniers, notamment dans les pays en développement à faible revenu. Des ONG nationales et internationales sont intervenues pour fournir une assistance, et parfois pour pousser des pouvoirs publics hésitants à prendre des mesures. Le défi pour les pouvoirs publics consiste à définir leur contribution à la lutte contre l’épidémie menée en collaboration avec ces autres acteurs.

Ce chapitre traite non plus des mesures spécifiques prises par les pays, mais des rôles stratégiques joués par différents acteurs dans le domaine de l’action publique. Il commence par la contribution des gouvernements nationaux et des bailleurs de fonds au financement de la lutte contre le sida dans les pays en développement, en faisant valoir que, dans de nombreux pays, les pouvoirs publics devraient prendre des mesures plus énergiques en ce domaine, directement ou en collaboration avec des ONG. Un grand nombre d’ONG de types divers contribuent, ou pourraient participer, à cet effort, parmi lesquelles des entreprises à but lucratif ou non lucratif, des sociétés bénévoles privées ayant un vaste rayon d’action, et des « groupes d’affinité » formés par les personnes touchées par le VIH/SIDA. Le chapitre note ensuite que, s’ils contribuent largement à la lutte contre l’épidémie, les bailleurs de fonds bilatéraux et les organisations multilatérales n’accordent pas une attention suffisante à la nécessité pressante d’accroître le volume des investissements consacrés à des biens publics internationaux, et notamment la fourniture d’informations sur les méthodes de prévention et les traitements, ainsi que les travaux consacrés à la recherche d’un vaccin utilisable dans les pays en développement. Les bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux ont en outre le devoir d’améliorer la coordination de leurs activités au niveau national. Pour finir, le chapitre examine la manière dont l’opinion pu-blique et la politique orientent la lutte contre le sida et dont les gouvernements des pays en développement peuvent profiter des conseils de différents partenaires, et collaborer avec ceux-ci en vue d’atténuer et de surmonter les obstacles à la poursuite de mesures rationnelles pour combattre le sida.

Chapitre 6 Des leçons du passé aux perspectives d’avenir

Le rapport se termine par une récapitulation des principales recommandations formulées pour l’action publique et examine les opportunités qu’ont les pays d’agir sur l’évolution de l’épidémie à ses différents stades.


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