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82 Juin 2005 |
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IK Notes fournit des rapports périodiques sur les Initiatives en matière de développement des Savoirs Locaux (IK) en Afrique Sub-Saharienne et occasionnellement sur des initiatives similaires en dehors de la Région. Il est publié par le Africa Region’s Knowledge and Learning Center dans le cadre d’un partenariat évolutif entre la Banque mondiale, les communautés, les ONG, les institutions de développement et les organisations multilatérales. Les opinions exprimées dans le présent article sont celles des auteurs et ne devraient en aucun cas être attribuées au Groupe de la Banque mondiale ou ses partenaires dans cette initiative. Une page web sur les IK est disponible à l’adresse :http://www.worldbank.org/afr/ik/default.htm
Agriculture,
Utilisation des Arbres et VIH/SIDA Pendant longtemps,
le VIH/SIDA a été vu comme étant purement un problème
sanitaire. Cependant, le VIH/SIDA a des implications qui dépassent
de loin le simple problème sanitaire – parmi lesquelles
de grands impacts sur les systèmes de production agricole et
alimentaire. En Afrique sub-saharienne (ASS), la plupart des personnes
infectées vivent dans les zones rurales et le VIH/SIDA est devenu
principalement un problème rural. Dans des économies en
grande partie rurales, il est peu probable que l'épidémie
puisse être maîtrisée sans un appui efficace du secteur
agricole, qui est dans une bonne position pour aider à la prévention
et à l’atténuation des impacts du VIH/SIDA. Toutefois,
il y a également des limites au degré jusqu'auquel les
secteurs agricole et de la santé peuvent agir indépendamment
l'un de l'autre à cet égard, et pour cette raison une
approche multisectorielle est capitale. Agrobiodiversité et savoirs locaux pour renforcer les moyens de subsistance ruraux Renforcer le système
agricole signifie mettre l’accent non sur les problèmes,
mais plutôt sur les forces internes et les opportunités
externes. Les communautés africaines, au cours des siècles,
ont développé une base diversifiée de connaissances
sur les plantes cultivées et sauvages, les arbres et le bétail,
ainsi que des connaissances spécifiques aux espèces et
aux terroirs qui leur ont permis de perpétuer et d’accroître
leurs moyens de subsistance. Cette diversité de plantes et d’animaux
s’appelle " diversité biologique agricole " ou
- Agrobiodiversité - et les connaissances sur ces ressources
s’appellent – savoirs locaux. L’agrobiodiversité
et les savoirs locaux sont deux forces internes très importantes
des communautés rurales.
Dans tous ces facteurs, il faut considérer les stratégies d’approvisionnement rentables au point de vue travail, coût et temps. Par exemple: produire sa propre nourriture, et générer des revenus pour acheter sa nourriture, dépendent de la main-d'œuvre locale, qui peut être renforcée par une meilleure santé, et soutenue par des stratégies de travail plus appropriées. La force de travail affaiblie des PVAS est moins capable de fournir suffisamment de travail intense et à temps; de ce fait, la production à forte intensité de main d'œuvre et les activités d’après-moisson deviennent inappropriées pour les agriculteurs. La production devient moins une mesure de " rendement à l’hectare ", que de " rendement à l’heure " (le changement à d’autres variétés ou espèces exigeant moins d’intensité de main d'œuvre et moins d’activités augmente la sécurité alimentaire). Les PVAS ont besoin de plus de sécurité alimentaire, d’une meilleure nutrition, de plus de médicaments, de plus de revenus et d’une gestion accrue des risques, et dans la plupart des cas, d’approches permettant un investissement plus faible en travail et en capital. Les arbres dans les champs en tant qu'éléments de l'agrobiodiversité locale peuvent être un outil utile dans l’atténuation des impacts du VIH/SIDA. Les arbres dans les systèmes d’agroforesterie, les espaces verts ou les forêts sont une partie importante de l'agrobiodiversité pour les moyens de subsistance ruraux. Dans la recherche des moyens de renforcer la sécurité alimentaire, la qualité des aliments, les médicaments à base de plantes et la génération de revenus, ainsi que des mécanismes locaux pour faire face à une main d’œuvre affaiblie, les différentes espèces d'arbres (et les savoirs locaux les concernant) ne devraient pas être négligés. Accès au savoir et au plasma germinatif Confronté au VIH/SIDA, les agriculteurs abandonnent souvent les pratiques agricoles orientées vers le marché et à grande utilisation d’intrants extérieurs pour se tourner vers l’agriculture de subsistance. Pour être relativement prospères dans l’agriculture de subsistance, les PVAS ont besoin d’avoir accès au savoir et au plasma germinatif - les agriculteurs ne peuvent planter que ce qui est disponible et ce qu’ils perçoivent comme étant utile. Une concentration sur les cultures, les connaissances et l'agrobiodiversité locales est essentielle dans toute stratégie d’atténuation des impacts du VIH/SIDA. Cependant, les savoirs locaux seuls ne suffisent pas pour offrir des stratégies opportunes permettant de faire face à la pandémie du VIH/SIDA. Forêts et autres ressources naturelles Les zones de forêts
naturelles à travers toute l'Afrique diminuent et se dégradent
en raison de l'exploitation des produits forestiers de grande valeur
tels que le bois d’œuvre et autres produits non ligneux.
Du fait que les PVAS sont de moins en moins capables de cultiver pour
assurer leurs aliments, elles recourent de plus en plus à la
cueillette pour leurs besoins quotidiens de subsistance. Les aliments
sauvages sont gratuits, ils sont nutritifs, nécessitent peu de
travail et sont particulièrement nécessaires en période
de disette. La pandémie du VIH/SIDA a également généré
un plus grand besoin de médicaments, et la plupart des médicaments
à base de plantes sont tirés de la forêt. Diversification agricole La plupart des espèces
d'arbres fournissent plusieurs produits et services à différentes
périodes de l’année, mais un nombre considérable
d'espèces et de génotypes/variétés sont
nécessaires pour satisfaire les utilisations multiples des différents
agriculteurs. Il existe de nombreuses espèces d'arbres qui peuvent
être utilisées pour diversifier le système de production
agricole. Par des mélanges judicieux d'espèces, les systèmes
d’agroforesterie dans certaines localités peuvent permettre
la production pendant toute l'année. Les PVAS ont besoin d’un
régime alimentaire équilibré et également
de médicaments à base de plantes, ce qui nécessite
l'utilisation de multiples espèces. Exemple d'un type de ferme à production diversifiée: le jardin domestique Le jardinage domestique diffère de l'agriculture commercialement orientée. Les plantes sont cultivées en raison de leur valeur alimentaire et nutritive plutôt que de leur valeur commerciale. Il est centré sur de petits jardins familiaux (ou des jardins cultivés par un petit groupe communautaire et – grâce à des mélanges judicieux d'espèces – produit toute l'année. Il met l’accent sur la diversité, y compris sur les plantes traditionnelles, négligée et sous-utilisées, et les arbres fruitiers sont une composante importante des jardins domestiques. Les jardins domestiques ont tendance à intéresser le plus les femmes, qui ont souvent la charge de choisir, de faire cuire et de cultiver les plantes nécessaires pour les besoins alimentaires de la famille. Le fait d’être responsables de la production des plantes alimentaires et médicinales confère aux femmes un plus grand contrôle du bien-être de leur famille. D’une manière générale, l’expérience montre que le fait d’accroître les stratégies locales de diversification de la production améliore la nutrition plus que les efforts d'accroissement des revenus. Néanmoins, dans la pratique, les projets de jardins domestiques doivent travailler dur pour promouvoir la diversité. Main d’œuvre La plupart des espèces
d'arbres ne sont pas grandes consommatrices de main-d'œuvre ni
n'exigent de travaux à faire à temps. Hormis l’arrosage
pendant quelques temps après la (trans)plantation, la plupart
des arbres nécessitent peu d'entretien. Certains se reproduisent
même sans aucune intervention. Le peu d'entretien généralement
requis n'exige pas d’interventions opportunes. Par exemple à
Meru, au Kenya, un orphelin de 15 ans a réussi à survivre
parce que ses parents avaient planté des macadamia. Les noix
lui fournissaient un revenu régulier. Les arbres comme prestataires de services Les agriculteurs sont conscients des variations microclimatiques dans leurs lopins de terre et s'y adaptent en conséquence. Selon les mélanges d’espèces choisis, les arbres entretenus dans les systèmes d’agroforesterie fournissent de nombreux services: ils peuvent affecter le microclimat de l’exploitation agricole (refroidissement et conservation ou drainage de l'humidité), ils sont plus résistants à la sécheresse, ils freinent l'érosion des sols, améliorent la fertilité de diverses manières (fixation de l’azote (N), comme source de compost, captation des oligo-éléments du sous-sol et aération des sols), ils fournissent l'ombre, fonctionnent comme brise-vents, contrôlent les mauvaises herbes (par leur ombrage ou comme repoussoirs naturels) et peuvent servir de capteurs de l'eau. Par exemple, la recherche au Rwanda a montré que la fertilité des sols était un résultat significatif des changements de pratiques culturales liés au VIH/SIDA. Les arbres sont donc essentiels à une meilleure stabilité et à une meilleure reprise du système d’exploitation agricole, particulièrement importantes dans la mesure où les exploitations agricoles des PVAS souffrent de la dégradation.
Acquérir plus de connaissances sur les espèces peut accroître l'utilisation de celles qui sont facilement disponibles. De nombreux arbres sont déjà présents sur les exploitations agricoles, mais leur pleine capacité n'a souvent pas été exploitée. Par exemple, le Prunus africana que l’on trouve en Afrique de l'Est est localement exploité comme bois de construction et comme médicament mais son écorce a également une valeur exportable. Les personnes atteintes du VIH/SIDA ont besoin d’un régime alimentaire riche en fruits et légumes. Certaines espèces d’arbres fruitiers poussent déjà dans les champs, les terres en friche ou dans les haies, mais les agriculteurs ne les ont peut-être jamais utilisées. Les échanges locaux, nationaux ou même régionaux de connaissances entre agriculteurs, praticiens de la médecine traditionnelle et les vieilles personnes, ainsi que l’apport à la communauté de connaissances exogènes, peuvent également améliorer l'utilisation des ressources existantes.
Etant donné
que dans les pays africains la plupart des habitants vivent dans les
zones rurales, il est peu probable que l'épidémie du VIH/SIDA
puisse être maîtrisée sans un appui efficace de l'agriculture.
La diffusion de l'agrobiodiversité et des savoirs locaux peuvent
être un moyen d’atténuer les effets du VIH/SIDA en
augmentant les moyens de subsistance dans les zones rurales. Cet article est une version abrégée et adaptée de: Lengkeek, A. 2005. Trees on farm to mitigate the effects of HIV/AIDS in SSA. L'article est tiré de The Overstory # 152, url :http://www.overstory.org, publié par Permanent Agriculture Resources (PAR), Holualoa, Hawaii." |