IK Notes fournit
des rapports périodiques sur les Initiatives en matière
de développement des Savoirs Locaux (IK) en Afrique Sub-Saharienne
et occasionnellement sur des initiatives similaires en dehors de la
Région. Il est publié par le Africa Region’s Knowledge
and Learning Center dans le cadre d’un partenariat évolutif
entre la Banque mondiale, les communautés, les ONG, les institutions
de développement et les organisations multilatérales.
Les opinions exprimées dans le présent article sont celles
des auteurs et ne devraient en aucun cas être attribuées
au Groupe de la Banque mondiale ou ses partenaires dans cette initiative.
Une page web sur les IK est disponible à l’adresse :
/ / www.worldbank.org/afr / ik/default.htm
Burkina
Faso: La Technique du Zaï et L’Augmentation de la Productivité
Agricole
Plus de 90% de la population du Sahel vit de l'agriculture. Le fait
que la production agricole n'ait pas suivi le même rythme de croissance
que celle de la population durant les deux dernières décennies
est attribué à la dégradation des sols et à
la baisse de la productivité avec pour résultat des niveaux
plus élevés de pauvreté rurale, des périodes
de disette et une insécurité alimentaire chronique. En
réaction à cette situation, depuis les années 80,
les agriculteurs sahéliens ont expérimenté diverses
techniques de conservation des sols et de l’eau en vue de reconstituer,
de maintenir ou d’améliorer la fertilité du sol.
Une des techniques les plus appréciées
par les agriculteurs du nord du Burkina Faso a été le
système des trous à semis (demi-lunes) ou " Zaï
" dans la langue locale. Cette technique a été importée
du Mali, de la région des Dogons, et a été adoptée
et améliorée par les agriculteurs du nord du Burkina Faso
après la sécheresse des années 80.
La technique du Zaï
Les agriculteurs appliquent la technique du Zaï
pour récupérer le sol croûteux de certains espaces
appelés " Zippéllé ". Le Zaï est
un trou ayant un diamètre de 20 à 40 centimètres
et une profondeur de 10 à 20 centimètres – les dimensions
variant selon le type de sol. Les trous sont creusés pendant
la saison sèche à partir de novembre jusqu' en mai et
le nombre de trous de Zaï par hectare varie de 12.000 à
25.000. Après avoir creusé les trous, on y ajoute de la
matière organique à un taux moyen recommandé de
0,6 kg/trou et, après la première pluie, on recouvre la
matière organique d’une fine couche de terre, puis l’on
plante les graines au milieu du trou.
La terre extraite du trou est épandue en billons
tout autour en demi-cercle afin d’améliorer la capacité
du trou à conserver l'eau. Le Zaï accomplit trois fonctions:
conservation du sol et de l’eau et lutte contre l'érosion
sur les sols croûteux. Les avantages du Zaï sont qu'il:
(i) capte
l’eau de pluie et de surface / de ruissellement
(ii) empêche les graines et la matière organique d’être
emportées par l’eau;
(iii) concentre la disponibilité de l’eau et des éléments
nutritifs au début de la saison des pluies
(iv) augmente les rendements ; et
(v) réactive les activités biologiques dans le sol et
en fin de compte conduit à une amélioration de la structure
du sol.
L'application de la technique du Zaï peut semble-t-il
augmenter la production d’environ 500% lorsqu’elle est correctement
appliquée.
Genèse du Programme Zaï au Burkina
Faso
Dans le cadre de l’assistance apportée
aux communautés locales pour le renforcement de leurs capacités
locales par l’utilisationde leurs savoirs locaux, le programme
de la Banque mondiale sur
les Savoirs Locaux pour le Développement a apporté son
appui aux agriculteurs pour étendre la diffusion de la technique
du Zaï à trois provinces du centre du Burkina Faso. L’Association
pour la Vulgarisation et l’Appui aux Producteurs Agro-écologistes
au Sahel (AVAPAS) a dispensé des conseils quotidiens aux
agriculteurs. D'autres acteurs locaux du développement (administration,
conseillers agricoles, autorités locales, responsables communautaires)
ont soutenu l'initiative afin d’assurer sa durabilité.
La campagne d’application
a été effectuée durant la période 2002-
2003. Les agriculteurs ont fortement apprécié la technique
d'autant plus qu'elle a augmenté la productivité. Malheureusement
les agriculteurs n'ont pas toujours suivi toutes les étapes recommandées
pour tirer le meilleur profit de la technique. Par exemple, les dimensions
des trous n'étaient pas toujours conformes à celles recommandées,
avec pour résultat un faible développement de la plante
et de la tige. Le retard dans le creusement des trous de Zaï et
une application inadéquate de la matière organique (période
d’application et quantité) peuvent tous deux contribuer
à des pertes substantielles de rendement.
L'équipe
a proposé l'exécution d’une deuxième campagne
afin de permettre aux agriculteurs de bien maîtriser la technique
et de diffuser son application auprès d'autres agriculteurs.
Celle-ci a été effectuée en 2003- 2004.
Durant la deuxième
campagne, les agriculteurs ont commencé à cultiver des
" champs communautaires ". Dans ces champs communautaires,
toutes les étapes recommandées ont été strictement
suivies et ces champs sont devenus un site de démonstration pour
les agriculteurs de l'échantillon et pour les autres agriculteurs
du village.
Présentation
de la zone des activités
Les activités
ont été effectuées dans 32 villages dans les six
provinces suivantes de la région centrale du Burkina Faso: Kadiogo,
Bazéga, Oubritenga, Kourwéogo, Sanmatenga et Zoundwéogo.
Les précipitations pendant cette saison étaient exceptionnelles
avec seulement quelques périodes de sécheresse.
Diffusion
de la technologie
La diffusion de
la technique du Zaï dans la région centrale du Burkina Faso
a été organisée en trois phases:
- Sessions d'information
et de sensibilisation : Durant cette phase, un débat a été
organisé avec les agriculteurs sur les forces et les faiblesses
de leurs systèmes de production. Les agriculteurs ont évalué
leurs terres et proposé des solutions aux problèmes
qu'ils avaient identifiés. L'équipe de l'AVAPAS a complété
la liste des solutions proposées par les agriculteurs, présenté
une description complète de la technique du Zaï et invité
les agriculteurs à participer aux expérimentations.
- Démonstration
de la technique : L'équipe technique a organisé une
session de démonstration pour les agriculteurs qui a compris
le creusage des trous, l’application de l’engrais organique
(fumier) et la fourniture de l'équipement de base. L'équipement
est utilisé en rotation organisée par les agriculteurs
eux-mêmes.
- Visites de terrain
: Pendant la saison des pluies, des visites de suivi ont renforcé
la nécessité d’appliquer la totalité du
paquet technologique si l’on veut réaliser l'impact le
plus élevé.
Analyse des différentes opérations pendant l'adoption
de la technique
Les opérations
du Zaï ont été mises en pratique par les agriculteurs
à différentes périodes selon la disponibilité
de la main d’œuvre, de la matière organique et l'intérêt
de chaque agriculteur. Les agriculteurs qui ont participé à
la première campagne ont été impliqués dans
la technique beaucoup plus tôt. Pour les plus informés
(les premiers participants), le travail a commencé en début
juin et s'est poursuivi jusqu'en mi-juillet. Pour les autres, les activités
ont commencé en début juillet et se sont terminées
en fin juillet.
1. Creusement des trous de Zaï
La taille des trous de Zaï a varié selon les agriculteurs
pendant la première année. L'objectif était seulement
de commencer par creuser les trous. Ceux qui n'avaient pas respecté
la règle minimum de dimension ont été obligés
de recommencer les trous durant la deuxième campagne agricole.
A la date de la campagne 2002-2003, une claire maîtrise de l'opération
par les agriculteurs a été constatée. En effet,
la taille des trous de semis était conforme aux recommandations,
en partie en raison de la disponibilité de l'équipement
fournie par l’AVAPAS (foreuses, pics).
2. Application
de l'engrais organique
L'indisponibilité d’une bonne matière organique
a été une des contraintes rencontrées durant la
diffusion de la technique. Certains agriculteurs, en l'absence de compost,
ont appliqué de la matière organique fraîche dans
les trous, avec pour résultat des dommages causés aux
semis. Il devint évident et essentiel que les agriculteurs devaient
être mieux informés sur cette étape spécifique
d'application de la matière organique qui est cruciale pour le
succès de la technique.
Pendant la campagne 2003-2004, la région de l’expérimentation
n’avait que des terres dénudées qui sont plus pauvres
que celles situées dans la partie centrale du pays.
Développement
végétatif des cultures (Sorgho)
Dans le but de suivre
le développement végétatif des cultures et surtout
d’échanger avec les agriculteurs, des visites de terrain
ont été organisées en collaboration avec l’AVAPAS
afin de discuter des problèmes rencontrés pendant la campagne:
à la phase des semis, à la phase de la floraison et à
la phase de la maturité. Les agriculteurs qui ont rencontré
des difficultés dans l'exécution de leurs activités
ont été invités à visiter les parcelles
d'autres agriculteurs participants.
Phase des semis
Les semis dans le village de Niniogo dans le département de Pabré
n'ont pas survécu dans les parcelles de Zaï. Les agriculteurs
venaient juste d’adopter la technologie mais n'avaient pas encore
acquis toute l'expérience nécessaire pour assurer son
succès. Les trous de Zaï avaient été fertilisés
avec du fumier fraîchement ramassé des enclos et les graines
semées seulement deux jours après. Les agriculteurs ont
attribué la perte des semis à la variété
de sorgho utilisée ou au manque de pluie juste après les
ensemencements.
Phase de la floraison
Le développement végétatif du sorgho dans les champs
de Zaï a été particulièrement apprécié
par tous les agriculteurs. A Korsimoro, un des agriculteurs a fait savoir
que le Zaï était la seule technique qui lui avait permis
de récupérer un champ qu'il avait abandonné depuis
plusieurs années en raison de la surface durcie du sol. Le champ
d’un autre agriculteur devint l’objet de la curiosité
de ses voisins dans le village qui lui posèrent de nombreuses
questions sur la technique.
Phase de la maturité
Les agriculteurs ont constaté que le développement végétatif
des cultures dans les champs de Zaï était normal ou meilleur
que celui dans les champs qui n’utilisaient pas le Zaï. Tandis
que le sorgho arrêtait de croître dans les parcelles qui
n’utilisaient pas le Zaï, les feuilles restaient toujours
vertes dans les champs de Zaï.
Rendement du sorgho
Le rendement en grains du sorgho a été évalué
dans les champs de Zaï et dans ceux n’utilisant pas le Zaï
pendant deux campagnes agricoles.
Les données proviennent de 16 villages en 2002 et de 32 villages
en 2003. Les résultats montrent des différences significatives
entre les champs de Zaï et les champs n’utilisant pas le
Zaï. Ces résultats sont conformes à ceux d'autres
études sur le Zaï dans d'autres régions, ce qui montre
l'effet de la pratique sur le rendement du sorgho (Sawadogo, 2001, Dakuo,
2000, Bamboo, 1996, Kabore, 1991). L’augmentation du rendement
est attribuée à une meilleure utilisation des eaux de
pluie et à l'amélioration de la fertilité du sol
résultant de l'application de la matière organique dans
les trous.
Résultats
et impact de la technique sur les agriculteurs
- Dans l'exécution
de ce projet, l’AVAPAS a facilité le transfert d’une
technologie locale par le biais d'une organisation locale de développement
aux agriculteurs d'une part, et plus tard entre agriculteurs.
- Plus de 100 agriculteurs
dans 32 villages ont bénéficié de ce transfert.
- L'ONG utilisée
a joué un rôle significatif dans le transfert des connaissances
aux agriculteurs et entre agriculteurs.
- Les échanges
entre les agriculteurs et les visites de suivi par l'équipe
de l'AVAPAS ont permis de renforcer les connaissances acquises par
les agriculteurs et de répondre aux problèmes rencontrés
durant l'application de la technique du Zaï.
- L'application
de la matière organique est restée une des étapes
la moins adoptée par les agriculteurs. La quantité recommandée
(c.-à-d. deux poignées de fumier par trou de semis)
n'a pas toujours été respectée, ce qui a eu comme
conséquence l'apparition du Striga (de mauvaises taches blanches
sur l'herbe indiquant la pauvreté extrême du sol) dans
les parcelles de cultures. L'analyse chimique de la matière
organique pourrait être utilisée pour concevoir une capacité
optimale de production.
- Dans la plupart
des villages, le surplus de production réalisé par les
agriculteurs sur un hectare était supérieur à
0,5 tonne. Ce chiffre valide l'efficacité de la technique en
termes d’augmentation de la capacité productive des parcelles
cultivées.
Il convient particulièrement de mentionner que dans la province
du Yatenga (qui a une pluviométrie variant de 300 à
600 millimètres par an), le Zaï reste la seule technique
qui permette d'effectuer des cultures rentables sur les sols dénudés
qui sont plus pauvres que ceux de la partie centrale du pays.
Conclusions
et recommandations
Dans l’ensemble,
la technique du Zaï semblait avoir été maîtrisée
par les agriculteurs de la région centrale du pays. Sur la base
des deux années d’expérimentation évoquées,
l’on peut tirer les conclusions suivantes:
- Les agriculteurs
sont capables de maîtriser tout le paquet technologique si les
opérations sont bien planifiées, suivant les conditions
saisonnières existantes.
- La technique
du Zaï peut augmenter les rendements agricoles et réduire
les risques d'insécurité alimentaire dans les zones
rurales.
- La technique
conduit à l'amélioration et à la récupération
des terres dégradées.
- Afin d’accroître
les bénéfices de cette technique, quelques travaux scientifiques
sont nécessaires dans (i) l'analyse chimique des matières
organiques produites par les agriculteurs ainsi que le dosage approprié
à utiliser pendant l'application; et (ii) l'expérimentation
des variétés à haut rendement afin d'accroître
les bénéfices.
Les agriculteurs
concernés ont souhaité plus d'appui de tous les partenaires
de manière à ce que cette technique puisse être
maîtrisée et mise en application par toute la population
des agriculteurs de la région et d’ailleurs dans le pays.
Cet article
a été reproduit par Suzanne Essama, Responsable du département
Partage des Connaissances, Région Afrique, Banque Mondiale,
et est tiré d'un Rapport de Fin d’Activité soumis
par une équipe composée de Mme. Millogo Sorgho Marie-Claire,
Institut de l'Environnement et de Recherche Agricoles (INERA), Korogo
Sylvain et Traoré Karim, Association pour la Vulgarisation
et l’Appui aux Producteurs Agro-écologistes au Sahel
(AVAPAS). Le financement pour l'activité a été
fourni par le BNPP Trust Fund for Local Community Capacity Building.