N° 80   Mai 2005
 
 

IK Notes fournit des rapports périodiques sur les Initiatives en matière de développement des Savoirs Locaux (IK) en Afrique Sub-Saharienne et occasionnellement sur des initiatives similaires en dehors de la Région. Il est publié par le Africa Region’s Knowledge and Learning Center dans le cadre d’un partenariat évolutif entre la Banque mondiale, les communautés, les ONG, les institutions de développement et les organisations multilatérales. Les opinions exprimées dans le présent article sont celles des auteurs et ne devraient en aucun cas être attribuées au Groupe de la Banque mondiale ou ses partenaires dans cette initiative. Une page web sur les IK est disponible à l’adresse : / / www.worldbank.org/afr / ik/default.htm

 

Burkina Faso: La Technique du Zaï et L’Augmentation de la Productivité Agricole


Plus de 90% de la population du Sahel vit de l'agriculture. Le fait que la production agricole n'ait pas suivi le même rythme de croissance que celle de la population durant les deux dernières décennies est attribué à la dégradation des sols et à la baisse de la productivité avec pour résultat des niveaux plus élevés de pauvreté rurale, des périodes de disette et une insécurité alimentaire chronique. En réaction à cette situation, depuis les années 80, les agriculteurs sahéliens ont expérimenté diverses techniques de conservation des sols et de l’eau en vue de reconstituer, de maintenir ou d’améliorer la fertilité du sol.

Une des techniques les plus appréciées par les agriculteurs du nord du Burkina Faso a été le système des trous à semis (demi-lunes) ou " Zaï " dans la langue locale. Cette technique a été importée du Mali, de la région des Dogons, et a été adoptée et améliorée par les agriculteurs du nord du Burkina Faso après la sécheresse des années 80.

La technique du Zaï

Les agriculteurs appliquent la technique du Zaï pour récupérer le sol croûteux de certains espaces appelés " Zippéllé ". Le Zaï est un trou ayant un diamètre de 20 à 40 centimètres et une profondeur de 10 à 20 centimètres – les dimensions variant selon le type de sol. Les trous sont creusés pendant la saison sèche à partir de novembre jusqu' en mai et le nombre de trous de Zaï par hectare varie de 12.000 à 25.000. Après avoir creusé les trous, on y ajoute de la matière organique à un taux moyen recommandé de 0,6 kg/trou et, après la première pluie, on recouvre la matière organique d’une fine couche de terre, puis l’on plante les graines au milieu du trou.

La terre extraite du trou est épandue en billons tout autour en demi-cercle afin d’améliorer la capacité du trou à conserver l'eau. Le Zaï accomplit trois fonctions: conservation du sol et de l’eau et lutte contre l'érosion sur les sols croûteux. Les avantages du Zaï sont qu'il:

(i) capte l’eau de pluie et de surface / de ruissellement
(ii) empêche les graines et la matière organique d’être emportées par l’eau;
(iii) concentre la disponibilité de l’eau et des éléments nutritifs au début de la saison des pluies
(iv) augmente les rendements ; et
(v) réactive les activités biologiques dans le sol et en fin de compte conduit à une amélioration de la structure du sol.

L'application de la technique du Zaï peut semble-t-il augmenter la production d’environ 500% lorsqu’elle est correctement appliquée.

Genèse du Programme Zaï au Burkina Faso

Dans le cadre de l’assistance apportée aux communautés locales pour le renforcement de leurs capacités locales par l’utilisationde leurs savoirs locaux, le programme de la Banque mondiale sur les Savoirs Locaux pour le Développement a apporté son appui aux agriculteurs pour étendre la diffusion de la technique du Zaï à trois provinces du centre du Burkina Faso. L’Association pour la Vulgarisation et l’Appui aux Producteurs Agro-écologistes au Sahel (AVAPAS) a dispensé des conseils quotidiens aux agriculteurs. D'autres acteurs locaux du développement (administration, conseillers agricoles, autorités locales, responsables communautaires) ont soutenu l'initiative afin d’assurer sa durabilité.

La campagne d’application a été effectuée durant la période 2002- 2003. Les agriculteurs ont fortement apprécié la technique d'autant plus qu'elle a augmenté la productivité. Malheureusement les agriculteurs n'ont pas toujours suivi toutes les étapes recommandées pour tirer le meilleur profit de la technique. Par exemple, les dimensions des trous n'étaient pas toujours conformes à celles recommandées, avec pour résultat un faible développement de la plante et de la tige. Le retard dans le creusement des trous de Zaï et une application inadéquate de la matière organique (période d’application et quantité) peuvent tous deux contribuer à des pertes substantielles de rendement.

L'équipe a proposé l'exécution d’une deuxième campagne afin de permettre aux agriculteurs de bien maîtriser la technique et de diffuser son application auprès d'autres agriculteurs. Celle-ci a été effectuée en 2003- 2004.

Durant la deuxième campagne, les agriculteurs ont commencé à cultiver des " champs communautaires ". Dans ces champs communautaires, toutes les étapes recommandées ont été strictement suivies et ces champs sont devenus un site de démonstration pour les agriculteurs de l'échantillon et pour les autres agriculteurs du village.

Présentation de la zone des activités

Les activités ont été effectuées dans 32 villages dans les six provinces suivantes de la région centrale du Burkina Faso: Kadiogo, Bazéga, Oubritenga, Kourwéogo, Sanmatenga et Zoundwéogo. Les précipitations pendant cette saison étaient exceptionnelles avec seulement quelques périodes de sécheresse.

Diffusion de la technologie

La diffusion de la technique du Zaï dans la région centrale du Burkina Faso a été organisée en trois phases:

  • Sessions d'information et de sensibilisation : Durant cette phase, un débat a été organisé avec les agriculteurs sur les forces et les faiblesses de leurs systèmes de production. Les agriculteurs ont évalué leurs terres et proposé des solutions aux problèmes qu'ils avaient identifiés. L'équipe de l'AVAPAS a complété la liste des solutions proposées par les agriculteurs, présenté une description complète de la technique du Zaï et invité les agriculteurs à participer aux expérimentations.
  • Démonstration de la technique : L'équipe technique a organisé une session de démonstration pour les agriculteurs qui a compris le creusage des trous, l’application de l’engrais organique (fumier) et la fourniture de l'équipement de base. L'équipement est utilisé en rotation organisée par les agriculteurs eux-mêmes.
  • Visites de terrain : Pendant la saison des pluies, des visites de suivi ont renforcé la nécessité d’appliquer la totalité du paquet technologique si l’on veut réaliser l'impact le plus élevé.


Analyse des différentes opérations pendant l'adoption de la technique

Les opérations du Zaï ont été mises en pratique par les agriculteurs à différentes périodes selon la disponibilité de la main d’œuvre, de la matière organique et l'intérêt de chaque agriculteur. Les agriculteurs qui ont participé à la première campagne ont été impliqués dans la technique beaucoup plus tôt. Pour les plus informés (les premiers participants), le travail a commencé en début juin et s'est poursuivi jusqu'en mi-juillet. Pour les autres, les activités ont commencé en début juillet et se sont terminées en fin juillet.


1. Creusement des trous de Zaï
La taille des trous de Zaï a varié selon les agriculteurs pendant la première année. L'objectif était seulement de commencer par creuser les trous. Ceux qui n'avaient pas respecté la règle minimum de dimension ont été obligés de recommencer les trous durant la deuxième campagne agricole. A la date de la campagne 2002-2003, une claire maîtrise de l'opération par les agriculteurs a été constatée. En effet, la taille des trous de semis était conforme aux recommandations, en partie en raison de la disponibilité de l'équipement fournie par l’AVAPAS (foreuses, pics).

2. Application de l'engrais organique
L'indisponibilité d’une bonne matière organique a été une des contraintes rencontrées durant la diffusion de la technique. Certains agriculteurs, en l'absence de compost, ont appliqué de la matière organique fraîche dans les trous, avec pour résultat des dommages causés aux semis. Il devint évident et essentiel que les agriculteurs devaient être mieux informés sur cette étape spécifique d'application de la matière organique qui est cruciale pour le succès de la technique.
Pendant la campagne 2003-2004, la région de l’expérimentation n’avait que des terres dénudées qui sont plus pauvres que celles situées dans la partie centrale du pays.

Développement végétatif des cultures (Sorgho)

Dans le but de suivre le développement végétatif des cultures et surtout d’échanger avec les agriculteurs, des visites de terrain ont été organisées en collaboration avec l’AVAPAS afin de discuter des problèmes rencontrés pendant la campagne: à la phase des semis, à la phase de la floraison et à la phase de la maturité. Les agriculteurs qui ont rencontré des difficultés dans l'exécution de leurs activités ont été invités à visiter les parcelles d'autres agriculteurs participants.


Phase des semis
Les semis dans le village de Niniogo dans le département de Pabré n'ont pas survécu dans les parcelles de Zaï. Les agriculteurs venaient juste d’adopter la technologie mais n'avaient pas encore acquis toute l'expérience nécessaire pour assurer son succès. Les trous de Zaï avaient été fertilisés avec du fumier fraîchement ramassé des enclos et les graines semées seulement deux jours après. Les agriculteurs ont attribué la perte des semis à la variété de sorgho utilisée ou au manque de pluie juste après les ensemencements.


Phase de la floraison
Le développement végétatif du sorgho dans les champs de Zaï a été particulièrement apprécié par tous les agriculteurs. A Korsimoro, un des agriculteurs a fait savoir que le Zaï était la seule technique qui lui avait permis de récupérer un champ qu'il avait abandonné depuis plusieurs années en raison de la surface durcie du sol. Le champ d’un autre agriculteur devint l’objet de la curiosité de ses voisins dans le village qui lui posèrent de nombreuses questions sur la technique.


Phase de la maturité
Les agriculteurs ont constaté que le développement végétatif des cultures dans les champs de Zaï était normal ou meilleur que celui dans les champs qui n’utilisaient pas le Zaï. Tandis que le sorgho arrêtait de croître dans les parcelles qui n’utilisaient pas le Zaï, les feuilles restaient toujours vertes dans les champs de Zaï.


Rendement du sorgho
Le rendement en grains du sorgho a été évalué dans les champs de Zaï et dans ceux n’utilisant pas le Zaï pendant deux campagnes agricoles.
Les données proviennent de 16 villages en 2002 et de 32 villages en 2003. Les résultats montrent des différences significatives entre les champs de Zaï et les champs n’utilisant pas le Zaï. Ces résultats sont conformes à ceux d'autres études sur le Zaï dans d'autres régions, ce qui montre l'effet de la pratique sur le rendement du sorgho (Sawadogo, 2001, Dakuo, 2000, Bamboo, 1996, Kabore, 1991). L’augmentation du rendement est attribuée à une meilleure utilisation des eaux de pluie et à l'amélioration de la fertilité du sol résultant de l'application de la matière organique dans les trous.

Résultats et impact de la technique sur les agriculteurs

 

  • Dans l'exécution de ce projet, l’AVAPAS a facilité le transfert d’une technologie locale par le biais d'une organisation locale de développement aux agriculteurs d'une part, et plus tard entre agriculteurs.
  • Plus de 100 agriculteurs dans 32 villages ont bénéficié de ce transfert.
  • L'ONG utilisée a joué un rôle significatif dans le transfert des connaissances aux agriculteurs et entre agriculteurs.
  • Les échanges entre les agriculteurs et les visites de suivi par l'équipe de l'AVAPAS ont permis de renforcer les connaissances acquises par les agriculteurs et de répondre aux problèmes rencontrés durant l'application de la technique du Zaï.
  • L'application de la matière organique est restée une des étapes la moins adoptée par les agriculteurs. La quantité recommandée (c.-à-d. deux poignées de fumier par trou de semis) n'a pas toujours été respectée, ce qui a eu comme conséquence l'apparition du Striga (de mauvaises taches blanches sur l'herbe indiquant la pauvreté extrême du sol) dans les parcelles de cultures. L'analyse chimique de la matière organique pourrait être utilisée pour concevoir une capacité optimale de production.
  • Dans la plupart des villages, le surplus de production réalisé par les agriculteurs sur un hectare était supérieur à 0,5 tonne. Ce chiffre valide l'efficacité de la technique en termes d’augmentation de la capacité productive des parcelles cultivées.
    Il convient particulièrement de mentionner que dans la province du Yatenga (qui a une pluviométrie variant de 300 à 600 millimètres par an), le Zaï reste la seule technique qui permette d'effectuer des cultures rentables sur les sols dénudés qui sont plus pauvres que ceux de la partie centrale du pays.

Conclusions et recommandations

Dans l’ensemble, la technique du Zaï semblait avoir été maîtrisée par les agriculteurs de la région centrale du pays. Sur la base des deux années d’expérimentation évoquées, l’on peut tirer les conclusions suivantes:

  • Les agriculteurs sont capables de maîtriser tout le paquet technologique si les opérations sont bien planifiées, suivant les conditions saisonnières existantes.
  • La technique du Zaï peut augmenter les rendements agricoles et réduire les risques d'insécurité alimentaire dans les zones rurales.
  • La technique conduit à l'amélioration et à la récupération des terres dégradées.
  • Afin d’accroître les bénéfices de cette technique, quelques travaux scientifiques sont nécessaires dans (i) l'analyse chimique des matières organiques produites par les agriculteurs ainsi que le dosage approprié à utiliser pendant l'application; et (ii) l'expérimentation des variétés à haut rendement afin d'accroître les bénéfices.

Les agriculteurs concernés ont souhaité plus d'appui de tous les partenaires de manière à ce que cette technique puisse être maîtrisée et mise en application par toute la population des agriculteurs de la région et d’ailleurs dans le pays.

Cet article a été reproduit par Suzanne Essama, Responsable du département Partage des Connaissances, Région Afrique, Banque Mondiale, et est tiré d'un Rapport de Fin d’Activité soumis par une équipe composée de Mme. Millogo Sorgho Marie-Claire, Institut de l'Environnement et de Recherche Agricoles (INERA), Korogo Sylvain et Traoré Karim, Association pour la Vulgarisation et l’Appui aux Producteurs Agro-écologistes au Sahel (AVAPAS). Le financement pour l'activité a été fourni par le BNPP Trust Fund for Local Community Capacity Building.