IK
Notes
reports
periodically on Indigenous Knowledge (IK) initiatives in Sub-Saharan
Africa and occasionally on such initiatives outsider the Region. It
is published by the Africa Region’s Knowledge and Learning Center
as part of an evolving IK partnership between the World Bank, communities,
NGOs, development institutions and multilateral organizations. The views
expressed in this article are those of the authors and should not be
attributed to the World Bank Group or its partners in this initiative.
A webpage on IK is available at http//www.worldbank.org/afr/ik/
Innovations
Locales : Utilisation de Légumes Traditionnels pour Améliorer
la Qualité des Sols
Les légumes traditionnels ou locaux africains sont de plus en
plus connus pour leur importance dans la contribution à la sécurité
alimentaire de millions d'africains dans les zones rurales et urbaines
(Rubaihayo 2002). L’on attribue à certains de ces légumes
des propriétés médicinales. Cependant, l’on
sait très peu sur leurs autres propriétés et leur
importance dans l'agriculture africaine. En juin 2002, une équipe
de dix chercheurs ougandais et sud-africains a entrepris des recherches,
à l'aide des outils RRA et PRA, sur l'utilisation des savoirs
locaux dans la production et la consommation des légumes traditionnels
dans huit communes de l’Ouganda. Durant les travaux sur le terrain,
les chercheurs ont noté que certains agriculteurs innovaient
activement en utilisant les ressources locales à leur disposition
pour tenter d'améliorer leur production agricole. Souvent ces
innovations ont été utilisées pour pallier au manque
d'accès aux intrants agricoles modernes, tels que les engrais
et les pesticides. Deux exemples d’innovations locales, entreprises
par des agriculteurs dans une commune située à 50 kilomètres
à l'ouest de Kampala, dans le but d'améliorer la qualité
des sols par l’utilisation de légumes traditionnels, sont
présentées ici.
Commercialisation
Avant les années
70, les agriculteurs de ces communes produisaient les légumes
traditionnels principalement pour la consommation domestique. En ce
temps-là les agriculteurs locaux ne produisaient pas de légumes
exotiques, tels que les choux, les carottes, la laitue, etc. qui étaient
produits sur des plantations et consommés principalement par
les européens et les asiatiques, ou exportés. Les légumes
que la population africaine rurale produisait pour la consommation en
tant qu’aliments locaux étaient considérés
comme des légumes traditionnels pour au moins deux raisons.
1. Bien que certaines
de ces plantes étaient cultivées, d'autres étaient
facilement trouvées et récoltées dans leur habitat
naturel, prêtant ainsi une certaine justification à leur
appellation de " locales ", bien que strictement parlant,
beaucoup de ces plantes sont trouvées dans le monde entier
.
2. Un grand nombre de ces plantes ont été consommées
pendant de nombreuses générations, ce qui montre leur
importance dans la culture locale. Parfois les fruits, les feuilles
et les racines d'une plante étaient tous consommés.
Pendant la période coloniale, les agriculteurs avaient commencé
à produire des spéculations telles que le café,
les oranges et les ananas à des fins commerciales. Les agriculteurs
des communes de l’étude ont rapporté que le régime
d'Idi Amin avait encouragé les agriculteurs africains à
produire les légumes exotiques à des fins commerciales.
Cette pratique se poursuit toujours aujourd’hui et les agriculteurs
ont indiqué de manière tendancielle que la culture des
légumes exotiques comme cultures de rente est en perpétuel
augmentation, avec de plus en plus de terres affectées à
leur culture.
IK Notes fournit
des rapports périodiques sur les Initiatives en matière
de développement des Savoirs Locaux (IK) en Afrique Sub-Saharienne
et occasionnellement sur des initiatives similaires en dehors de la
Région. Il est publié par le Africa Region’s Knowledge
and Learning Center dans le cadre d’un partenariat évolutif
entre la Banque mondiale, les communautés, les ONG, les institutions
de développement et les organisations multilatérales.
Les opinions exprimées dans le présent article sont celles
des auteurs et ne devraient en aucun cas être attribuées
au Groupe de la Banque mondiale ou ses partenaires dans cette initiative.
Une page web sur les IK est disponible à l’adresse :http://www.worldbank.org/afr/ik/default.htm
Depuis l'indépendance en 1962, le nombre de personnes habitant
à Kampala et dans d'autres centres urbains a augmenté.
La plupart de ces nouveaux résidents urbains sont venus des zones
rurales. Leur présence a provoqué une demande accrue de
légumes traditionnels et a eu comme conséquence la culture
d’un certain nombre de variétés populaires de ces
légumes comme cultures de rente pour les marchés urbains.
Cette demande était directement liée aux préférences
alimentaires des migrants et aux prix plus bas payés pour les
légumes traditionnels comparés aux prix des légumes
exotiques. Rubaihayo (2002) indique que ces légumes sont également
demandés en raison de leur capacité à apporter
aux consommateurs des quantités appréciables de vitamines
A, B et C, de protéines et de sels minéraux nécessaires
pour une croissance normale. Ceci est extrêmement important dans
la mesure où la plupart de ces légumes traditionnels sont
cultivés par les ménages ruraux pauvres ou sont meilleur
marché dans les centres urbains comparés aux légumes
exotiques, faisant d’eux une source importante d’apports
nutritionnels pour les membres les plus vulnérables de la population;
les pauvres des zones rurales et urbaines.
Dans cette commune particulière, les agriculteurs cultivaient
les légumes traditionnels appelés Nakati (Solanum aethiopicum),
Ebugga (Amarantus dubius), Entula (Solanum aethiopicum gilo) et Ejobyo
(Cleome gynandra) comme cultures de rente. Un grand nombre d'autres
légumes traditionnels étaient cultivés pour la
consommation des familles; au moins vingt espèces. Avec les légumes
exotiques, la proportion des terres allouées pour la culture
des légumes traditionnels ayant une valeur marchande a régulièrement
augmenté depuis les années 70, bien que les légumes
exotiques avec leurs prix forts aient toujours reçu une plus
grande proportion des terres allouées.
Ressources
minimales
En dépit
de la vente de leurs légumes exotiques et traditionnels produits
comme cultures de rente sur le marché à Kampala, la plupart
des agriculteurs de la commune ont indiqué qu'ils n'avaient pas
assez d'argent pour acheter des intrants agrochimiques, tels que l'engrais,
les pesticides, les herbicides et les fongicides. La majeure partie
de leurs revenus était dépensée pour l'éducation,
les services de santé, les provisions alimentaires et d'autres
denrées non produites dans la commune. Les quelques agriculteurs
qui pouvaient se permettre d'acheter et d’utiliser les intrants
agrochimiques le faisaient parcimonieusement et principalement pour
les légumes exotiques. Cela avait pour conséquence que
les agriculteurs devaient compter uniquement sur les ressources locales
disponibles pour remplir les mêmes fonctions que les intrants
agrochimiques. Cependant, le fumier qui est souvent utilisé comme
substitut à l'engrais chimique, était rare. L'agitation
politique et les conflits armés qui se sont produits en Ouganda
pendant les trois décennies après l'indépendance
avait décimé les troupeaux de bétail dans cette
commune. Les agriculteurs ont rapporté que bien qu'ils étaient
en train de reconstituer leurs troupeaux, les effectifs étaient
extrêmement petits. Par conséquent, le fumier était
rare et un produit local de substitution beaucoup plus disponible était
nécessaire.
Les agriculteurs ont indiqué qu’en plus de l’utilisation
du fumier, la pratique de la jachère périodique était
une bonne stratégie pour maintenir la qualité du sol et
reconstituer ses éléments nutritifs. Cependant, ils pratiquaient
rarement cette méthode en raison de leurs systèmes de
culture intensive et de la nécessité de maximiser l'exploitation
de leurs petits lopins de terre (habituellement entre un et deux hectares).
Après avoir cultivé des légumes exotiques durant
les années 70, un certain nombre d’agriculteurs avaient
cherché les moyens d’améliorer le sol sans recourir
à la jachère. Durant les enquêtes sur le terrain
dans cette commune, les agriculteurs locaux ont indiqué que la
culture des légumes traditionnels était bénéfique
pour les sols.
Innovations
dans l'amélioration des sols
Par un processus
d'expérimentation, les agriculteurs ont constaté qu'en
enfouissant à nouveau la matière organique des plantes
dans le sol après la récolte, ils amélioraient
la teneur nutritive du sol, ce qui est démontré par le
fait que les légumes plantés sur un sol dans lequel la
matière organique avait été enfouie donnaient un
meilleur rendement que les mêmes légumes plantés
sur un sol dans lequel aucune matière organique n'avait été
enfouie. Après plus d'expérimentation, les agriculteurs
ont conclu que lorsque la matière organique des récoltes
de légumes traditionnels était enfouie dans le sol, le
rendement suivant était meilleur que lorsque la matière
organique des récoltes des légumes exotiques ou d'autres
récoltes était enfouie dans le sol. Cependant, les agriculteurs
s’étaient rendus compte que certaines pratiques de récolte
(notamment le déracinement de toute la plante, par opposition
à la cueillette des fruits et des feuilles) réduisaient
la quantité de matière organique disponible et par conséquent,
il leur fallait trouver une solution de rechange pour certaines des
plantes cultivées.
Les agriculteurs ont en outre précisé qu'ils alternaient
à tour de rôle la culture de divers légumes exotiques
avec la culture des légumes traditionnels parce qu'ils avaient
observé que les premiers poussaient mieux lorsque l’on
procédait ainsi. L'expérimentation de la rotation des
cultures a conduit les agriculteurs à croire que cette activité
était bénéfique pour le sol et améliorait
les rendements des cultures pratiquées de cette manière,
comparé aux situations où il n’y a pas de rotation
des cultures. Plus d'expérimentation a conduit les agriculteurs
à conclure qu’en pratiquant la rotation des légumes
exotiques avec certains légumes traditionnels spécifiques,
le résultat était que les légumes exotiques poussaient
mieux et donnaient un meilleur rendement comparé aux situations
où ils étaient plantés sur un sol qui n'avait pas
hébergé auparavant ces légumes traditionnels spécifiques.
Les agriculteurs locaux ont donné l’exemple de la rotation
des haricots verts (Phaseolus vulgarus), de l'Ebugga (Amarantus dubius),
et des tomates (Lycopersicum lycopersicon) dans cet ordre parce que
l'Ebugga semblait ajouter des propriétés bénéfiques
au sol qui faisaient mieux pousser les deux autres cultures. Les agriculteurs
pensaient que l’Ebugga neutralisait le sol lorsqu’il était
planté après les haricots verts, préparant de ce
fait le sol pour les tomates. Ils ont précisé que certains
légumes exotiques et traditionnels extrayaient des éléments
nutritifs du sol, qui sont essentiels pour la poursuite d’une
croissance optimale de ces cultures. La rotation des légumes
traditionnels spécifiques et des légumes exotiques semblait
remplacer les éléments nutritifs perdus, avec pour résultat
de bons rendements comparé aux situations où un tel système
de rotation n'était pas pratiqué. Dans certains cas, les
légumes exotiques et les légumes traditionnels facilitent
le développement mutuel et la croissance optimale de chacun.
Partage
des innovations
Les agriculteurs
des communes de l’étude ont indiqué qu'ils n'avaient
aucun réseau formel ou association d’agriculteurs et donc
aucun moyen formel de partager l'information agricole. Cependant, ils
ont reconnu que l'information agricole, y compris les innovations telles
que celles décrites ci-dessus, étaient partagées
de manière informelle. Généralement, un agriculteur
partagera l'information avec un voisin, les membres de sa famille ou
ses amis qui à leur tour partageront la même information
avec leurs voisins, les membres de leurs familles et leurs amis. La
présence d'un agent d’encadrement agricole dans la commune,
qui convoque de temps en temps des réunions avec les agriculteurs,
leur offrait l’occasion de partager l'information. Quelques agriculteurs
ont indiqué qu'ils partageaient l'information avec des agriculteurs
d'autres communes et districts lorsqu’ils se rencontraient au
marché de Kampala. Les agriculteurs qui ont assisté aux
ateliers organisés pour la présente étude ont indiqué
qu'ils étaient tous conscients des avantages des deux méthodes
d'amélioration de la qualité du sol. Les femmes résidentes
étaient intrinsèquement impliquées dans l'agriculture,
assurant habituellement la plus grosse partie de la main d’œuvre.
Elles ont rapporté qu'elles partageaient souvent l'information
agricole au cours de leurs réunions avec d'autres femmes appartenant
aux mêmes groupes sociaux ou clubs.
Quelques leçons apprises
Quelques leçons
significatives peuvent être tirées des expériences
des agriculteurs pour améliorer la qualité de leurs sols:
- Les légumes
traditionnels constituent une ressource importante pour la promotion
de la sécurité alimentaire et pour le maintien de la
qualité des sols, assurant ainsi que l'agriculture pourra continuer
à contribuer à la sécurité alimentaire;
- Par l'expérimentation
les agriculteurs peuvent identifier les propriétés importantes
des légumes traditionnels et des légumes exotiques qui
rendent la production combinée de ces deux espèces mutuellement
bénéfique, tout en améliorant la qualité
du sol;
- Les intrants
agricoles modernes souvent chers n'empêchent pas les agriculteurs
de cultiver efficacement et de produire des récoltes commercialisables
; au contraire cela les encourage à innover en utilisant les
ressources locales disponibles;
- Les agriculteurs
innovent continuellement pour résoudre les problèmes
qu’ils rencontrent. Dans le cas cité ici les agriculteurs
ont réussi à améliorer le sol en enfouissant
par labourage la matière organique des plantes cultivées
mais lorsque la matière organique est devenue rare ils ont
identifié une méthode alternative, la rotation des cultures,
par l'expérimentation.
- Bien que les
agriculteurs n'avaient aucun réseau formel pour partager leurs
connaissances, les échanges entre amis, voisins et la famille
semblent être une méthode efficace, dans la mesure où
les agriculteurs qui ont assisté aux ateliers ont indiqué
qu’ils en étaient conscients et qu’ils utilisaient
ces échanges et d'autres pratiques.
Futures
étapes
Etant donné
l’objectif premier de cette étude les chercheurs n’ont
pas eu le loisir de travailler avec les agriculteurs sur une longue
période de temps afin de vérifier scientifiquement si
les cultures identifiées ont réellement la capacité
de faire ce que les agriculteurs prétendent qu’elles font.
S’agissant du système de rotation des cultures décrit
plus haut, Amarantus sp. est connu pour avoir certaines allomones vis
à vis d'autres cultures par lesquelles sa présence dans
le sol a un effet direct sur les éléments nutritifs du
sol et ainsi sur les cultures plantées sur le même sol
la saison suivante; selon la culture concernée, ces effets peuvent
être positifs ou négatifs. Amarantus sp est également
connu pour supprimer dans le sol les populations du nématode
de la nodosité des racines (un parasite fréquent chez
les tomates). Il est clair que les agriculteurs ont observé les
effets des différentes plantes les unes sur les autres, mais
ce qui n'est pas clair c’est ce qui se produit réellement
en termes scientifiques – c.à.d. les plantes ont-elles
un effet fertilisant ou pesticide (par un processus de bio-fumigation)?
Étant donné que la plupart de ces légumes traditionnels
sont cultivés dans beaucoup d'autres régions de l'Ouganda
(Rubaihayo et al., 2003) et aussi dans un certain nombre de pays de
l’Afrique sub-saharienne (Chweya et Eyzaguirre, 1999) un tel processus
de vérification est nécessaire de manière à
ce que, si ces découvertes sont avérées justes,
les résultats puissent être reproduits dans ces régions,
si les agriculteurs locaux n'utilisent pas déjà ces techniques.
Les résidents de la commune de l’étude ont précisé
que les services de vulgarisation agricole ne leur sont parvenus qu’au
milieu des années 90 et que les agriculteurs de la commune avaient
développé et continuaient toujours à développer
un certain nombre de stratégies afin d’améliorer
leur culture des légumes traditionnels et exotiques. Ces stratégies
et d'autres innovations développées par les agriculteurs
locaux doivent être identifiées et leur utilité
vérifiée. Les chercheurs pourront alors examiner comment
ils peuvent collaborer avec les agriculteurs pour améliorer ces
innovations locales. Cependant, les innovations locales ne devraient
pas être considérées simplement comme des parties
d’un stock de connaissances pouvant être prélevées
et simplement transférées à un autre endroit ou
à un autre groupe d’agriculteurs. L'étude dans son
ensemble plus élargi a montré que l'utilisation de nombreux
légumes et la manière de les cultiver étaient entourées
de différents rituels et tabous sociaux. L'ignorance de ces éléments
pourrait rendre les innovations impraticables lorsqu’elles sont
échangées ou " améliorées " par
des agents exogènes.
Références:
Chweya, J.A. and
Eyzaguirre, P.B. (Eds.) 1999. The biodiversity of traditional leafy
vegetables. Rome: International Plant Genetic Resources Institute.
Rubaihayo, E.B. 2002. The Contribution of Indigenous Vegetables to Household
Food Security. IK Notes 44, May 2002. Retrieved November 26, 2004 from
the World Wide Web:
http://www.worldbank.org/afr/ik/index.htm
Rubaihayo, E.B., Hart, T.G.B., Kakonge, E., Kaaya, A., Kawongolo, J.,
Kabeere, F., Mugisha, J., Tumwiine, J. and Rubaihayo, P. 2003. Development
of Mechanisms for sustainable production and utilisation of Indigenous
Vegetables and management of their genetic diversity in Uganda. Unpublished
report sent to the McKnight Foundation, Washington, USA.
Cet article a été écrit par Tim Hart, Directeur
de Recherche principal au " Human Sciences Research Council ",
Private Bag X41, Pretoria 0001, South Africa (thart@hsrc.ac.za). Il
est extrait d'un rapport non publié par Hart, T, Abaijuka, I,
Kawongolo, J, Rubaihayo, E, Kakonge, E & Mugisha, J (2002) "
The Identification and Recording of Indigenous Knowledge using Rapid
Rural Appraisal Techniques: The cultivation and utilisation of Indigenous
vegetables in the Mpigi District, Uganda." L'auteur exprime sa
gratitude pour les contributions des chercheurs ougandais de la National
Agricultural Research Organisation et de l’Université de
Makerere, Kampala.