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Notes CA fournit
des rapports périodiques sur les Initiatives en matière
de développement des Savoirs Locaux (IK) en Afrique Sub-Saharienne
et occasionnellement sur des initiatives similaires en dehors de la
Région. Il est publié par le Africa Region’s Knowledge
and Learning Center dans le cadre d’un partenariat évolutif
entre la Banque mondiale, les communautés, les ONG, les institutions
de développement et les organisations multilatérales.
Les opinions exprimées dans le présent article sont celles
des auteurs et ne devraient en aucun cas être attribuées
au Groupe de la Banque mondiale ou ses partenaires dans cette initiative.
Une page web sur les IK est disponible à l’adresse www.worldbank.org/afr/ik/
Encourager
l'Innovation Locale:
Renforcer la dynamique des IK et leurs liens avec les connaissances
scientifiques
L’innovation
locale se rapporte à la dynamique des IK – c.à.d.
aux connaissances qui se développent au sein d’un groupe
social, constituées des savoirs accumulés de l’expérience
pratique pendant des générations mais aussi des connaissances
acquises d'autres sources et entièrement intériorisées
dans les manières locales de penser et de faire les choses.
L'innovation locale est le processus par lequel les individus ou les
groupes découvrent ou développent de nouvelles et meilleures
manières de gérer leurs ressources – ajoutant
ainsi à, et faisant toujours reculer les limites de, leurs
IKs.
L'innovation locale par l'expérimentation informelle a toujours
eu lieu, mais ce n’est que tout récemment que l'attention
a été accordée à l’identification
et à la documentation des innovations et des processus d'innovation.
Mais documenter l'innovation locale n'est pas suffisante. Dans le
développement rural, le défi est d’aller au-delà
des innovations existantes que les agriculteurs1 ont développées,
en utilisant leurs IK et leur créativité, et approfondir
ces idées par l'expérimentation commune, en y intégrant
les informations et les idées pertinentes reçues d'ailleurs.
1
Le mot " agriculteurs " est utilisé ici comme un
terme collectif désignant toutes les personnes qui produisent
et/ou tirent des ressources des plantes, des animaux et des organismes
aquatiques. Il inclut les paysans / les agriculteurs en famille, les
pasteurs, les habitants des forêts et les pêcheurs artisanaux,
entre autres.
Pourquoi est-il important de reconnaître l'innovation
locale?
Dans
le passé, les efforts de développement rural ont été
habituellement centrés sur les interventions techniques basées
sur l'utilisation de ressources extérieures.
Ces efforts n’ont généralement pas réussi
à améliorer les systèmes d’exploitation
agricole et la vie des pauvres. La plupart des technologies introduites
étaient inappropriées pour l’agriculture pluviale
dans des conditions peu favorables telles que les zones sèches
ou montagneuses. Dans de tels environnements, les principaux ingrédients
pour une gestion rationnelle des ressources ne sont pas les contributions
externes mais plutôt les connaissances et les capacités
de gestion des agriculteurs et leur manipulation habile des ressources
localement disponibles. La plupart des efforts de développement
rural n'ont pas mobilisé et n'ont pas accru ces " ressources
internes ". L'approche dominante à la recherche et à
l’encadrement agricole suit toujours le modèle "
transfert de technologie ", basé sur l'hypothèse
que la connaissance est créée par les scientifiques,
pour être empaquetée et diffusée par la vulgarisation
et être adoptée par les agriculteurs. Cette approche
rejette et étouffe souvent les initiatives locales. Quelques
approches alternatives à la
IK
Notes fournit des rapports périodiques sur les Initiatives
en matière de développement des Savoirs Locaux (IK)
en Afrique Sub-Saharienne et occasionnellement sur des initiatives
similaires en dehors de la Région. Il est publié par
le Africa Region’s Knowledge and Learning Center dans le cadre
d’un partenariat évolutif entre la Banque mondiale, les
communautés, les ONG, les institutions de développement
et les organisations multilatérales. Les opinions exprimées
dans le présent article sont celles des auteurs et ne devraient
en aucun cas être attribuées au Groupe de la Banque mondiale
ou ses partenaires dans cette initiative. Une page web sur les IK
est disponible à l’adresse :www.worldbank.org/afr/ik/
recherche
et développement agricole (R&D) ont capitalisé les
connaissances, la créativité et les capacités
de gestion des populations locales, et ont lié les IK et les
connaissances externes dans l'exploration et l'expérimentation
conjointes (par exemple Gupta 2000, Reij et Waters-Bayer 2001). Ils
commencent par identifier ce que les agriculteurs font déjà
dans leurs propres efforts de développement et d'expérimentation,
et favorisent leur apprentissage par l'action et soutiennent les agences
d’appui à développer davantage les innovations
locales et les techniques complémentaires.
L'identification des innovations locales est une première étape
vers le changement dans la manière dont les travailleurs du
développement voient les agriculteurs et interagissent avec
eux. Ils commencent alors à voir les agriculteurs comme des
partenaires ayant quelque chose à offrir, et pas seulement
à recevoir. Une approche positive qui part des (mais n'est
pas limitée aux) idées locales, qui se concentre sur
les forces des populations locales et explore les opportunités
particulières qui leur sont offertes, plutôt que de s’appesantir
sur leurs faiblesses et leurs problèmes, est essentielle pour
stimuler les processus d'innovation locale.
Le but de l'identification des innovations locales n'est pas d’abord
de les diffuser par des campagnes de vulgarisation sur le modèle
transfert de technologie – en sélectionnant ce qui semble
être les technologies les " meilleures ", les plus
largement applicables. Une telle approche n’est pas appropriée
aux environnements très diversifiés dans lesquels beaucoup
de petits exploitants agricoles vivent. Une innovation locale est
développée pour s’adapter à un environnement
biophysique et socio-économique particulier et habituellement
ne peut pas être transférée " telle quel
" à d'autres environnements. Cependant, la documentation
et le partage des innovations locales peuvent donner des idées
et de l'inspiration à d'autres pour essayer d’adapter
ces nouvelles idées à leur propre environnement.
Points
d'entrée pour un développement participatif des innovations
locales
Les innovations
locales offrent des points d'entrée pour relier les IK aux
connaissances scientifiques par le développement participatif
communautaire des innovations (PID). Ce terme est plus complet que
celui de développement participatif des technologies (PTD),
une approche que les ONG ont longtemps encouragée. Fondamentalement,
les activités impliquées dans le PTD sont les suivantes:
-
démarrage du processus (faire connaissance les uns avec les
autres);
-
analyse
commune de la situation – les problèmes et les opportunités;
-
recherche
des approches pour essayer d'améliorer la situation locale;
-
mise
à l’essai de ces approches par l'expérimentation
participative communautaire;
-
analyse
commune et partage des résultats; et
-
renforcement
du processus, souvent par l’amélioration de l'organisation
locale et l’établissement de liens avec d'autres acteurs
de R&D, de manière à ce que le processus du PTD
se poursuive.
Du fait que l'innovation en agriculture et en NRM va bien au-delà
des technologies " dures " aux innovations " douces
" telles que de nouvelles manières d'accéder aux,
ou de réglementer l'utilisation des, ressources naturelles,
ou de nouvelles manières d'organiser les agriculteurs (par
exemple pour la commercialisation de leurs produits), le terme développement
participatif des innovations (PID) est de plus en plus utilisé
au lieu du PTD afin d’embrasser cette compréhension plus
large de l'approche.
L'approche d’innovation locale au PID commence par un examen
de ce que les agriculteurs essayent déjà, par leurs
propres efforts, de faire pour résoudre les problèmes
ou saisir les opportunités qu'ils ont déjà identifiés.
L'analyse commune de la situation par les membres et non membres de
la communauté est basée sur ces exemples concrets. Les
innovations locales deviennent des points de rencontre où les
différents groupes de la communauté peuvent examiner
les opportunités, planifier des expériences conjointes
en vue d’approfondir les idées et évaluer ensemble
les résultats. Ce processus, autour d’activités
communes concrètes, aide à renforcer l'organisation
de la communauté pour le développement.
Pour les chercheurs, comme pour les agents du développement,
apprendre à reconnaître les innovations locales et les
expérimentations informelles par les agriculteurs est une étape
importante vers un engagement dans une R&D véritablement
participative. Elle lance la collaboration sur une base totalement
différente de celle des approches qui commencent par introduire
des technologies exogènes pour que les agriculteurs les expérimentent.
Dès le départ, les connaissances et la créativité
des populations locales sont considérées et appréciées.
Les agriculteurs sont reconnus comme des partenaires dans la R&D.
Aussi utile que puisse être le PID dans la recherche agricole,
il est avant tout une approche au développement. La majeure
partie du PID qui se fait aujourd'hui est faite par des agriculteurs
et des agents du développement sans la participation des chercheurs
formels. Cela devrait être encouragé, dans la mesure
où il n’est pas possible pour les chercheurs formels
de collaborer avec les millions d’agriculteurs travaillant dans
les régions éloignées, marginales et très
diversifiées du monde entier. Dans de telles régions,
l'expérimentation locale est nécessaire pour voir si
de nouvelles idées – qu’elles viennent d'autres
agriculteurs ou de la recherche formelle – peuvent être
adaptées à l'environnement local. Par ailleurs, dans
la mesure où les conditions changent constamment, toutes les
communautés d'agriculteurs doivent pouvoir s'adapter à
ces changements. Par conséquent, l'innovation par les agriculteurs
doit être un processus perpétuel. Le PID renforce ce
processus.
Le
rôle des ONG dans la promotion du PID
Beaucoup
d’ONG soutenant le développement ont, pendant longtemps,
reconnu le potentiel qu’il y a à s’appuyer sur
les IK et l’innovation locale, en combinant ces innovations
avec les connaissances exogènes appropriées, de manière
à ce que les agriculteurs puissent améliorer leurs moyens
d’existence d'une manière durable. Elles se rendent compte
que, pour pouvoir intégrer les IK aux systèmes de connaissances
scientifiques, les agriculteurs et les ONG engagés dans le
PID sur le terrain doivent travailler plus étroitement avec
les agences gouvernementales de recherche, de vulgarisation et de
formation agricoles.
Les ONG soutenant le développement sont bien placées
pour réunir différents groupes de parties prenantes
dans le PID. Elles ont habituellement établi de bonnes relations
de travail avec les individus et les groupes d’agriculteurs,
et renforcent activement les organisations d’agriculteurs. Il
n'est pas toujours aussi facile d'établir de bonnes relations
avec les agences gouvernementales, qui considèrent souvent
les ONG avec une certaine réserve. Par contre, en raison de
la diminution des fonds et des pressions croissantes pour la décentralisation
et la gouvernance locale, beaucoup d'institutions agricoles de R&D
cherchent maintenant à s'associer avec les ONG pour pouvoir
mener à bien leurs travaux.
Les ONG qui pratiquent et militent en faveur du PID ont saisi cette
occasion pour entrer dans les arènes nationales et internationales
de la R&D agricole et essayer de faciliter la création
de partenariats équilibrés entre les agriculteurs, les
agents du développement, les scientifiques, les formateurs
et d'autres acteurs de la R&D – en commençant par
la reconnaissance des savoirs et de la créativité des
agriculteurs. Ces ONG encouragent les processus de développement
local dans lesquels les agriculteurs prennent la tête. Tout
en renforçant les capacités des groupes de parties prenantes
les plus faibles – particulièrement les femmes et les
agriculteurs les plus pauvres – et en les dotant progressivement
des moyens de devenir des partenaires égaux des chercheurs
et des agents formels du développement, les ONG veillent à
ce que les activités de R&D se concentrent sur les préoccupations
des groupes les plus faibles. Les exemples de PID sur le terrain fournissent
également la base pour le dialogue de politique visant à
créer plus d'espace au sein des institutions et dans les politiques
du gouvernement pour cette approche.
Beaucoup d'ONG accordent maintenant une haute priorité à
l’établissement de liens plus étroits avec les
agences gouvernementales de manière à stimuler les changements
d'attitude et de comportement nécessaires pour promouvoir l'innovation
locale, pour capitaliser les synergies potentielles et pour étendre
les approches participatives à la R&D. Ceci est un changement
fondamental dans la façon de travailler de beaucoup d'ONG d’appui
au développement. Dans le passé, elles avaient tendance
à travailler parallèlement aux agences gouvernementales
et séparées de celles-ci. Maintenant, elles ont reconnu
la nécessité d’opérer des changements institutionnels
et de politique de manière à ce que le PID soit intégré
aux travail régulier des agences gouvernementales. Certaines
de ces ONG ont donc pris l'initiative de créer le PROLINNOVA,
une plate-forme mondiale pour la promotion de l'innovation locale
dans la gestion écologiquement saine de l'agriculture et des
ressources naturelles (NRM).
L'initiative du PROLINNOVA
Il y a quatre
ans, lorsque les ONG du nord et du sud se préparaient pour
le Forum mondial sur la Recherche Agricole à Dresde, en Allemagne,
elles ont conçu l'idée du PROLINNOVA pour former des
partenariats multi-parties prenantes pour la R&D agro-écologique.
Depuis lors, l'initiative s'est développée d'une manière
décentralisée. Des ONG d’Ethiopie, du Ghana et
d'Ouganda (Agri-Service Ethiopia, Ecumenical Association for Sustainable
Agriculture and Rural Development, and Environmental Alert, respectivement)
ont facilité la création de partenariats de R&D
pour la promotion de l'innovation locale dans chacun de ces pays.
L’appui pour leur travail a été fourni par le
Fonds International pour le Développement Agricole (FIDA),
qui soutient un processus semblable au Niger.
Dans chaque pays, les ONG locales ont réuni les agences gouvernementales
et non gouvernementales impliquées dans la recherche agricole
et sur le NRM, le développement et l'éducation. Des
groupes de pilotage multi-parties prenantes ont recueilli les expériences
locales de reconnaissance d'innovations et d'expérimentations
informelles par les agriculteurs et de mise en pratique du PID. Les
groupes ont convoqué des ateliers pour analyser les expériences
dans chaque pays et ont élaboré des plans d’action
nationaux pour améliorer et étendre les approches participatives
à la R&D. Des ONG dans plusieurs autres pays – Cambodge,
Népal, Afrique du Sud, Soudan et Tanzanie – ont récemment
élaboré des propositions pour faciliter la conception
participative de programmes PROLINNOVA d'une manière semblable.
Ensemble, ils ont réussi à obtenir l'appui de la Direction
Générale Néerlandaise pour la Coopération
Internationale (DGIS) pour mettre en oeuvre leurs plans. Les plans
des pays diffèrent, selon les forces et les faiblesses identifiées
pour engager la dynamique des IK dans le PID et pour étendre
l'approche. Cependant, ces plans ont quelques éléments
en commun:
-
faire un inventaire des initiatives de promotion de l'innovation
locale et des organisations impliquées;
-
renforcer
les capacités à identifier et à documenter
les innovations locales et les processus d'innovation et à
s'engager dans le PID;
-
mettre
en application le PID sur le terrain
-
monitoring et évaluation participatifs des activités
conjointes, des résultats et des impacts;
-
faciliter
des plate-formes multi-parties prenantes pour apprendre par l'analyse
conjointe des expériences sur le terrain; et
-
sensibiliser
et s'engager dans un dialogue de politique pour créer les
environnements favorables pour cette approche.
En
collaboration avec les réseaux et les bases de données
électroniques existants servant des groupes ayant des intérêts
semblables, y compris le programme " IK pour le développement
" de la Banque mondiale, le PROLINNOVA est en train de créer
des plate-formes de discussion des concepts et des expériences
en vue de promouvoir l'innovation locale. Pour surmonter l’obstacle
de la fracture numérique, des brochures imprimées, des
affiches, des livres et des circulaires sont diffusés, et des
liens avec d'autres médias tels que la radio, sont établis.
Une nouvelle approche passionnante en train d’être explorée
est l'utilisation de la vidéo participative afin de donner
aux innovateurs locaux l’occasion de documenter leurs innovations
dans leur propre perspective, de partager leurs idées avec
d'autres communautés et d'influencer les décideurs en
matière de politique.
Les programmes nationaux fonctionnent de façon autonome mais
recherchent l'inspiration et la force les uns des autres. Ils sont
soutenus par une équipe internationale composée de quatre
organisations: l'Institut International pour la Reconstruction Rurale,
ETC Ecoculture, le Centre pour la Coopération Internationale
(Université Libre d'Amsterdam) et le Centre Suisse pour la
Vulgarisation Agricole (LBL). Leurs rôles comprennent la coordination
internationale, le renforcement des capacités, l’appui
méthodologique, le plaidoyer, la gestion des connaissances
disponibles sur le web, la documentation, l’édition et
la publication et encourager l'apprentissage réciproque par
l'analyse des expériences. Le PROLINNOVA reste ouvert pour
une extension au-delà des neuf pays actuellement participants
– pour renforcer d’autres initiatives semblables en vue
de promouvoir l'innovation locale et pour intégrer cette approche
dans la recherche, la vulgarisation et la formation agricole et en
gestion des ressources naturelles.
Références:
Gupta
AK. 2000. Grassroots innovations for survival. ILEIA Newsletter
16 (2): 5–6.
Reij C &
Waters-Bayer A (eds). 2001. Farmer innovation in Africa: a source
of inspiration for agricultural development. London: Earthscan.
Cet
article a été écrit par Ann Waters-Bayer et Laurens
van Veldhuizen en consultation avec des membres de l'Equipe Internationale
d’Appui au PROLINNOVA : l'Institut International pour la Reconstruction
Rurale (IIRR) aux Philippines, le Centre Suisse pour la Vulgarisation
Agricole (LBL), le Centre pour la Coopération Internationale
de l'Université Libre d'Amsterdam et ETC Ecoculture en Hollande.
Pour plus d'information sur le PROLINNOVA consulter le site web: www.prolinnova.net
ou contacter : ann.waters-bayer@etcnl.nl
ou prolinnova@etcnl.nl
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