K
Notes fournit des rapports périodiques sur les Initiatives en matière
de développement des Savoirs Locaux (IK) en Afrique Sub-Saharienne
et occasionnellement sur des initiatives similaires en dehors de la Région.
Il est publié par le Africa Region’s Knowledge and Learning
Center dans le cadre d’un partenariat évolutif entre la Banque
mondiale, les communautés, les ONG, les institutions de développement
et les organisations multilatérales. Les opinions exprimées dans le présent article sont celles des auteurs et ne devraient en aucun cas être attribuées au Groupe de la Banque mondiale ou ses partenaires dans cette initiative. Une page web sur les IK est disponible à l’adresse : / / www.worldbank.org/afr / ik/default.htm
Création
de partenariats multi-parties prenantes pour promouvoir
l’expérimentation
et l’innovation chez les agriculteurs au Ghana
Au milieu des années
90, diverses organisations s’occupant de développement
agricole au nord du Ghana ont cherché comment promouvoir la recherche
conjointe, la vulgarisation, le plaidoyer et l'apprentissage avec les
agriculteurs comme partenaires égaux. Ces organisations étaient
désenchantées de l’approche conventionnelle de "
modernisation de l’agriculture " et de " transfert de
technologie " que toutes avaient essayé de mettre en pratique
mais avec peu de succès. Elles avaient reconnu la nécessité
de s’appuyer sur les savoirs locaux (IK) et les initiatives des
petits agriculteurs pour développer des technologies LEISA (
Low-External-Input and Sustainable Agriculture) (Agriculture durable
à faibles intrants externes) et renforcer les capacités
des agriculteurs à travailler avec la recherche et le développement
(R&D) formels. Les organisations qui ont constitué le Groupe
de Travail LEISA du nord Ghana (Northern Ghana LEISA Working Group -
NGLW G) en 1995 étaient le Association of Church Development
Projects (ACDEP), le service de vulgarisation du Ministère de
l’Agriculture et de l’Alimentation (MoFA), le Savanna Agricultural
Research Institute (SARI), le Animal Research Institute (ARI) et le
University for Development Studies (UDS) de Tamale.
L’ACDEP — l'organisation qui a facilité ce nouvel
arrangement institutionnel
— avait été créée en 1977 comme réseau
de projets d’églises cherchant à promouvoir le développement
participatif de technologies (Participatory Technology Development –
PTD) par un processus d’expérimentations menées
par des agriculteurs en collaboration avec d'autres parties prenantes
en matière de R&D agricole.
Le NGLWG a continué à exister pendant près de dix
ans et est maintenant un partenaire du programme PROLINNOVA (Promoting
Local Innovation) du Ghana. C'est un des programmes nationaux du programme
international de partenariat PROLINNOVA lancé par des organisations
non-gouvernementales (ONG) pour diffuser les approches de R&D qui
stimulent l’innovation locale dans une agriculture et une gestion
des ressources naturelles écologiquement orientées. Le
NGLWG est responsable des activités du PROLINNOVA au nord du
Ghana
Afin d'apprendre
par l'expérience et d’intégrer les leçons
apprises dans le processus de création des partenariats en vue
de promouvoir l'innovation locale, le NGLWG a entrepris une analyse
critique de ses propres expériences en matière de création,
de facilitation et de gestion d’un partenariat multi-parties prenantes.
Création
du partenariat
Le NGLWG a été
créé dans le cadre d'un projet d’action-recherche
en collaboration avec le Centre d'Information sur l’Agriculture
durable à faibles intrants externes (ILEIA). Initialement, l’ILEIA
était le maître d’œuvre légal du projet,
ainsi qu’un partenaire dans la recherche, le plaidoyer et le processus
d'apprentissage.
Plusieurs facteurs ont favorisé la création du NGLWG.
Les initiateurs de la collaboration, l'ILEIA et l’ACDEP étaient
liés par une préoccupation commune concernant l'agriculture
durable, l'environnement et les moyens d’existence des petits
agriculteurs sans ressources produisant essentiellement pour la subsistance.
Les partenaires locaux (ACDEP, MoFA, SARI, ARI et UDS) estimaient que
leurs propres objectifs ne pouvaient être atteints qu’en
se concentrant sur l’objectif commun de l’accroissement
de la productivité des petites exploitations agricoles. La collaboration
fut officiellement encouragée face à la diminution des
financements du gouvernement pour la R&D agricole. Dans le cadre
de la politique de rationalisation des financements du gouvernement,
bien que les budgets de fonctionnement de nombreuses institutions avaient
été coupés de manière drastique, celles-ci
étaient supposées continuer à exécuter leurs
programmes de terrain. La collaboration avec d'autres institutions a
permis une meilleure utilisation des ressources et de l'expertise existantes.
Le NGLWG s’engagea dans un processus de création de réseaux
pour développer une vision commune et des objectifs spécifiques
pour le groupe, pour gagner l'engagement des membres, négocier
les différents intérêts ( ceux des individus, des
institutions et des groupes) et développer sa propre culture,
ses propres normes, principes et procédures de fonctionnement.
Les membres venaient non seulement de différentes institutions
mais également de différentes disciplines. Certains étaient
plus orientés vers la recherche, d'autres davantage vers le développement
pratique sur le terrain. On examinait les différentes opinions
avant de prendre les décisions à la majorité. Les
accords étaient principalement verbaux, entre les individus plutôt
que leurs institutions. Le processus de s’accorder sur quoi faire
et comment le faire rapprochait encore plus les parties prenantes.
Les stations de l’ACDEP sur le terrain qui ont facilité
l’expérimentation menée par les agriculteurs avaient
déjà existé pendant un certain temps et avaient
noué de bonnes relations avec les populations locales. Les agriculteurs
expérimentateurs et leurs communautés, y compris les chefs,
étaient très enthousiastes pour la collaboration. Le fait
que les priorités des agriculteurs étaient prises comme
point de départ pour le PTD assurait leur intérêt
et leur coopération.
Plusieurs politiques nationales avaient créé une situation
dans laquelle les agriculteurs recherchaient les méthodes LEISA
de production pour leur propre survie et pour le marché. Par
exemple, la suppression des subventions sur les intrants agricoles avait
fait monter le prix des engrais et des médicaments vétérinaires
au delà de la portée des petits exploitants agricoles.
Cela a encouragé l’expérimentation de substituts
basés sur les IK, tels que les traitements ethno-vétérinaires
et l’utilisation des fumures animales pour accroître la
fertilité du sol.
Le monitoring – évaluation (M&E) a également
joué un rôle important dans la création du partenariat
grâce aux processus d’apprentissage réciproque. Le
M&E a lieu à différents niveaux:
1. Rapports
fournis aux organisations donatrices. Ceux-ci comprennent les
rapports sur les ateliers de formation organisés par le NGLWG
et sur les travaux entrepris sur le terrain.
2. Journées portes ouvertes pour les communautés.
Les agriculteurs choisis par leurs communautés pour expérimenter
en leurs noms font un rapport à la communauté. Pendant
ces journées portes ouvertes, les membres de la communauté
et d'autres groupes intéressés, y compris le NGLWG,
visitent les fermes des agriculteurs expérimentateurs et discutent
des progrès réalisés.
3. Ateliers communautaires. Après la fin d’une
expérience, les communautés se réunissent en
un atelier, animé par le NGLWG, pour discuter des avantages
ou autres aspects d'une pratique donnée.
4. Réunions du NGLWG. Les questions de processus et
les résultats sont soumis à une revue par les pairs.
Facilitation
du développement du partenariat
Initialement, c’est
l’ACDEP qui a facilité le partenariat NGLWG. En l’espace
d’un an, d'autres membres du réseau commencèrent
à assumer également des rôles de facilitation. L’ILEIA
acquit bientôt l'autorité et la responsabilité du
réseau vis à vis des partenaires ghanéens. Le NGLWG
vit cela comme un signe de véritable partenariat avec une responsabilité
collective pour le succès ou l'échec du projet. Cela montrait
la confiance de l’ILEI A dans les partenaires locaux, qui se sentirent
alors mis au défi de se montrer à la hauteur de ce qu’on
attendait d’eux.
Les nouveaux membres
potentiels du réseau sont invités à participer
aux ateliers annuels de formation organisés par le NGLW G. Ceux
dont l'intérêt est stimulé par ces rencontres gardent
contact avec le groupe et éventuellement deviennent membres.
L'adhésion n'exige pas de paiement en espèces mais plutôt
un investissement en temps et la disposition à prendre part aux
activités du NGLWG. Les membres perçoivent le principal
avantage comme étant le fait de s’associer à des
professionnels de différentes disciplines; cela encourage à
continuer le partenariat.
Les conflits ne sont pas occultés et les divergences sont discutées
au grand jour. Durant la constitution du réseau, la négociation
en coulisses a été utilisée comme outil de résolution
des conflits. D’expérience, les membres du NGLWG connaissaient
bien les dangers potentiels auxquels un réseau est exposé
s’il dépend totalement de l'appui extérieur. Ils
ont donc décidé de rester ensemble avec ou sans les influences
extérieures. Avec le temps, les membres du NGLWG ont développé
des liens très forts de confiance et de respect mutuel. Tous
les points de vue sont considérés importants. Il est entendu
que chaque membre doit écouter les autres. Cela crée un
environnement qui conduit les membres à exprimer leur accord
ou leur désaccord avec la ligne générale de pensée
du groupe. En conséquence, les membres en sont venus à
accepter et à agir selon les décisions du groupe après
de sérieuses, et parfois longues, discussions.
Organisation
et gestion du partenariat
Structure
Le NGLWG a emprunté le système de gestion de l’ACDEPselon
lequel ce sont les membres qui détiennent l'autorité.
Ainsi, une structure de coordination horizontale selon des principes
de gestion collective fut mise en place. Des comités mandatés
par les membres exécutent les diverses fonctions du réseau.
Le NGLWG forme un Comité de Coordination pour la Recherche (RCC)
pour chaque activité de PTD. La composition du RCC dépend
de l'expertise requise pour appuyer techniquement le travail ainsi que
de la disponibilité d'un membre à s’impliquer dans
le travail à ce moment de l’année. Le RCC fonctionne
comme un groupe d’animation qui rend fréquemment visite
aux agriculteurs qui sont engagés dans des expériences
de PTD.
Communication
Le Secrétariat de l’ACDEP sert en même temps de Secrétariat
au NGLWG. Les invitations aux réunions se font par lettre officielle
et également par téléphone, si possible. La plupart
des membres du NGLWG travaillent dans des zones rurales où l'accès
à l'Internet est difficile. Le E-mail n'est pas une forme courante
de communication au sein du groupe. Les membres se rencontrent face
à face plusieurs fois dans l’année lors des réunions
du NGLWG, des réunions de gestion du réseau et des ateliers
de formation, et durant l’exécution des travaux sur le
terrain en appui aux expérimentations des agriculteurs.
Culture de
travail
Le NGLWG n'a pas de règles écrites ou de sanctions mais
avec le temps, a développé une culture de travail que
les nouveaux membres finissent par adopter. Par exemple, le groupe attache
un très grand sérieux à son travail tout en maintenant
son caractère informel. Les symboles de formalité tels
que les titres (Dr., Mr., Madame, etc,..) ne sont jamais utilisés
lors des réunions du NGLWG. Tous les membres sont traités
comme des égaux.
Gestion financière
Après la fin du projet d'action-recherche avec l’ILEIA,
le Secrétariat de l'ACDEP continua à mobiliser des financements
extérieurs pour poursuivre les activités, y compris le
soutien au fonctionnement du NGLWG. Des fonds furent alloués
pour soutenir les activités appuyées par les stations
de l’ACDEP. Le NGLWG est une source de personnes ressources qui
fournissent un appui technique aux stations selon leurs besoins.
La transparence est une des conditions premières requises pour
instaurer la confiance et le respect mutuels dans un réseau.
Au sein du NGLWG, peu de choses – s’il y en a –sont
tenues secrètes. Tous les membres ont accès aux documents
et aux budgets de formulation des projets. Ce qui peut ou ne peut pas
être fait dans le cadre de chaque projet est ouvertement discuté.
Le NGLWG
et le PROLINNOV A
Lorsque l’ACDEP
reçut l'information sur le PROLINNOVA, le NGLWG montra immédiatement
son intérêt pour le projet soutenu par le Fonds International
pour le Développement Agricole (FIDA) en vue de concevoir un
programme national PROLINNOVA. Afin d’opérer plus facilement
la liaison avec les entités nationales concernées, y compris
le programme d’amélioration de la culture des tubercules
(Root and Tuber Improvement Programme – RTIP) financé par
le FIDA, il était nécessaire d’impliquer un réseau
du nord Ghana. C’est ainsi que l’ ECASARD (Ecumenical Association
for Sustainable Agricultural and Rural Development)(Association œcuménique
pour le développement agricole et rural durable) fit son entrée
dans le projet.
L’ACDEP (au
nord Ghana) et l’ECASARD (au sud Ghana) se mirent d’accord
pour travailler ensemble, et demandèrent au Ghana Organic Agricultural
Network (GOAN) de coordonner le travail du PROLINNOVA dans la zone intermédiaire
du pays. La reconnaissance des IK et de l'innovation locale forme l'intérêt
commun qui lie les membres du NGLWG, de l’ECASARD et du GOAN.
Avec l'entrée en scène du GOAN, tout était maintenant
prêt pour la création d’un nouveau type de partenariat
entre les différents réseaux et les différentes
zones du Ghana. Dans chaque zone, les principales parties-prenantes
dans la R&D agricole sont regroupées dans un Groupe de Travail
de Zone (Zonal Working Group). Après une série de consultations,
il fut décidé que l’ECASARD, le GOAN et le NGLWG
agiraient comme points de contact pour les parties-prenantes de la R&D
dans leurs zones respectives, avec l’ECASARD jouant le rôle
de coordonnateur général au sein de PRLINNOVA –Ghana.
Durant la phase de lancement de PROLINNOVA – Ghana en 2003, des
ateliers furent organisés dans les zones sud, intermédiaire
et nord. Ces ateliers alimentèrent un atelier national où
les participants de chaque zone présentèrent les résultats
de leurs ateliers de zone et élaborèrent des plans de
travail pour les années à venir.
Les membres des Groupes de Travail de Zone sont responsables de la mise
en œuvre des activités PROLINNOVA dans leurs zones respectives.
Au niveau national, un Coordonnateur National fut choisi au sein de
la communauté des ONG. Les membres du Comité National
de Coordination représentent les principales institutions gouvernementales
et non gouvernementales impliquées dans la R&D agricole au
Ghana. Ce Comité agit comme un Conseil d'Administration en aidant
et en conseillant le Coordonnateur National et en assurant la transparence
dans l’exécution du programme.
Un système de suivi est en cours d’installation pour s'assurer
que les activités PROLINNOVA sont correctement exécutées
et pour servir de moyen d’échange de l’information
et d’apprentissage sur toute l’étendue du territoire.
La facilitation
du développement de ce nouveau partenariat au niveau national
a rencontré un certain nombre de problèmes. La communication
entre les différents partenaires s'est avérée difficile,
du fait que les situations diffèrent selon les zones et les institutions.
Le NGLWG est le plus ancien et le plus stable des trois réseaux.
Les deux autres apprennent de son expérience. A l'atelier national,
les problèmes rencontrés jusque là ont été
ouvertement discutés. Par exemple, l’incapacité
à attirer la communauté des chercheurs dans le sud a été
longuement discuté. Des suggestions ont été faites
sur les moyens d’améliorer la situation, par exemple par
le ciblage stratégique de partenaires potentiels dans la recherche,
comme le NGLWG l’a fait pendant des années.
A l'atelier national, les différences entre les trois réseaux
se sont révélées. Chaque réseau est habitué
à différents niveaux de transparence. Par exemple, tous
les membres du NGLWG avaient connaissance de tous les documents de PROLINNOVA,
ce qui n'était pas le cas dans les deux autres réseaux.
La nécessité de franchise totale sur toutes les questions
a été soulignée.
Perspectives
La stratégie
de PROLINNOVA de travailler avec et à travers des partenariats
multi-parties prenantes fournit une occasion non seulement de travailler
avec les agriculteurs, comme l’ont fait les ONG dans le passé,
mais également d’institutionnaliser les partenariats comme
stratégie de promotion d’une R&D qui s’appuie
sur les IK et les processus d'innovation locale. Il y a de grands avantages
à échanger les expériences aussi bien à
l’intérieur du pays qu’entre pays. Cela contribuera
à porter les partenariats à un niveau plus élevé
et à influencer les politiques de R&D.
Le processus de création de partenariats entre réseaux
dans les trois zones du Ghana profite de l'expérience faite au
cours des dix dernières années par le NGLW G. La liberté
d’échanger les informations et de discuter des difficultés
rencontrées dans la gestion des réseaux dans les différentes
zones du pays offre un créneau prometteur pour une amélioration
de cette stratégi
| Cet article
a été écrit par Joy Bruce et N Karbo de l'Animal
Research Institute à Nyankpala, et Malex Alebekiya de l’ACDEP
(Association of Church Development Projects) à Tamale,
Ghana. Leur analyse de l'expérience du Ghana dans la création
de partenariats multi-parties prenantes pour la promotion de l'innovation
locale a été faite pour le premier Atelier International
de PROLINNOVA ( Promoting Local Innovation in Ecologically-Oriented
Agriculture and Natural Resource Management), tenu en mars 2004
au Furra Institute of Development Studies à Yirgalem, Ethiopie.
Pour plus d’information, consulter www.prolinnova.net. Contact
:jpbruce@africaonline.com.gh
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