No. 74     Novembre 2004
 
 
K Notes fournit des rapports périodiques sur les Initiatives en matière de développement des Savoirs Locaux (IK) en Afrique Sub-Saharienne et occasionnellement sur des initiatives similaires en dehors de la Région. Il est publié par le Africa Region’s Knowledge and Learning Center dans le cadre d’un partenariat évolutif entre la Banque mondiale, les communautés, les ONG, les institutions de développement et les organisations multilatérales. Les opinions exprimées dans le présent article sont celles des auteurs et ne devraient en aucun cas être attribuées au Groupe de la Banque mondiale ou ses partenaires dans cette initiative. Une page web sur les IK est disponible à l’adresse : / / www.worldbank.org/afr / ik/default.htm

 

Création de partenariats multi-parties prenantes pour promouvoir
l’expérimentation et l’innovation chez les agriculteurs au Ghana

Au milieu des années 90, diverses organisations s’occupant de développement agricole au nord du Ghana ont cherché comment promouvoir la recherche conjointe, la vulgarisation, le plaidoyer et l'apprentissage avec les agriculteurs comme partenaires égaux. Ces organisations étaient désenchantées de l’approche conventionnelle de " modernisation de l’agriculture " et de " transfert de technologie " que toutes avaient essayé de mettre en pratique mais avec peu de succès. Elles avaient reconnu la nécessité de s’appuyer sur les savoirs locaux (IK) et les initiatives des petits agriculteurs pour développer des technologies LEISA ( Low-External-Input and Sustainable Agriculture) (Agriculture durable à faibles intrants externes) et renforcer les capacités des agriculteurs à travailler avec la recherche et le développement (R&D) formels. Les organisations qui ont constitué le Groupe de Travail LEISA du nord Ghana (Northern Ghana LEISA Working Group - NGLW G) en 1995 étaient le Association of Church Development Projects (ACDEP), le service de vulgarisation du Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation (MoFA), le Savanna Agricultural Research Institute (SARI), le Animal Research Institute (ARI) et le University for Development Studies (UDS) de Tamale.

L’ACDEP — l'organisation qui a facilité ce nouvel arrangement
institutionnel — avait été créée en 1977 comme réseau de projets d’églises cherchant à promouvoir le développement participatif de technologies (Participatory Technology Development – PTD) par un processus d’expérimentations menées par des agriculteurs en collaboration avec d'autres parties prenantes en matière de R&D agricole.
Le NGLWG a continué à exister pendant près de dix ans et est maintenant un partenaire du programme PROLINNOVA (Promoting Local Innovation) du Ghana. C'est un des programmes nationaux du programme international de partenariat PROLINNOVA lancé par des organisations non-gouvernementales (ONG) pour diffuser les approches de R&D qui stimulent l’innovation locale dans une agriculture et une gestion des ressources naturelles écologiquement orientées. Le NGLWG est responsable des activités du PROLINNOVA au nord du Ghana

Afin d'apprendre par l'expérience et d’intégrer les leçons apprises dans le processus de création des partenariats en vue de promouvoir l'innovation locale, le NGLWG a entrepris une analyse critique de ses propres expériences en matière de création, de facilitation et de gestion d’un partenariat multi-parties prenantes.

Création du partenariat

Le NGLWG a été créé dans le cadre d'un projet d’action-recherche en collaboration avec le Centre d'Information sur l’Agriculture durable à faibles intrants externes (ILEIA). Initialement, l’ILEIA était le maître d’œuvre légal du projet, ainsi qu’un partenaire dans la recherche, le plaidoyer et le processus d'apprentissage.

Plusieurs facteurs ont favorisé la création du NGLWG. Les initiateurs de la collaboration, l'ILEIA et l’ACDEP étaient liés par une préoccupation commune concernant l'agriculture durable, l'environnement et les moyens d’existence des petits agriculteurs sans ressources produisant essentiellement pour la subsistance. Les partenaires locaux (ACDEP, MoFA, SARI, ARI et UDS) estimaient que leurs propres objectifs ne pouvaient être atteints qu’en se concentrant sur l’objectif commun de l’accroissement de la productivité des petites exploitations agricoles. La collaboration fut officiellement encouragée face à la diminution des financements du gouvernement pour la R&D agricole. Dans le cadre de la politique de rationalisation des financements du gouvernement, bien que les budgets de fonctionnement de nombreuses institutions avaient été coupés de manière drastique, celles-ci étaient supposées continuer à exécuter leurs programmes de terrain. La collaboration avec d'autres institutions a permis une meilleure utilisation des ressources et de l'expertise existantes.

Le NGLWG s’engagea dans un processus de création de réseaux pour développer une vision commune et des objectifs spécifiques pour le groupe, pour gagner l'engagement des membres, négocier les différents intérêts ( ceux des individus, des institutions et des groupes) et développer sa propre culture, ses propres normes, principes et procédures de fonctionnement. Les membres venaient non seulement de différentes institutions mais également de différentes disciplines. Certains étaient plus orientés vers la recherche, d'autres davantage vers le développement pratique sur le terrain. On examinait les différentes opinions avant de prendre les décisions à la majorité. Les accords étaient principalement verbaux, entre les individus plutôt que leurs institutions. Le processus de s’accorder sur quoi faire et comment le faire rapprochait encore plus les parties prenantes.

Les stations de l’ACDEP sur le terrain qui ont facilité l’expérimentation menée par les agriculteurs avaient déjà existé pendant un certain temps et avaient noué de bonnes relations avec les populations locales. Les agriculteurs expérimentateurs et leurs communautés, y compris les chefs, étaient très enthousiastes pour la collaboration. Le fait que les priorités des agriculteurs étaient prises comme point de départ pour le PTD assurait leur intérêt et leur coopération.

Plusieurs politiques nationales avaient créé une situation dans laquelle les agriculteurs recherchaient les méthodes LEISA de production pour leur propre survie et pour le marché. Par exemple, la suppression des subventions sur les intrants agricoles avait fait monter le prix des engrais et des médicaments vétérinaires au delà de la portée des petits exploitants agricoles. Cela a encouragé l’expérimentation de substituts basés sur les IK, tels que les traitements ethno-vétérinaires et l’utilisation des fumures animales pour accroître la fertilité du sol.

Le monitoring – évaluation (M&E) a également joué un rôle important dans la création du partenariat grâce aux processus d’apprentissage réciproque. Le M&E a lieu à différents niveaux:

1. Rapports fournis aux organisations donatrices. Ceux-ci comprennent les rapports sur les ateliers de formation organisés par le NGLWG et sur les travaux entrepris sur le terrain.
2. Journées portes ouvertes pour les communautés. Les agriculteurs choisis par leurs communautés pour expérimenter en leurs noms font un rapport à la communauté. Pendant ces journées portes ouvertes, les membres de la communauté et d'autres groupes intéressés, y compris le NGLWG, visitent les fermes des agriculteurs expérimentateurs et discutent des progrès réalisés.
3. Ateliers communautaires. Après la fin d’une expérience, les communautés se réunissent en un atelier, animé par le NGLWG, pour discuter des avantages ou autres aspects d'une pratique donnée.
4. Réunions du NGLWG. Les questions de processus et les résultats sont soumis à une revue par les pairs.

Facilitation du développement du partenariat

Initialement, c’est l’ACDEP qui a facilité le partenariat NGLWG. En l’espace d’un an, d'autres membres du réseau commencèrent à assumer également des rôles de facilitation. L’ILEIA acquit bientôt l'autorité et la responsabilité du réseau vis à vis des partenaires ghanéens. Le NGLWG vit cela comme un signe de véritable partenariat avec une responsabilité collective pour le succès ou l'échec du projet. Cela montrait la confiance de l’ILEI A dans les partenaires locaux, qui se sentirent alors mis au défi de se montrer à la hauteur de ce qu’on attendait d’eux.

Les nouveaux membres potentiels du réseau sont invités à participer aux ateliers annuels de formation organisés par le NGLW G. Ceux dont l'intérêt est stimulé par ces rencontres gardent contact avec le groupe et éventuellement deviennent membres. L'adhésion n'exige pas de paiement en espèces mais plutôt un investissement en temps et la disposition à prendre part aux activités du NGLWG. Les membres perçoivent le principal avantage comme étant le fait de s’associer à des professionnels de différentes disciplines; cela encourage à continuer le partenariat.

Les conflits ne sont pas occultés et les divergences sont discutées au grand jour. Durant la constitution du réseau, la négociation en coulisses a été utilisée comme outil de résolution des conflits. D’expérience, les membres du NGLWG connaissaient bien les dangers potentiels auxquels un réseau est exposé s’il dépend totalement de l'appui extérieur. Ils ont donc décidé de rester ensemble avec ou sans les influences extérieures. Avec le temps, les membres du NGLWG ont développé des liens très forts de confiance et de respect mutuel. Tous les points de vue sont considérés importants. Il est entendu que chaque membre doit écouter les autres. Cela crée un environnement qui conduit les membres à exprimer leur accord ou leur désaccord avec la ligne générale de pensée du groupe. En conséquence, les membres en sont venus à accepter et à agir selon les décisions du groupe après de sérieuses, et parfois longues, discussions.

Organisation et gestion du partenariat

Structure
Le NGLWG a emprunté le système de gestion de l’ACDEPselon lequel ce sont les membres qui détiennent l'autorité. Ainsi, une structure de coordination horizontale selon des principes de gestion collective fut mise en place. Des comités mandatés par les membres exécutent les diverses fonctions du réseau. Le NGLWG forme un Comité de Coordination pour la Recherche (RCC) pour chaque activité de PTD. La composition du RCC dépend de l'expertise requise pour appuyer techniquement le travail ainsi que de la disponibilité d'un membre à s’impliquer dans le travail à ce moment de l’année. Le RCC fonctionne comme un groupe d’animation qui rend fréquemment visite aux agriculteurs qui sont engagés dans des expériences de PTD.

Communication
Le Secrétariat de l’ACDEP sert en même temps de Secrétariat au NGLWG. Les invitations aux réunions se font par lettre officielle et également par téléphone, si possible. La plupart des membres du NGLWG travaillent dans des zones rurales où l'accès à l'Internet est difficile. Le E-mail n'est pas une forme courante de communication au sein du groupe. Les membres se rencontrent face à face plusieurs fois dans l’année lors des réunions du NGLWG, des réunions de gestion du réseau et des ateliers de formation, et durant l’exécution des travaux sur le terrain en appui aux expérimentations des agriculteurs.

Culture de travail
Le NGLWG n'a pas de règles écrites ou de sanctions mais avec le temps, a développé une culture de travail que les nouveaux membres finissent par adopter. Par exemple, le groupe attache un très grand sérieux à son travail tout en maintenant son caractère informel. Les symboles de formalité tels que les titres (Dr., Mr., Madame, etc,..) ne sont jamais utilisés lors des réunions du NGLWG. Tous les membres sont traités comme des égaux.

Gestion financière
Après la fin du projet d'action-recherche avec l’ILEIA, le Secrétariat de l'ACDEP continua à mobiliser des financements extérieurs pour poursuivre les activités, y compris le soutien au fonctionnement du NGLWG. Des fonds furent alloués pour soutenir les activités appuyées par les stations de l’ACDEP. Le NGLWG est une source de personnes ressources qui fournissent un appui technique aux stations selon leurs besoins.
La transparence est une des conditions premières requises pour instaurer la confiance et le respect mutuels dans un réseau. Au sein du NGLWG, peu de choses – s’il y en a –sont tenues secrètes. Tous les membres ont accès aux documents et aux budgets de formulation des projets. Ce qui peut ou ne peut pas être fait dans le cadre de chaque projet est ouvertement discuté.

Le NGLWG et le PROLINNOV A

Lorsque l’ACDEP reçut l'information sur le PROLINNOVA, le NGLWG montra immédiatement son intérêt pour le projet soutenu par le Fonds International pour le Développement Agricole (FIDA) en vue de concevoir un programme national PROLINNOVA. Afin d’opérer plus facilement la liaison avec les entités nationales concernées, y compris le programme d’amélioration de la culture des tubercules (Root and Tuber Improvement Programme – RTIP) financé par le FIDA, il était nécessaire d’impliquer un réseau du nord Ghana. C’est ainsi que l’ ECASARD (Ecumenical Association for Sustainable Agricultural and Rural Development)(Association œcuménique pour le développement agricole et rural durable) fit son entrée dans le projet.

L’ACDEP (au nord Ghana) et l’ECASARD (au sud Ghana) se mirent d’accord pour travailler ensemble, et demandèrent au Ghana Organic Agricultural Network (GOAN) de coordonner le travail du PROLINNOVA dans la zone intermédiaire du pays. La reconnaissance des IK et de l'innovation locale forme l'intérêt commun qui lie les membres du NGLWG, de l’ECASARD et du GOAN. Avec l'entrée en scène du GOAN, tout était maintenant prêt pour la création d’un nouveau type de partenariat entre les différents réseaux et les différentes zones du Ghana. Dans chaque zone, les principales parties-prenantes dans la R&D agricole sont regroupées dans un Groupe de Travail de Zone (Zonal Working Group). Après une série de consultations, il fut décidé que l’ECASARD, le GOAN et le NGLWG agiraient comme points de contact pour les parties-prenantes de la R&D dans leurs zones respectives, avec l’ECASARD jouant le rôle de coordonnateur général au sein de PRLINNOVA –Ghana.

Durant la phase de lancement de PROLINNOVA – Ghana en 2003, des ateliers furent organisés dans les zones sud, intermédiaire et nord. Ces ateliers alimentèrent un atelier national où les participants de chaque zone présentèrent les résultats de leurs ateliers de zone et élaborèrent des plans de travail pour les années à venir.

Les membres des Groupes de Travail de Zone sont responsables de la mise en œuvre des activités PROLINNOVA dans leurs zones respectives. Au niveau national, un Coordonnateur National fut choisi au sein de la communauté des ONG. Les membres du Comité National de Coordination représentent les principales institutions gouvernementales et non gouvernementales impliquées dans la R&D agricole au Ghana. Ce Comité agit comme un Conseil d'Administration en aidant et en conseillant le Coordonnateur National et en assurant la transparence dans l’exécution du programme.

Un système de suivi est en cours d’installation pour s'assurer que les activités PROLINNOVA sont correctement exécutées et pour servir de moyen d’échange de l’information et d’apprentissage sur toute l’étendue du territoire.

La facilitation du développement de ce nouveau partenariat au niveau national a rencontré un certain nombre de problèmes. La communication entre les différents partenaires s'est avérée difficile, du fait que les situations diffèrent selon les zones et les institutions. Le NGLWG est le plus ancien et le plus stable des trois réseaux. Les deux autres apprennent de son expérience. A l'atelier national, les problèmes rencontrés jusque là ont été ouvertement discutés. Par exemple, l’incapacité à attirer la communauté des chercheurs dans le sud a été longuement discuté. Des suggestions ont été faites sur les moyens d’améliorer la situation, par exemple par le ciblage stratégique de partenaires potentiels dans la recherche, comme le NGLWG l’a fait pendant des années.
A l'atelier national, les différences entre les trois réseaux se sont révélées. Chaque réseau est habitué à différents niveaux de transparence. Par exemple, tous les membres du NGLWG avaient connaissance de tous les documents de PROLINNOVA, ce qui n'était pas le cas dans les deux autres réseaux. La nécessité de franchise totale sur toutes les questions a été soulignée.

 

Perspectives

La stratégie de PROLINNOVA de travailler avec et à travers des partenariats multi-parties prenantes fournit une occasion non seulement de travailler avec les agriculteurs, comme l’ont fait les ONG dans le passé, mais également d’institutionnaliser les partenariats comme stratégie de promotion d’une R&D qui s’appuie sur les IK et les processus d'innovation locale. Il y a de grands avantages à échanger les expériences aussi bien à l’intérieur du pays qu’entre pays. Cela contribuera à porter les partenariats à un niveau plus élevé et à influencer les politiques de R&D.
Le processus de création de partenariats entre réseaux dans les trois zones du Ghana profite de l'expérience faite au cours des dix dernières années par le NGLW G. La liberté d’échanger les informations et de discuter des difficultés rencontrées dans la gestion des réseaux dans les différentes zones du pays offre un créneau prometteur pour une amélioration de cette stratégi

Cet article a été écrit par Joy Bruce et N Karbo de l'Animal Research Institute à Nyankpala, et Malex Alebekiya de l’ACDEP (Association of Church Development Projects) à Tamale, Ghana. Leur analyse de l'expérience du Ghana dans la création de partenariats multi-parties prenantes pour la promotion de l'innovation locale a été faite pour le premier Atelier International de PROLINNOVA ( Promoting Local Innovation in Ecologically-Oriented Agriculture and Natural Resource Management), tenu en mars 2004 au Furra Institute of Development Studies à Yirgalem, Ethiopie. Pour plus d’information, consulter www.prolinnova.net. Contact :jpbruce@africaonline.com.gh

 

 

I