N°
68 Mai 2004 |
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Notes
CA fournit
des rapports périodiques sur les Initiatives en matière
de développement des Savoirs Locaux (IK) en Afrique Sub-Saharienne
et occasionnellement sur des initiatives similaires en dehors de la Région.
Il est publié par le Africa Region’s Knowledge and Learning
Center dans le cadre d’un partenariat évolutif entre la Banque
mondiale, les communautés, les ONG, les institutions de développement
et les organisations multilatérales. Les opinions exprimées
dans le présent article sont celles des auteurs et ne devraient
en aucun cas être attribuées au Groupe de la Banque mondiale
ou ses partenaires dans cette initiative. Une page web sur les IK est
disponible à l’adresse : http:// www.worldbank.org/afr / ik/default.htm Médecine traditionnelle et médecine moderne dans le contexte de la mondialisation Selon le Dr. Erick Gbodossou, Président de l’ONG Promotion
de la Médecine traditionnelle (PROMETRA), la médecine
traditionnelle — qu’elle soit africaine, asiatique ou Aztèque
— peut être définie comme un système de connaissances,
une sagesse ancestrale, ou un ensemble spécifique de pratiques
permettant d’assurer l'équilibre de l'être humain
et l'harmonie avec son environnement. Elle est un héritage culturel
des populations indigènes qui la pratiquent Durant l'atelier organisé par les guérisseurs traditionnels lors de la XIIIème Conférence internationale sur le VIH/SIDA tenue à Durban, en Afrique du Sud en juillet 2000, la question de la reconnaissance légale et du statut juridique de cette forme ancestrale de traitement des maladies a été une fois encore discutée. Les guérisseurs ont souligné le rôle important qu'ils jouent dans la préservation et la restauration de la santé de leurs concitoyens, dans la mesure où au moins 75 pour cent de la population africaine utilise leurs services. Par ailleurs, les guérisseurs traditionnels jouent un rôle important dans le traitement des maladies sexuellement transmissibles (MST) et aident à juguler les maladies opportunistes chez les malades du VIH/SIDA. Enfin, ils sont sérieusement impliqués dans la recherche des antiviraux; certains prétendent avoir utilisé avec succès des extraits de plantes pour traiter des malades du VIH/SIDA. L'absence de protection et de reconnaissance de leurs savoirs traditionnels par l’OMPI (Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle) contribue à leur sentiment d’injustice —les chercheurs modernes reçoivent des brevets et jouissent généralement de la protection de leurs droits de propriété intellectuelle et d'invention. Ces préoccupations sont au centre du présent débat. Quels sont les avantages de la médecine traditionnelle sous sa forme actuelle à cette époque de la mondialisation? Egalement, quelles sont les conditions requises pour que la médecine traditionnelle en Afrique joue un rôle compétitif dans le contexte de la mondialisation? Les réponses à ces questions nécessitent un examen comparatif des caractéristiques spécifiques de cette forme de médecine et de traitement curatif avec la médecine moderne, l'étude de mesures appropriées pour encourager sa modernisation et sa coopération avec la médecine moderne, et enfin l'identification de divers moyens d’interaction avec le processus de la mondialisation. Médecine traditionnelle et médecine moderne Dans le contexte africain, trois éléments fondamentaux séparent ces deux formes de médecine:
Le concept africain de la santé et de la maladie Beaucoup de recherche
et de nombreuses études ont été effectuées
sur la santé et les maladies en Afrique. Le paragraphe suivant
représente les idées contenues dans la publication qui
a été dirigée par l'anthropologue ivoirien, le
Pr. Harris Memel-Fôté, intitulée Représentation
de la santé et des maladies chez les ivoiriens (1988). La procédure
de diagnostic L'approche thérapeutique
La dimension
physique : La dimension
spirituelle et sociale : La médecine moderne La médecine moderne est principalement centrée sur l'être humain. Ses approches diagnostiques et thérapeutiques sont conformes au rationalisme cartésien. De plus, la médecine moderne est constamment mise à jour et progresse par la recherche scientifique. Depuis ses origines jusqu'à nos jours, elle a été basée sur une vision matérialiste et objective de l'homme, des phénomènes naturels et de l'univers. Elle a commencé par la maîtrise de l'anatomie humaine, c-à-d., la connaissance objective des composants physiques et organiques de l'homme. Elle a progressé vers l'anatomie pathologique, c-à-d. la connaissance des cellules, des tissus, et des changements dans les parties du corps provoqués par des agents pathogènes capables de causer la mort. La recherche scientifique a ensuite conduit à l'étude des mouvements, des fonctions des organes, et des systèmes constitutifs de l'organisme humain, ce qui a conduit à la physiologie et à la physiopathologie des affections. Avec la découverte de l'auscultation et du stéthoscope, la sémiologie clinique a évolué jusqu’à la classification des affections, puis la segmentation des branches médicales en pathologies digestives, pleuropulmonaires, cardiovasculaires, endocriniennes, ostéoarticulaires et génito-urinaires. Le souci de la compétence a conduit à la spécialisation. A tous les niveaux, la médecine moderne est une médecine évolutive ouverte à la connaissance et au progrès par la recherche permanente. Coopération entre médecine traditionnelle et médecine moderne Contrairement à cette médecine cartésienne dynamique, l’on doit admettre que de par sa nature, la médecine traditionnelle ne vise pas au progrès. Elle n'est pas ouverte à l'innovation, au renouvellement et à des modifications progressives de ses principes, moyens, et méthodes. La tradition la maintient statique et repliée sur elle-même, soumise à la passivité de l'empirisme rigidement établi par les anciens et suivi fidèlement par les disciples. Néanmoins il faut reconnaître ses mérites. Elle a une vue globale de la maladie fondée sur la philosophie africaine. On lui doit l’approche globale et multidimensionnelle à la santé. La médecine moderne a tiré profit de cette valeur, et l'OMS l'a adoptée. En conséquence, certains domaines comme la santé publique, l’épidémiologie, et la santé communautaire ont été renforcés. En outre, le Codex s'est enrichi de produits pharmaceutiques dérivés de la pharmacopée traditionnelle. Cependant, la coopération entre les deux approches est clairement nécessaire pour des raisons culturelles et économiques. En Côte d'Ivoire, le Groupe National de Réflexion sur la Médecine Traditionnelle, créé le 28 mai 1997 par le ministère de la santé, a examiné la question sous l’angle de la coopération, ce qui pourrait conduire à l'intégration de la médecine traditionnelle dans le système national de santé. Deux options se sont dégagées.
Position du groupe Les expériences effectuées au Bénin, au Togo, et au Mali ont identifié la deuxième option comme étant l’option réaliste. Elle met l’accent sur la coopération formelle entre les deux systèmes avec un organe indépendant de guérisseurs traditionnels organisés, l'accès de la médecine traditionnelle aux programmes d’aide médicale, une totale collaboration entre les deux systèmes, et un système unifié de santé comportant une médecine alternative. Cette option existe dans certains pays africains tels que le Mali, le Sénégal, et l'Afrique du Sud et, à une plus grande échelle, dans les centres de santé collaborateurs de l’OMS. Concrètement, les praticiens traditionnels et modernes de la santé travaillent dans leurs domaines respectifs mais collaborent dans certains domaines bien définis, particulièrement au niveau des soins de santé, de la recherche, et de la formation. En conséquence:
Au niveau de la recherche, la coopération sera possible dans un institut de recherche en pharmacopée africaine pour la médecine traditionnelle. Un exemple: l'Institut de Recherche Scientifique de Kinshasa (République Démocratique du Congo) et à Bamako (Mali). Dans cette structure, des projets conjoints seront conçus et mis en œuvre afin de faciliter un vrai dialogue entre les deux types de chercheurs dans le but d’arriver à des résultats viables et réalisables sur une grande échelle. Au niveau de la formation, une équipe composée de praticiens traditionnels et de médecins modernes peut former les guérisseurs traditionnels. Exemple: l’enseignement de la Méthode FAPEG (Formation d’Auto-Perfectionnement des Guérisseurs traditionnels) à Dakar par PROMETRA. Cette méthode implique fortement les guérisseurs traditionnels dans la lutte contre les IST, le VIH/SIDA et pour la protection de la santé maternelle et infantile. Dans les écoles de médecine et de pharmacie, les concepts de la médecine traditionnelle et de la pharmacopée pourraient être transmis aux étudiants afin de les préparer à la coopération avec les praticiens traditionnels de soins de santé. Médecine traditionnelle et mondialisation Pour s’intégrer et travailler dans le contexte de la mondialisation, la médecine traditionnelle doit se réévaluer et s'ouvrir aux exigences de la rationalité scientifique, changer ses méthodes d’approche diagnostiques et thérapeutiques ainsi que sa déontologie. Elle assurera ainsi son influence, sa productivité et son progrès, et renforcera son efficacité thérapeutique et sa compétitivité. Cela nécessite ce qui suit:
Cet article des IK Notes a été écrit par le Pr. Antoine Yangni-Angaté. Il a été publié pour la première fois dans PROMETRA, Médécine Verte N° 007, Octobre-Décembre 2000. Pour plus d'informations, veuillez vous adresser au Dr. Erick Gbodossou, E-mail: Erick@refer.sn
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