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Notes
CA fournit des rapports périodiques sur les Initiatives en matière
de développement des Savoirs Locaux (IK) en Afrique Sub-Saharienne
et occasionnellement sur des initiatives similaires en dehors de la Région.
Il est publié par le Africa Region’s Knowledge and Learning
Center dans le cadre d’un partenariat évolutif entre la Banque
mondiale, les communautés, les ONG, les institutions de développement
et les organisations multilatérales. Les opinions exprimées
dans le présent article sont celles des auteurs et ne devraient
en aucun cas être attribuées au Groupe de la Banque mondiale
ou ses partenaires dans cette initiative. Une page web sur les IK est
disponible à l’adresse : http://www.worldbank.org/afr
/ ik/default.htm
Plantes
Médicinales: Conservation et utilisation rationnelle au Sri
Lanka
Au
Sri Lanka, l’ayurveda (un système holistique de médecine
et de soins de santé en provenance de l'Inde — en Sanskrit,
" Ayu " signifie " la vie " et " veda "
signifie " connaissance de ") et le système traditionnel
de soins de santé ont été systématiquement
utilisés pendant plus de deux mille ans pour traiter les maladies.
Selon le dernier inventaire réalisé, 1.414 espèces
de plantes ont été utilisées à cette fin.
Ces espèces comprennent plusieurs espèces endémiques
qui deviennent de plus en plus rares et menacées d'extinction.
Environ 200 espèces de plantes médicinales sont couramment
utilisées, et parmi elles, 50 sont très utilisées
dans les systèmes de soins de santé ayurvédiques
et traditionnels. Près de 80 espèces de plantes médicinales
sont actuellement considérées comme menacées
d'extinction. En plus de la reconnaissance de leurs valeurs curatives
et thérapeutiques, les Sri Lankais utilisent les plantes médicinales
dans leurs rituels, leurs activités culturelles et pour des
fonctions religieuses.
On estime qu'environ 30 à 35 pour cent de la population a recours
à l'ayurveda et aux systèmes traditionnels de soins
de santé. Les médecins ayurvédiques et les praticiens
de la médecine traditionnelle font partie de la société,
et il y a des rapports étroits entre les communautés
et ces praticiens. Dans les zones rurales, les habitants prélèvent
les plantes médicinales dont ils ont besoin dans les forêts
et les communautés pratiquaient jadis des concepts d'utilisation
rationnelle, avec des dommages minimaux aux habitats dans lesquels
ces plantes précieuses sont trouvées. La demande accrue
aussi bien pour l'utilisation locale que pour l'exportation a mis
à très rude épreuve les populations naturelles
de plantes médicinales. Les collecteurs de plantes médicinales
recourent maintenant à des méthodes d'exploitation non
rationnelles provoquant ainsi une menace grave à la survie
de certaines espèces. La diminution des stocks est aggravée
par la destruction rapide des habitats naturels. En effet, les habitats
aussi sont menacés.
Également menacée est la base des connaissances sur
lesquelles les systèmes médicinaux traditionnels sont
fondés, dans la mesure où seulement une toute petite
proportion des connaissances traditionnelles et de l'information ethnobotanique
est documentée; la plus grande partie reste consignée
dans des manuscrits antiques et obscurs sur ola (feuilles de palmier)
dispersés dans le pays ou dans la mémoire de vieux praticiens.
Ce système gurukula d'enseignement ancien des connaissances
traditionnelles est en train de disparaître rapidement. Ces
connaissances concernent non seulement la santé des individus,
mais également l’entretien et la gestion traditionnels
des ressources naturelles du milieu dans lequel vivent les communautés
rurales.
Il ne fait aucun doute que les plantes médicinales sont un
trésor universel à préserver pour le bien de
l'humanité. La nécessité de conserver les plantes
médicinales, et de les utiliser d’une manière
rationnelle, est facilitée par la Convention sur la Diversité
Biologique (CBD), ratifiée par plus de 175 pays. La CBD offre
le cadre pour l’utilisation rationnelle et le partage équitable
des bénéfices tirés de l'exploitation des plantes
médicinales.
Le
Projet de Conservation et d'Utilisation rationnelle des Plantes médicinales
Le
Projet de conservation et d'utilisation rationnelle des plantes médicinales
a été lancé par le gouvernement du Sri Lanka
en 1998, grâce à une subvention de US$ 4,6 millions du
Fond pour l’Environnement Mondial (FEM). L’objectif du
projet est d’assurer la conservation des espèces de plantes
médicinales mondialement et nationalement importantes et leurs
habitats. Le projet a atteint ces objectifs par (a) la conservation
in situ en délimitant cinq aires de conservation des plantes
médicinales (MPCAs) dans différentes zones écologiques
du Sri Lanka, comprises dans, ou proches de forêts naturelles
abritant certaines des espèces de plantes médicinales
menacées; (b) la culture ex-situ en encourageant le développement
de pépinières, la culture dans les jardins domestiques
et dans les plantations et en soutenant la propagation et la recherche
agronomique; et (c) en fournissant l'information et l'appui institutionnel,
y compris la promotion d'un environnement juridique et de politique
approprié.
Un élément important de l'approche stratégique
adoptée est la définition et la délimitation
de réserves de plantes médicinales dans des zones biogéographiques
représentatives et l’utilisation de ces dernières
comme centres pour tout un ensemble d'activités.
A cette fin, cinq aires de conservation de plantes médicinales
(MPCAs) ont été établies à Bibile et Ritigala
(zone sèche), Rajawake et Naula (zone intermédiaire),
et Kanneliya (zone humide), adjacentes à des forêts naturelles
abritant diverses espèces de plantes médicinales.
Chaque MPCA se compose d'environ dix Divisions de Grama Niladhari
(GND)1 contigus à la forêt principale de conservation.
Le projet essaye d’impliquer activement les communautés
vivant dans les MPCAs pour la promotion de la conservation et l'utilisation
rationnelle des plantes médicinales. Chaque MPCA a un site
comportant un jardin de plantes médicinales, qui servira de
site de démonstration, un centre de traitement des plantes
médicinales à l'usage des communautés, un dispensaire
ayurvédique, qui est censé dépendre principalement
des préparations faites par les communautés, et un centre
d'information.
Vue
d'ensemble des activités
Conservation
in situ
IDENTIFICATION DES DIVISIONS DE GRAMA NILADHARI DANS LES MPCAs
ET MOBILISATION SOCIALE.
Les " villages " ( Divisions de Grama Niladhari) formant
les MPCAs ont été identifiés après de
longues discussions avec les communautés, leurs organisations
et d'autres parties prenantes au niveau des villages. L'identification
des GNDs s’est faite sur la base de leur proximité étroite
des zones de forêts principales, leurs niveaux de dépendance
des ressources de ces forêts, en particulier pour les plantes
médicinales, et la disposition des membres de la communauté
à accepter des approches participatives pour assurer la conservation
et l'utilisation rationnelle des plantes médicinales.
Afin de faciliter une participation efficace des communautés
aux efforts de conservation, des structures de gestion communautaire
ont été mises en place au niveau des GND. Ce sont les
comités villageois de gestion des projets (VPMCs) composés
exclusivement de membres de la communauté.
COLLECTE DE DONNÉES DE BASE.
Les données
de base se composent des données recueillies dans trois domaines
séparés mais cependant étroitement liés,
à savoir, une enquête socio-économique; une étude
ethnobotanique, et l’inventaire des ressources.
(a) L’enquête
socio-économique. L'enquête socio-économique
a fourni une mesure de la situation socio-économique des
communautés vivant autour des aires de conservation des plantes
médicinales. Les données nécessaires pour la
planification des stratégies de conservation et des activités
de développement associées ont également été
collectées dans le cadre de l'enquête. Cette enquête,
réalisée durant la deuxième moitié de
1999 dans toutes les MPCAs, a montré que plus de 68 pour
cent de la population des GNDs enquêtés appartiennent
aux groupes à faible revenu. La majorité des habitants
pratique l'agriculture et des activités liées à
l’agriculture. Il y a eu une dégradation environnementale
progressive dans les MPCAs due à des activités humaines
défavorables. Les principales menaces aux forêts comprennent
le défrichage illicite, les feux de forêt et l'exploitation
incontrôlée des produits forestiers non ligneux, dont
les plantes médicinales. Au cours des années, les
pratiques agricoles des habitants se sont transformées de
l'agriculture de subsistance à la culture de rente. L'enquête
socio-économique a également souligné la nécessité
d’introduire la gestion communautaire de la forêt avec
les populations vivant autour des MPCAs.
(b) Etude ethnobotanique. L'étude ethnobotanique a été
conçue pour être effectuée en deux phases. La
phase préliminaire consistait à obtenir une claire
image des rôles des plantes médicinales et d'autres
produits de la forêt dans la vie et les économies de
tous les groupes de parties prenantes dans chaque communauté
cible. En général, la Phase 1 de l'étude ethnobotanique
a produit beaucoup d'informations concernant les espèces
médicinales, classifiées selon un score cumulatif
d'importance domestique, d'intérêt commercial, de statut
d’espèce menacée, etc... La Phase II de l'étude
ethnobotanique a rassemblé des informations concernant l'utilisation
des plantes médicinales et la collecte des spécimens
représentatifs.
(c) Inventaire des ressources. Des cartes de base des MPCA à
l’échelle de 1:20000 ont été préparées
à l’aide de cartes aérophotogrammétriques
et de cartes de levé topographique, et ont été
digitalisées. Les principaux types de forêt / types
structurels de végétation naturelle [denses (>75%
de couvert végétal); clairsemé (50-75% de couvert
végétal); arbustes/herbages (< 50% de couvert végétal)]
ont été reportés sur les cartes à partir
de photos aériennes. La vérification des ressources
sur ces cartes a été effectuée en utilisant
le système mondial de positionnement (GPS).
Les principaux objectifs de l’inventaire des ressources étaient
de (a) permettre une évaluation de base de la répartition,
des structures et des densités de population associées,
ainsi que des conditions écologiques requises pour les différentes
espèces de plantes médicinales trouvées dans les
MPCAs; et (b) fournir une base fiable pour la conservation in situ en
cours des espèces de plantes médicinales et la culture
ex situ dans les jardins domestiques et les pépinières.
L'analyse des données fournira les informations suivantes:
-
Une évaluation détaillée de la répartition
et de l'abondance des différentes espèces (par exemple
les espèces de plantes médicinales prioritaires) basée
sur les informations obtenues sur les parcelles de terrain
-
Une
base pour prévoir la répartition et l'abondance probables
des différentes espèces (y compris les espèces
prioritaires) ailleurs dans le MPCA.
-
Une
base pour de futures études d'évaluation de viabilité
et des ressources, et la planification de la conservation
-
Des
critères solides pour le zonage des habitats pour les différentes
catégories d'utilisateurs.
PRÉPARATION
DES PLANS DE VILLAGE (MICRO PLANS).
Les
données de base, les données ethnobotaniques et les
données d’inventaire des ressources collectées
pendant les deux premières années du projet ont été
utilisées pour préparer des plans de village mettant
l'accent sur la conservation in situ. La planification des villages
a été entreprise dans les GNDs en utilisant des techniques
participatives (PRA/PID) avec la participation active des membres
des communautés et des responsables des VPMCs.
Conservation
ex situ
Plusieurs approches ont été préparées
pour la conservation ex situ des plantes médicinales, et ces
activités compléteront les efforts in situ de conservation
décrits plus haut. Comme activité majeure de cette composante
du projet, la culture de plantes médicinales sur les propriétés
familiales dans les MPCAs est encouragée et soutenue. En outre,
les membres des communautés s’adonnant à l’agriculture
ont été formés aux pratiques de confection des
pépinières, aux pratiques agronomiques simples et dans
d’autres domaines s’y rapportant. Par ailleurs, des pépinières
de plantes médicinales ont été installées
principalement pour recueillir des collections de plasma germinatif
d’espèces importantes de plantes médicinales et
pour fournir des plantes mères à d’éventuels
pépiniéristes. Parallèlement à l'expansion
de la culture sur les propriétés familiales et de la
culture commerciale, des dispositions ont été prises
pour fournir des informations commerciales et des débouchés
de vente pour permettre aux communautés d'obtenir les meilleurs
prix pour leurs produits.
Comme activité complémentaire, un soutien est apporté
à la recherche sur la propagation et la culture de certaines
espèces choisies de plantes médicinales.
DÉVELOPPEMENT
INSTITUTIONNEL ET RENFORCEMENT DES CAPACITÉS.
Le projet met un accent particulier sur le renforcement des capacités
des communautés, particulièrement en ce qui concerne
les aptitudes requises pour les activités du projet et la gestion
des organisations communautaires.
Un accent particulier est mis sur la protection des droits de propriété
intellectuelle découlant des activités du projet. A
cet égard un cadre juridique visant à préserver
les savoirs traditionnels associés à l'utilisation des
plantes médicinales a été préparé.
En ce qui concerne la préservation des savoirs traditionnels,
le projet a pris plusieurs initiatives remarquables. Parmi celles-ci
on peut noter la transcription en cingalais des manuscrits antiques
sur feuilles de palmier (feuilles d’Ola) mentionnées
plus haut. Ces manuscrits sur feuilles de palmier sont vieux de plusieurs
siècles, et contiennent des informations sur les maladies et
leur diagnostic, ainsi que les ordonnances prescrites.
Le projet a également lancé un programme dans les MPCAs
visant à préserver les connaissances traditionnelles
disponibles auprès des vieux praticiens traditionnels. Dans
ce programme, des praticiens traditionnels ayant des connaissances
spécialisées sur certaines maladies (et sur l'utilisation
des plantes médicinales) ont été choisis, et
des disciples leur ont été affectés pour apprendre.
Ce système d'apprentissage est aussi vieux que les systèmes
traditionnels de santé en question, et les disciples resteront
attachés à leurs maîtres pour une période
d’environ deux ans.
1.
Un GND est une unité administrative contenant plusieurs villages.
Cet
article a été écrit par le Dr. Ranjith Mahindapala,
Directeur du Programme, UICN – The World Conservation Union,
N°.53, Horton Place, Colombo 7, SRI LANKA; Email: rma@iucnsl.org
IK
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