
Comme l'Afrique Subsaharienne s'oriente vers un système de marché libre et de pluralisme politique, une grande priorité devrait être accordée à la gestion et à l'utilisation optimale des ressources naturelles. Les forêts et les arbres en particulier, subissent une pression sans précédent de déforestation et de dégradation. Pour chacun des pays Africains, une ressource de base qui répond aux besoins essentiels d'une plus grande partie de leurs populations (par exemple, le carburant, le fourrage et les fibres) , et qui contribue à la protection de l'environnement (par exemple la protection du sol, la biodiversité, et la rétention du carbone) est en danger. Le reste du monde a intérêt à partager la responsabilité que le besoin de ces ressources impose à la Région, à cause des bénéfices que le monde entier peut tirer de la diversité des forêts de l'Afrique Subsaharienne.
Le rapport Stratégie pour le Secteur Forestier en Afrique Subsaharienne de AFSP (Africa Forest Strategy Paper), est une réaction de la Banque aux problèmes de gestion des ressources forestières dans la Région.
Ce rapport :
Les résultats de AFSP qui peuvent être adaptés au processus en cours du Plan National d'Action pour l'Environnement (National Environment Action Plan) sont présentés comme suit:
En moyenne, le taux annuel de déforestation en Afrique Subsaharienne est encore inférieur à 1%. Certaines régions ont perdu presque 3/4 de leurs forêts humides (Tropical Moist Forest TMF)). La situation en Afrique Occidentale est particulièrement grave, et figure parmi les niveaux de déforestation les plus élevés du monde. La majorité des programmes de déforestation sont ruineux, par exemple, le dégagement des essences forestières nécessaires pour la protection de la biodiversité et des bassins hydrographiques, ou celui des terres qui ne sont pas appropriées à la production agricole durable. Les forêts en Afrique Subsaharienne sont également sous la pression de la dégradation des régions boisées et des arbres. Il s'agit le plus souvent des problèmes qui se posent localement- il y a plusieurs régions dans les pays Africains qui souffrent déjà d'une pénurie de biomasse, qui sont sous pression, ou ont atteint un niveau de crise.
La connexion et l'interdépendance entre la croissance démographique, la dégradation de l'environnement, et la faible performance du secteur agricole fournissent un contexte de base dans lequel la déforestation et la dégradation des forêts prennent place en Afrique Subsaharienne. Les processus dont il est question sont complexes et interdépendants. Au niveau local, les facteurs qui sont directement impliqués dans la dégradation forestière et l'exploitation comprennent l'expansion agricole, la collecte incontrôlable du bois de chauffage et de construction, le développement d'infrastructure, et le surpâturage. Parmi les facteurs qui sont à la base de la dégradation des forêts figurent les forces complexes telles que des populations migrantes, la pauvreté, le commerce international, l'accessibilité, la technologie, et ainsi que les forces d'accélération telles que les faiblesses du marché, des politiques et institutionnelles. Une bonne illustration de ces synergies est la pénétration des TMFs des pistes de bûcheron, et l'abattage sélectif du bois aux prix sous-estimés destinés aux marchés local et à l'exportation, et finalement, la déforestation causée par l'installation des populations migrantes s'adonnant à l'agriculture.
Les pays Africains doivent trouver des solutions pour promouvoir l'utilisation durable des ressources forestières dans un contexte global de développement, tout en reconnaissant le rôle des forêts en économie de développement, la conservation de la biodiversité, et le maintien des écosystèmes naturels. Dans l'ensemble, la Région fait face à trois problèmes fondamentaux:
Pour que l'Afrique Subsaharienne s'attaque à ces problèmes, il est nécessaire d'établir un partenariat de travail sur deux plans. Premièrement, au niveau du pays, l'engagement de tous les agents ( par exemple les agences publiques, le secteur privé, les NGOs, les communautés locales et les institutions locales informelles) est indispensable pour une gestion efficace des ressources forestières. Deuxièmement, l'ensemble de la communauté devra développer un agenda de travail commun afin de localiser les besoins prioritaires des pays de la région. Elle devra en plus, fournir des ressources financières et l'assistance technique dont auront besoin les pays Africains dans le but d'améliorer la gestion des ressources forestières.
L'ampleur des défis mentionnés ici ne se traduit pas en une seule solution qui peut s'appliquer dans toutes les circonstances. Les circonstances particulières à chaque pays devraient plutôt faire appel à une combinaison des mesures visant la préservation et la conservation des forêts à travers l'amélioration de la gestion pour différentes utilisations, la conversion à d'autres usages ( par exemple l'agriculture), et le reboisement. Bien que ceci permet un peu plus de flexibilité, il y a de nombreux thèmes qui persistent.
La nécessité de créer un équilibre entre l'économie de développement et les objectifs de conservation.
Le besoin d'adopter une approche multisectorielle pour le développement du secteur forestier, classer la foresterie fermement dans le cadre de la gestion des ressources naturelles, par exemple la connexion des interactions entre la forêt, l'agriculture, la pauvreté, la population et la technologie.
La nécessité d'un nouveau rôle pour le gouvernement, limitant les efforts du secteur public uniquement aux activités qui ne peuvent être exécutées par d'autres agents.
Le besoin des gouvernements, de collaborer avec d'autres acteurs importants tels que les cultivateurs, les communautés locales, les NGOs, et les entreprises privés du secteur forestier.
Quels sont les choix dont disposent les pays Africains pour améliorer la gestion des ressources forestières? En vue de l'approche multisectorielle que nous conseillons ici, une série d'activités est essentielle pour examiner les problèmes internes ou externes au secteur forestier.
Concernant les mesures en dehors du secteur forestier, de bonnes politiques macroéconomiques sont essentielles pour dynamiser et rendre efficace le secteur forestier - un environnement politique stable peut aussi contribuer à cet effet. L' amélioration de la performance agricole est impérative, étant donné que son expansion est l'une des causes principales de la déforestation en Afrique Subsaharienne. La croissance de la production agricole et sa productivité basées sur l'efficacité des apports est essentielle pour diminuer la pression de la population sur les terres forestières. Les pays Africains devront également donner la priorité à l'intégration des problèmes de gestion des ressources naturelles dans leurs politiques et plans d'utilisation des terres. A travers l'amélioration d'utilisation des terres basée sur un système de zone et un développement judicieux de l'infrastructure, les pays Africains peuvent assigner les terres forestières à différents usages (la conservation de la biodiversité, la protection de la faune, la production du bois pour la construction, etc.) La population, l'énergie et les politiques industrielles ont aussi une grande influence sur la performance du secteur forestier.
A l'intérieur du secteur forestier même, Il existe une grande capacité pour des améliorations. Le succès limité des anciennes politiques de contrôle destinées à réduire la déforestation démontre une grande dépendance sur les forces du marché et des prix pour la recherche des moyens plus efficaces d'utilisation et de conservation de la base des ressources forestières. Ceci nécessite un nouveau rôle pour les gouvernements, comme mentionné plus haut, les gouvernements doivent fournir un environnement efficace sur le plan économique et environnemental pour l'exécution des activités forestières, et assurer des prix qui reflètent la carence des ressources forestières, et imposer en conséquence des taxes aux utilisateurs pour absorber les externalités. La réduction de l'engagement du gouvernement dans la production va contribuer au transfert des ressources dans les domaines où les interventions sont plus pertinentes, par exemple le domaine de la conservation environnementale (un domaine où le marché ne réussit pas souvent), la recherche, le développement des ressources humaines, et la coordination des donateurs.
Les actions clés dont les pays Africains devront tenir compte vis à vis du secteur forestier sont:
La réforme de la politique et de la législation forestières. Dans plusieurs pays Africains, l'environnement politique actuel encourage l'utilisation non appropriée de la forêt à travers des prix bas et la dépréciation des ressources forestières. Pour changer la situation, il est essentiel d'encourager des marchés efficaces pour les produits forestiers, et de tenir compte des bénéfices en dehors du marché dans les décisions qui concernent l'utilisation de la forêt. Les défauts du marché et des politiques devront être examinés à travers un dialogue entre les différents agents concernés.
La création des capacités et le développement des ressources humaines. Le renforcement des institutions forestières doit faire partie du processus de réforme systématique du secteur public visant à améliorer la gouvernance, en mettant l'accent sur la transparence et la responsabilité, les lois, et l'amélioration de la gestion financière et budgétaire. Le mandat des agences gouvernementales forestières devra être réorienté en déléguant les droits et les responsabilités des activités du secteur forestier aux paysans, les communautés locales et le secteur privé autant que possible.
Les départements forestières de l'Etat seront aussi appelés à remplir certaines de ces conditions importantes des agents du secteur forestier.
Engager les paysans et les communautés locales dans les activités forestières à travers des changements politiques et législatifs. L'éducation dans la participation de la planification permettra aux agences forestières de développer le partenariat avec les communautés locales, et les NGOs pour l'aménagement et le reboisement. En plus, l'appui du gouvernement pour participer dans le processus de négociation impliquant les utilisateurs de la forêt pourra grandement faciliter une gestion durable des forêts par les populations locales et contribuer à la résolution des conflits locaux.
Accroître la participation du secteur privé dans la foresterie et l'industrie forestière. Les gouvernements devront plutôt chercher à jouer le rôle d'aménageur de production au lieu de celui d'un agent direct, en fournissant un environnement législatif, et ainsi que des services d'information qui stimulent les investissements privés dans la foresterie en même temps que l'industrie du bois. L'engagement du secteur privé dans la planification et la mise en place des politiques peut aider à ces fins.
L'amélioration et la vulgarisation de l'expertise et la technologie relative à la forêt. Les gouvernements devront faire les inventaires nationaux des forêts qui pourront servir comme un cadre de base pour la planification, l'exécution, le contrôle et l'évaluation des activités forestières. Les résultats de ces activités pilotes doivent être vulgarisés, et la pertinence et l'efficacité de la recherche forestière ont besoin d'être améliorées à travers la coopération entre les chercheurs et les usagers de ces résultats.
Quel rôle devrait jouer la Banque Mondiale dans le développement futur du secteur forestier en Afrique Subsaharienne? Quatre domaines-clé sont identifiés ci-après:
Quelles sont les implications opérationnelles de cette nouvelle stratégie de la Banque Mondiale? Dans le but de réaliser un impact maximum de développement, les opérations du secteur forestier en Afrique Subsaharienne doivent faire partie d'un programme à long terme: basé sur des travaux de secteur compréhensifs , qui tiendront compte des besoins et des priorités du pays en question, des capacités institutionnelles existantes, et à l'ensemble des objectifs du développement de la Banque Mondiale. Cette approche de programme à long terme va inclure des instruments de prêt, tels que les prêts d'ajustement structurel et sectoriel dans le but d'améliorer la performance du secteur forestier. Les instruments de prêts doivent être conçus sur la base de solides travaux sectoriels multidisciplinaires, qui identifient les réformes de politique, les conditions préalables pour la création des capacités, et ainsi d'autres investissements prioritaires qui sont nécessaires pour la réalisation des objectifs de conservation de forêt et de développement.
Les investissements importants doivent être mis à la disposition des emprunteurs, ceci est essentiel pour le succès. Ces investissements devront être précédés par les réformes de politiques et la création des capacités au niveau du pays, en particulier dans des pays où existe un cadre politique pauvre et des institutions faibles. Il est aussi important que la Banque conçoive des projets simples dans le cadre général des programmes sectoriels et des priorités. Au lieu d'un seul projet à plusieurs composantes visant à résoudre plusieurs problèmes à la fois, le programme à long-terme dont il est question devra inclure une série d'activités et des investissements portant sur une longue période. Les projets pilotes devront être utilisés pour développer des approches qui stimulent l'engagement du secteur privé et de la communauté locale dans l'effort de préservation et de gestion des ressources forestières. En plus, de nouveaux investissements doivent, dans la mesure où c'est possible, incorporer des mécanismes financiers (par exemple les fonds forestiers, le partage des coûts et des revenus) afin d'assurer la durabilité.
La nouvelle stratégie de prêts nécessite:
Le [AFSP] a fait l'objet de débat lors de deux ateliers techniques qui ont eu lieu à Nairobi et à Abidjan en Avril 1994. Ces ateliers ont abouti à la création d'un cadre commun, et ont aussi contribué à trouver un consensus entre les acteurs-clé notamment les agents gouvernementaux, le secteur privé, les représentants des agences donatrices, les NGOs, et les universitaires, sur certaines questions importantes. Une importante initiative entreprise par les Africains et les donateurs fut le African Forest Policy Forum qui se tiendra tout les 18 ou 24 mois dans la Région Africaine pour débattre les questions de politiques et des sujets d'intérêt commun.

Narendra P. Sharma, Simon Reitbergen, Claude R. Heimo et Jyoti Patel. 1994 Stratégie pour le Secteur Forestier en Afrique Subsaharienne. Rapport Technique No. 251. Séries du Département Technique, Région Afrique. Banque Mondiale, Washington, D.C.