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Rapport annual
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Mécanismes compétitifs pour le financement de la recherche agricole en Afrique |
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Les mécanismes de financement compétitifs sont-ils durables? |
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Au cours de ces dernières années, plusieurs pays d'Afrique subsaharienne ont établi des fonds pour la recherche agricole qui servent à attribuer des subventions par voie de compétition à des chercheurs. Ces subventions sont destinées à financer les coûts de fonctionnement des projets autres que les salaires. De manière générale, les chercheurs de tous les éléments des systèmes nationaux de recherche agricole (SNRA) ─ instituts nationaux de recherche agricole (INRA), universités, ONG et entreprises privées ─ peuvent demander à en bénéficier.Les subventions de ce type, octroyées selon des critères de performance, visent usuellement à créer un surcroît d'efficacité et à susciter des innovations. Les fonds africains pour la recherche agricole ont bien cette finalité, mais leur objectif primordial est d'assurer le financement des coûts de fonctionnement. En Afrique, les donateurs préfèrent en règle générale investir dans les infrastructures de recherche et la formation, tandis que les gouvernements sont obligés de donner la priorité aux salaires du personnel. Il n'est pas rare de constater que des sommes considérables qui ont été investies dans des bâtiments et laboratoires, auxquelles s'ajoutent des dépenses salariales importantes, ne produisent que de maigres résultats parce que les montants relativement modestes qui seraient nécessaires pour le carburant, les produits chimiques, les indemnités journalières et autres frais de fonctionnement font défaut. Et même lorsque les coûts de fonctionnement sont dûment pris en compte dans les budgets officiels, il est rare que la totalité des fonds soit mise à disposition au moment où l'on en a besoin. La recherche agricole étant tributaire de processus saisonniers, il n'y a parfois guère de différence si les moyens financiers arrivent en retard ou n'arrivent jamais. Un autre objectif des fonds établis pour la recherche agricole en Afrique consiste à mobiliser des capacités de recherche sous-utilisées, en particulier au sein des universités. Dans beaucoup de pays africains, les universités emploient un nombre important de scientifiques, mais ne peuvent assurer qu'un financement très limité pour les coûts de fonctionnement de la recherche. C'est pourquoi les chercheurs universitaires se consacrent principale-ment à l'enseignement ou se voient contraints de choisir des thèmes de recherche impliquant peu de coûts de fonctionnement. Dans ces conditions, la recherche universitaire peut difficilement exercer un impact sur les problèmes concrets du secteur agricole, et les synergies entre la recherche et l'enseignement supérieur ne sont pas pleinement exploitées. En assurant le financement des coûts de fonctionnement, les fonds pour la recherche agricole permettent d'accroître la contribution des facultés et des universités au développement agricole, notamment grâce aux nouveaux partenariats établis entre les universités, les INRA et les autres acteurs du développement et du transfert de technologie. |
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Dans certains cas, l'objectif central des fonds pour la recherche agricole est de réorienter celle-ci vers des priorités jusqu'alors négligées. Si les producteurs et autres utilisateurs des technologies agricoles peuvent participer à la définition des critères de sélection des projets et veiller à ce que ces critères soient effectivement appliqués, l'octroi de subventions par voie de compétition devient un moyen efficace pour amener la recherche agricole à répondre véritablement aux besoins. L'établissement de fonds pour la recherche donne lieu à des coûts, des délais et des obstacles bureaucratiques (en Afrique, mais aussi chez les donateurs) qui sont considérables, mais les résultats sont dans l'ensemble positifs. En réservant une fraction du financement de la recherche aux coûts de fonctionnement et en permettant aux chercheurs de disposer de ces fonds en temps opportun, ce mécanisme améliore l'efficacité et la pertinence de la recherche agricole, en particulier dans les universités. Au Kenya, où un fonds pour la recherche agricole existe depuis près de dix ans, la motivation initiale est venue du constat que la recherche en milieu réel était fortement affectée par l'insuffisance des budgets de fonctionnement. Avec l'aide de la Banque mondiale, de l'USAID, de l'ODA, des Pays-Bas et des pays scandinaves, un mécanisme de financement compétitif a été mis en place pour appuyer la recherche en milieu réel. L'excellence des résultats ayant rallié d'autres parties prenantes, le Kenya Agricultural Research Institute (KARI) a élargi le champ d'action de ce programme, pour lequel il est aujourd'hui en mesure de mobiliser de nouvelles contributions. |
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En Tanzanie, le Department of Research and Training (DRT) gère depuis plusieurs années un fonds national pour la recherche agricole qui est financé par le Gouvernement tanzanien, la Banque africaine de développement et la Banque mondiale. Dans le cadre de la décentralisation de la recherche agricole, il est prévu, dans une première phase, que le DRT établisse trois fonds pilotes pour la recherche agricole dans les zones nord, est et sud du pays avec l'aide de la Suède, de l'Irlande et du Royaume-Uni. Ces fonds pilotes constitueront un mécanisme de financement compétitif supplémentaire qui permettra d'axer la recherche sur les besoins dans chacune des trois zones. Au Malawi, où la recherche agricole souffre de manière particulièrement sévère du manque de moyens financiers, le programme de recherche sous contrat financé par la Banque mondiale a permis la survie de beaucoup de projets. On peut encore citer le cas du Ghana et de plusieurs autres pays, où des mécanismes de financement similaires ont été mis en place ─ la plupart du temps avec succès ─ ou sont en voie de l'être. En outre, plusieurs réseaux régionaux opérant sous la tutelle des organisations sous-régionales ont leur propre mécanisme d'attribution de subventions. |
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En dépit de ces résultats largement favorables, beaucoup de programmes nationaux et régionaux de subventions sont marqués par de sérieuses faiblesses. La première question qui se pose, et peut-être la plus fondamentale, consiste à savoir si ces mécanismes de financement compétitifs font véritablement avancer les systèmes de recherche dans la bonne direction. A cet égard, on constate que les clients ne parviennent pas toujours à faire entendre leur voix, ou que leur opinion exerce peu d'influence sur les orientations suivies. Il en résulte que certains programmes ne définissent pas de priorités ou éparpillent leurs ressources, tandis que d'autres obéissent davantage aux priorités des donateurs, des gouvernements ou des chercheurs qu'à celles de leurs clients. Il importe d'identifier des interlocuteurs avisés et motivés pour représenter les petits producteurs, gros exploitants, transformateurs, commerçants, exportateurs, vulgari- sateurs et autres groupes de clientèle au sein des organes de décision des mécanismes de financement compétitifs. Il faut également veiller à leur donner la capacité de formuler des orientations appropriées pour la recherche. Dans ce domaine, certains programmes font assurément mieux que d'autres. La deuxième question concerne la compétition. Le degré de compétition réelle dans l'attribution des subventions est très variable, de même que l'application des critères de performance. Ce ne sont pas seulement l'honnêteté des individus et la transparence des procédures qui sont en cause, mais aussi la petite dimension de beaucoup de systèmes nationaux. En Afrique, bon nombre de systèmes nationaux de recherche agricole ont tout simplement trop peu de chercheurs dans chaque discipline pour que la compétition soit réelle et que les évaluateurs puissent être objectifs. Dans bien des cas, un mécanisme compétitif ne saurait être véritablement transparent qu'au niveau sous-régional ou régional. Il faudrait en outre envisager de recruter les évaluateurs au niveau régional. Un problème posé de manière générale par les mécanismes de financement compétitifs, en Afrique comme ailleurs, est le coût de leur fonctionnement. Non seulement l'administration du fonds est coûteuse, mais des chercheurs qualifiés se retrouvent parfois absorbés par des tâches administratives qui ne leur laissent plus de temps pour la recherche proprement dite. En exigeant des chercheurs qu'ils rédigent un projet avant de se lancer dans des recherches, on améliore la qualité et la pertinence de leur travail, mais les bénéfices qui en résultent ne sont pas toujours à la hauteur des coûts quand il s'agit de petits projets. En outre, si les chercheurs dans leur majorité ne sont pas familiarisés avec la rédaction de projets, un mécanisme compétitif risque de favoriser indûment les quelques chercheurs qui maîtrisent l'art d'écrire. C'est pourquoi il ne faut exiger que des projets et rapports succincts et simples, surtout dans le cas de petites subventions. Une formation à la rédaction de projets sera souvent nécessaire si l'on veut donner à tous des chances égales. Pour réduire les coûts administratifs, il convient de clarifier les priorités et d'éviter d'éparpiller les ressources entre un trop grand nombre de très petites subventions. |
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Les fonds africains pour la recherche agricole sont destinés à financer les coûts de fonctionnement. Ils ne peuvent résoudre d'autres problèmes tels que l'insuffisance des infrastructures de recherche, le manque de personnel qualifié ou le bas niveau des rémunérations. Il existe dans les pays développés des mécanismes de financement compétitifs qui assurent le paiement des salaires ou de compléments de salaires, ou qui financent des infrastructures de recherche (au titre des frais généraux), mais ces mécanismes sont relativement complexes et risquent de ne pas être d'un bon rapport coût-efficacité pour de petits SNRA. Dans une certaine mesure, les fonds africains pour la recherche agricole ne sont qu'un " pis-aller " permettant d'apporter une solution à un problème de nature bureaucratique (l'absence de ressources sûres pour les coûts de fonctionnement) dans des situations où il n'a pas été possible d'instaurer des réformes administratives globales. Compte tenu des problèmes susmentionnés, ces fonds ne peuvent en aucun cas se substituer aux réformes qui sont indispensables si l'on veut rendre les instituts de recherche agricole vraiment responsables vis-à-vis de leurs clients et leur faire acquérir l'autonomie requise pour opérer une restructuration dans ce sens et pour revoir leurs mesures incitatives et leur système de financement des coûts de fonctionnement. Si l'on oublie que l'objectif est d'amener les systèmes de recherche à répondre réellement aux besoins, l'existence des mécanismes de financement compétitifs risque de retarder les mesures de réforme institutionnelle en atténuant les contraintes financières les plus pressantes. Là où des réformes fondamentales seront finalement instaurées et où le problème du financement des coûts de fonctionnement aura été résolu, il faudra reconsidérer le rôle de ces mécanismes. |
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Les mécanismes de financement compétitifs sont-ils durables ? La plupart des Fonds d'Afrique subsaharienne pour la recherche agricole sont financés en totalité ou en grande partie par l'aide extérieure. Ils sont donc à la merci des changements d'orientation des donateurs, ce qui les rend particulièrement vulnérables. En Amérique latine, des fondations pour la recherche qui bénéficiaient au départ d'un soutien enthousiaste de la part des donateurs ont bien fonctionné pendant quelque temps, pour se retrouver ensuite dans une impasse lorsque les donateurs ont reporté leur intérêt ailleurs. Cette forte dépendance vis-à-vis de l'aide extérieure n'est pas spécifique aux mécanismes de financement compétitifs, mais tend à caractériser de manière générale les systèmes africains de recherche agricole. La question clé consiste à savoir si les mécanismes de financement compétitifs peuvent réduire cette vulnérabilité en permettant de mobiliser de nouvelles aides, plus diversifiées ou plus permanentes. Fondamentalement, cela revient à demander si les subventions attribuées par ce canal peuvent rendre la recherche agricole plus efficace et la mettre davantage en prise sur les besoins de ses clients. En effet, il ne sera possible de mobiliser des financements privés sous forme de contrats, redevances et prélèvements, ainsi que des financements publics, que lorsque les clients seront convaincus que la recherche agricole leur apporte des avantages. En outre, les donateurs veulent de plus en plus voir des résultats concrets, ce qui les amène à cibler leur aide sur les agents de développement les plus efficaces. Ainsi, dans la mesure où les mécanismes de financement compétitifs réussissent à induire un surcroît d'efficacité et à améliorer la pertinence de la recherche, ils peuvent avoir un effet de durabilité, même si les fonds sont venus initialement de donateurs. Ces mécanismes peuvent contribuer de deux autres manières à la durabilité du financement (voir chapitre sur l'Initiative pour le financement durable). Premièrement, si les clients sont convaincus de l'efficacité des SNRA et acceptent de financer la recherche agricole, l'attribution de subventions par voie de compétition peut assurer la transparence et la responsabilité requises. Cela suppose que le fonds opère avec plusieurs comptes, afin que les clients puissent canaliser leurs contributions vers les activités de recherche qui leur profitent le plus. |
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Un autre moyen d'assurer la durabilité du financement est la conversion en dotation d'une partie des fonds qui faisaient jusqu'alors l'objet d'une répartition par voie de compétition. La dotation, qui donne aux équipes de recherche performantes l'assurance de continuer à bénéficier d'un financement après l'année en cours, est une façon beaucoup plus efficace de financer la recherche agricole, qui est par nature une entreprise à long terme. Toutefois, il faut un degré élevé de crédibilité pour pouvoir obtenir des fonds à cet effet. Seules des institutions qui ont fait preuve d'excellence pendant une période de temps suffisamment longue peuvent y prétendre. Plusieurs fonds africains pour la recherche agricole se sont acquis une réputation d'efficacité, notamment au Kenya et en Tanzanie où la possibilité d'établir un fonds de dotation est actuellement à l'étude. |
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